Note au lecteur

"L'Histoire a décidé de mettre à votre disposition, sur son site internet, tout le contenu de ses archives du n°1 (mai 1978) au numéro 238 (décembre 1999). La rédaction demande votre indulgence pour les coquilles et autres erreurs dues à une numérisation qu'il nous faudra un peu de temps pour corriger complètement. Ce contenu est offert à nos fidèles abonnés identifiés.

Bonne lecture.

La guerre est-elle une fatalité ?

« Notre bonheur est farouche ;/ C'est de dire : Allons ! Mourons !/ Et c'est d'avoir à la bouche/ La salive des clairons. » Victor Hugo nous le dit : la guerre n'a pas cessé depuis les débuts de l'histoire. Et les hommes, malgré les horreurs qu'elle traîne sur ses pas, ne peuvent s'empêcher de l'aimer, ou en tout cas de la faire.

C'est contre le pessimisme radical de la guerre inévitable qu'a germé et s'est développé le courant pacifiste des Lumières : et si la guerre n'était pas une fatalité ?

Pour répondre, nous avons voulu, dans ce numéro spécial de L'Histoire , éclairer les rapports qu'entretiennent l'homme et la guerre depuis cinq mille ans. La Préhistoire, déjà, nous livre des tombes de guerriers, et les premières armées apparaissent en même temps que les premiers États.

Les interrogations liées à la guerre traversent les siècles — jusqu'à nos jours. On comprendra qu'il n'est pas dans nos intentions de passer en revue toutes les civilisations, leurs batailles glorieuses et leurs grands capitaines... Nous nous sommes arrêtés à des moments significatifs.

Faut-il dresser les hommes pour les emmener au combat ? Qu'est-ce qu'un héros ? Y a-t-il des guerres justes — et des guerriers modèles ? Qu'est-ce qui fait la cohésion des armées et les victoires décisives ? Machiavel aussi bien que Clausewitz nous préviennent : derrière les régiments, c'est la force du politique qui agit.

Le grand tournant au XVIIe siècle, la « révolution militaire », celle des canons et des fusils, fut sans doute un des éléments décisifs de l'essor de l'Occident. Elle ouvrit aussi le temps des hécatombes. La guerre des peuples bientôt remplacerait la guerre des princes. Tout était prêt pour les grands massacres contemporains. Celui de 1914-1918 fit, on le sait, 9 millions de morts.

Après ces siècles d'affrontement, le monde a nourri l'espoir d'éradiquer la guerre. Par quels moyens ? Par l'équilibre de la terreur nucléaire après le traumatisme d'Hiroshima ? Plus solidement peut-être par la force d'une « loi universelle » et d'un droit international ? Par la sagesse d'une humanité pacifiée ?...

Grand rêve tout cela, chaque jour remis en question, mais dont l'abandon signifierait une retombée fatale dans la barbarie.

L'Histoire