Le 11 septembre 1973 : Pinochet prend le pouvoir au Chili

Le 11 septembre 1973, une junte militaire renversait le président Allende et portait Augusto Pinochet à la tête du Chili. Le point de départ d'une dictature pendant laquelle des milliers de personnes allaient être torturées, tuées. Le temps aussi de profondes transformations économiques.

Le 16 octobre 1998, l'arrestation à Londres du général Pinochet et l'hypothèse d'un procès organisé en Europe pour les crimes commis entre 1973 et 1990 ont rappelé à l'opinion internationale la nature violemment répressive de la dictature qui sévit au Chili durant seize ans. Lorsque Pinochet rentra finalement libre à Santiago le 3 mars 2000, il fut pourtant accueilli chaleureusement par une partie de la population chilienne, outrée à l'idée que celui qu'elle considère toujours comme le père de l'actuelle prospérité du pays aurait pu être condamné après les poursuites engagées par le juge espagnol Garzon.

Éminemment paradoxale, la mémoire de la dictature oscille aujourd'hui en effet entre le souvenir des atteintes aux droits de l'homme qu'elle perpétra sans discontinuer et la reconnaissance d'un héritage économique en trompe-l'oeil, qui semble avoir fait du Chili un îlot de prospérité au coeur d'une Amérique latine récemment frappée par plusieurs crises de grande ampleur1.

Le 11 septembre 1973, un coup d'État mené par les forces armées renverse le gouvernement Allende et met un terme à l'Unité populaire UP, coalition des forces politiques de gauche parvenue démocratiquement au pouvoir en 1970 et décidée à tracer « pacifiquement » une « voie chilienne vers le socialisme ». Cet événement, qui retint l'attention du monde entier durant plusieurs semaines et contribua à l'édification d'une véritable mythologie autour de l'UP, inaugure une dictature caractéristique des régimes qui fleurissent en Amérique latine dans les années 1970. En cela, il constitue une rupture dans l'histoire d'un pays où la Constitution de 1925 n'avait jamais été remise en cause et où l'armée était réputée loyaliste.

Le régime instauré par Pinochet fournit également aux théories économiques néo-libérales élaborées aux États-Unis un terrain d'expérimentation bientôt appelé à devenir un modèle. Autant d'éléments qui font des années 1973-1990 au Chili un champ d'études privilégié pour comprendre l'Amérique latine à l'aube du XXIe siècle.

Aujourd'hui encore, l'historiographie reste partagée quand il s'agit d'évoquer les causes du coup d'État : les uns évoquent la volonté des forces armées chiliennes, appuyées par les États-Unis, de mettre un terme à une expérience politique leur semblant menacer l'unité de la nation ; d'autres insistent plutôt sur les divisions internes de l'UP, partagée entre un réformisme d'inspiration keynésienne et la tentation d'accélérer les transformations sociales par un véritable soulèvement révolutionnaire ; d'autres enfin soulignent les résistances d'une partie de la société chilienne au passage à un socialisme d'État. Ces trois facteurs ont certainement joué de manière concomitante.

Quoi qu'il en soit, une journée suffit aux forces armées pour balayer l'UP et s'emparer du pouvoir : le coup d'État est lancé dans le port de Valparaíso par le soulèvement de la marine ; il aboutit à Santiago au bombardement du palais présidentiel de La Moneda et à la mort d'Allende. A l'origine du putsch, une junte militaire dirigée par le général Augusto Pinochet, commandant en chef de l'armée de terre. Lointain descendant d'un Français émigré au Chili au XVIIIe siècle, Pinochet né en 1915 a rapidement gravi tous les échelons de la hiérarchie militaire. Formé à l'École militaire de Santiago, il remplit plusieurs missions diplomatiques notamment aux États-Unis et devient général de brigade en 1968. En août 1973, Allende le nomme commandant en chef des forces armées dans l'espoir qu'il apaise les velléités putschistes de l'armée chilienne, pourtant de tradition apolitique. On connaît la suite...

Pour lire l'article en intégralité :

La prise du pouvoir par Pinochet, par Olivier Compagnon, L'Histoire n°279, p. 77.