Note au lecteur

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Bonne lecture.

Métronome dites-vous ?

La cause est entendue : l'histoire appartient à tout le monde. Face à sa popularisation cet anglicisme vaut décidément mieux que « vulgarisation », qui commence mal, méfions-nous des réactions corporatistes face aux grands tirages et aux productions médiatiques à grand succès. Alexandre Dumas avait cru régler l'affaire d'une formule : « Il est permis de violer l'histoire à condition de lui faire de beaux enfants. » Mais ce qui est permis à la fiction n'est pas acceptable dans les émissions à prétention documentaire. Ici la rigueur de la composition, le sérieux des sources et l'exigence dans la méthode sont requis.

Toutes choses qui provoquent notre perplexité face au phénomène Franck Ferrand certes, moins dans ses émissions de radio « Au coeur de l'histoire » sur Europe 1 qu'à la télévision « L'ombre d'un doute » sur France 3 ou sur son site, annoncé en sous-titre comme « dédié à l'histoire sous tous ses aspects - notamment les plus énigmatiques », comme dans ses livres - tel L'Histoire interdite Tallandier, dont il prévient qu'il va « [lui] faire des ennemis, [lui] attirer la condescendance des mandarins et, peut-être, [lui] créer des ennuis ». Le ton est donné : gloire à celui qui a le courage de braver des interdits afin de défendre « la seule cause qui vaille pour un homme dont l'existence est vouée à l'histoire événementielle : le lent progrès - l'inexorable progrès - de la vérité » ! Si d'aventure les historiens acceptent de se produire dans ces entreprises, ils seraient bien inspirés de demander à pouvoir contrôler le résultat final lorsqu'il s'agit d'un enregistrement.

Le comédien Lorànt Deutsch, lui, n'entend pas partir en croisade. Mais la déclinaison de son livre à grand succès Métronome. L'histoire de France au rythme du métro parisien Michel Lafon sur France Inter et sur France 5 pose un semblable problème dans la mesure où l'on n'attend pas du service public qu'il légitime des entreprises aussi incertaines sur le plan intellectuel. Fort complaisamment accueilli depuis trois ans par la « critique », l'auteur force la sympathie par sa personnalité, d'autant qu'il dédie son livre à celui qui lui a donné le goût de l'histoire à travers son opus magnum « La dernière séance » : Eddy Mitchell...

La lecture du livre de Lorànt Deutsch est plaisante, à ceci près qu'elle est parsemée d'erreurs, d'approximations et d'interprétations contestables quand elles ne sont pas déformées par le prisme d'un auteur qui se dit monarchiste canal orléaniste, « royaliste de gauche » et catholique favorable à un concordat. Lorànt Deutsch, à moins que ce ne soit sa plume et documentaliste, le polygraphe suisse Emmanuel Haymann, flatte un instinct populaire bien dans l'air du temps qui rejette les experts. S'agissant notamment de son traitement de la Révolution, qui donne l'impression que la discipline n'a guère progressé depuis Pierre Gaxotte, on se reportera utilement à l'inventaire dressé par www.goliards.fr, le site des « historiens de garde » qui, sans pitié, ne lui laisse rien passer, et au site www.histoire-pour-tous.fr. qui ne l'étrille pas moins, lui sans esprit polémique ni partisan.

Inutile de préciser que Métronome ne comporte ni sources ni bibliographie. Comme si l'auteur avait l'histoire infuse. On dira que nous en demandons trop à un ouvrage sans prétention. Mais est-il encore nécessaire de rappeler l'enjeu politique, sinon idéologique, de l'histoire quand un livre devient un phénomène de société ?

Par Pierre Assouline, Journaliste-écrivain