Un procès très politique

Il y a sept cents ans était entamé, sur la volonté du roi de France Philippe IV le Bel, le retentissant procès des Templiers. Depuis cet événement mémorable l'ordre du Temple et son histoire n'ont pas cessé de fasciner par leurs mystères.

Aux yeux du grand public le mystère est d'abord celui du trésor des Templiers. Devenu riche par les multiples dons qu'il reçut depuis sa création au début du XIIe siècle et aussi par ses pratiques bancaires, l'ordre du Temple a nourri bien des convoitises, dont celle du souverain. Les réserves introuvables de cette singulière banque internationale ont fait l'objet de maintes spéculations, et continuent à exciter l'ésotérisme et la mythologie.

Le deuxième mystère, moins anecdotique, est lié à la nature même de cet ordre de moines-soldats, à la fois religieux et militaire. Créé par Hugues de Payns, reconnu par le pape dont il dépendait exclusivement, et qui lui accorda nombre de privilèges, l'ordre du Temple étendit ses ramifications des deux côtés de la Méditerranée aux fins de défendre les terres chrétiennes après la prise de Jérusalem. Ces chevaliers de la croisade permanente devinrent ainsi une puissance de caractère occulte, qui encore aujourd'hui frappe les imaginations.

Pour le roi de France, l'ordre était surtout une sorte d'État dans l'État qu'il entreprit d'abattre. C'est assurément par cet aspect, la volonté de puissance d'un monarque désireux d'imposer son hégémonie aux dépens du pape, que l'affaire a fait date. Le procès lui-même est un modèle de procès inique, fondé sur de fausses preuves et de vraies calomnies, usant de la torture pour obtenir des aveux si stupéfiants qu'ils continuent d'alimenter les débats des historiens.

Nicolas Sarkozy pour cette rentrée scolaire a cru frapper un grand coup en prescrivant la lecture de la lettre du jeune résistant Guy Môquet écrite à la veille de son exécution en 1941. Un beau sujet de polémique. Pour les uns, qu'un président de la République de droite fasse d'un jeune communiste un exemple d'héroïsme témoigne d'une courageuse intention d'union nationale ; pour les autres, la prescription est avant tout une manoeuvre politicienne et une intervention abusive de l'État dans la liberté des enseignants. Cimenter une communauté nationale par le rappel de ses valeurs communes et l'exemple de ses héros n'est pas forcément illégitime. A condition, nous rappelle Jean-Pierre Azéma, de faire vraiment de l'histoire, jusqu'au bout. De l'histoire, et non du catéchisme. Encore un effort, Monsieur le Président !

L'Histoire