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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Des femmes sortent de l'ombre

Le nouveau numéro de L'Histoire, intitulé "Sociétés coloniales du côté des femmes", est désormais en kiosque...

Une grande partie de l'histoire de la colonisation est restée longtemps immergée. Ce furent d'abord des pages glorieuses qui exaltèrent le rôle des explorateurs et des conquérants. Lorsque les premiers mouvements d'indépendance virent le jour, une histoire critique de la colonisation s'est développée à son tour. Une histoire qui pouvait s'apparenter à celle des nationalités au XIXe siècle : elle ne faisait pas le détail entre les sexes. Deux entités s'affrontaient, les hommes qui luttaient pour leur libération et les hommes qui défendaient les bases de leur domination. L'histoire manichéenne s'est nuancée, s'ouvrant à la complexité des rapports entre colonisateurs et colonisés. Mais c'était encore une histoire exclusivement masculine. Qu'en était-il, pendant ce temps, de la moitié féminine de la population ?

L'essor de l'histoire des femmes et de ce qu'on appelle l'histoire du genre, depuis une trentaine d'années, a permis de tirer de l'ombre cette partie qui était occultée, le rôle des femmes. Notre dossier vise à offrir un aperçu des recherches récentes sur ce sujet très neuf. L'énorme bouleversement de la colonisation a chahuté aussi les limites du genre. Des deux côtés, la condition des femmes s'en est trouvée modifiée. Les Européennes, longtemps tenues à distance, voire carrément interdites de présence, ont exercé un rôle de plus en plus actif dans l'entreprise coloniale, dans la médicalisation et la scolarisation des « indigènes ». Toutes ces femmes étaient des alliées, sans doute, d'un mouvement colonial fort peu contesté. Mais il y eut aussi des Européennes au coeur de la protestation anticolonialiste, telles l'Anglaise Mary Kingsley ou la Française Hubertine Auclert. Les colonisées furent très durement traitées par l'économie coloniale, salariées au rabais, ou renvoyées dans leurs foyers. La prostitution en fit doublement des parias. Certaines, cependant, purent saisir l'occasion qui leur était donnée, par l'école, le petit commerce ou le vote quelquefois, en 1945, d'une émancipation nouvelle. Ce n'est pas qu'une histoire de victimes qui nous est ici racontée.

Le plus étonnant, sans doute, c'est de redécouvrir ici la part qu'ont prise les femmes d'Afrique et d'Asie aux résistances et même aux guerres de libération anticoloniale. Elikia M'Bokolo évoque, dans ce dossier, une galerie de figures féminines qui, de la dernière reine de Madagascar Ranavalona III à Djamila Boupacha en Algérie, ont illustré les luttes d'émancipation, sans oublier les milliers de femmes physiquement engagées dans les combats. Les guerres finies, la reconnaissance des nouveaux États acquise, cette participation des femmes a été mise sous le boisseau par les nouvelles couches dirigeantes, toutes masculines. Un scénario connu. A peu d'exceptions près, l'inégalité entre les hommes et les femmes reste criante dans presque tous les États devenus indépendants. On peut gager que ce n'est pas le dernier mot de l'histoire.

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