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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

La mosaïque syrienne

La Syrie de Bachar al-Assad est prise, depuis plus d'un an, dans l'étau sanglant de la rébellion et de la répression. Contrairement aux autres pays du « printemps arabe » - Tunisie, Égypte, Libye -, le pouvoir politique, au moment où nous écrivons, se maintient en place, non seulement par la force mais en raison d'un soutien qu'une bonne partie de la population lui apporte. Plus que la non-intervention des grandes puissances, du fait de la Russie et de la Chine opposées à toute ingérence, c'est peut-être là ce qui caractérise l'événement syrien.

Cette particularité ne peut être comprise que par l'histoire même de la Syrie - une très longue histoire, puisque Damas, la capitale, est la plus ancienne ville au monde habitée en permanence, au même titre qu'Alep. Plaque tournante du Proche-Orient, à la croisée des grandes voies de circulation entre la Méditerranée, l'Égypte, l'Anatolie et le Croissant fertile, la Syrie a été marquée par les migrations et les conquêtes qui se sont succédé, depuis les Amorrites au IIIe millénaire av. J.-C. jusqu'au mandat français de 1920.

Des profondes empreintes qui la caractérisent, la Grèce s'est d'abord affirmée, à la suite de la conquête d'Alexandre en 333 av. J.-C. C'est dans cet espace devenu gréco-romain, après la conquête de Pompée, qu'une acculturation s'est produite, dont les temples, les sarcophages, les théâtres, encore debout ou en ruines, sont les témoins les plus visibles. C'est dans ce cadre que le christianisme s'est répandu, dont le premier lieu de culte notable fut installé à Édesse, rivalisant avec Antioche. Les querelles théologiques au Ve siècle sont à l'origine d'une division entre deux Églises, l'Église impériale utilisant le grec et l'Église monophysite de langue syriaque.

La diversité religieuse d'obédience chrétienne a été submergée par l'islam, Damas devenant la capitale de l'Empire musulman en 661, et la Syrie, pendant près de cent ans, le coeur du pouvoir des Omeyyades. La Syrie musulmane eut par la suite à affronter les croisades qui fixèrent une nouvelle présence occidentale d'Antioche à Jérusalem. La reconquête islamique inscrivit Saladin dans la légende. Le vainqueur des Francs est devenu un symbole de la lutte contre Israël et l'Occident.

Ces différentes strates religieuses, culturelles, démographiques, les variations géographiques du territoire, les aléas politiques qui ont suivi la proclamation de la République arabe de Syrie en avril 1946 ont fait de ce pays une mosaïque humaine où coexistent sunnites, alaouites, chiites, druzes, chrétiens, Kurdes..., soit un grand nombre de minorités ethniques ou religieuses, que le Baath, ex-parti unique socialiste et égalitariste, avait cru pouvoir faire vivre ensemble. Bachar al-Assad joue sur les contradictions de cette société hétéroclite pour se maintenir au pouvoir, et brandit l'épouvantail islamiste tout en libérant des djihadistes emprisonnés. La coexistence de la majorité sunnite avec toutes les minorités dans un régime démocratique est l'immense défi lancé à la Syrie, aujourd'hui à feu et à sang.

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