5 juillet 1916 : Le Canard enchaîné démarre vraiment
"La liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas". Après un lancement prématuré en septembre 1915, le Canard enchaîné s'installe enfin dans le paysage de la presse. L'Histoire revient sur les grandes heures de l'hebdomadaire satirique du mercredi, à l'origine pacifiste et antimilitariste...
Si l'antimilitarisme est une culture, Le Canard enchaîné en fut longtemps le conservatoire. Le journal a cultivé un antimilitarisme traditionnel avec deux grands versants, l'un bon enfant tournant en ridicule l'univers de la caserne, l'autre plus sombre, faisant appel à des descriptions tout droit sorties des livres de Lucien Descaves ou Georges Darien l'auteur de Biribi , 1888, auteurs très appréciés au Canard .
Traditionnelle aussi — héritée de l'anti-boulangisme et du dreyfusisme de la fin du XIXe siècle — était la méfiance envers une armée réputée anti-républicaine et factieuse, État dans l'État qui n'obéit qu'à contrecoeur au pouvoir civil et n'attend qu'une occasion de le trahir.
Ces variantes de l'antimilitarisme furent réactivées au contact des réalités nouvelles et des générations de journalistes qui se succédèrent au Canard enchaîné .
Dès son origine, en 1916, en pleine guerre, ses fondateurs, Maurice Maréchal et Henri-Paul Gassier, eurent à coeur de dénoncer l'hystérie belliciste qui s'était emparée des esprits et le pouvoir militaire, qu'il fût français ou allemand, apparut naturellement comme l'un des principaux responsables de la situation.
Au lendemain du conflit, la figure du militaire-assassin s'enrichit de nombreux exemples avec la dénonciation des « crimes du militarisme » en 1931, les atrocités de la Seconde Guerre mondiale et des guerres coloniales. Parmi les prises de position contre les exactions de l'armée française en Algérie, l'article de Pierre Châtelain-Tailhade, « Les fils de généraux ne meurent pas dans leur lit », où les officiers français étaient présentés comme des « professionnels du carnage » , lui valut un procès en 1961...
Pour lire l'article en intégralité :
Le bastion des pacifistes, par Laurent Martin, L'Histoire n°267, p. 51.
Pour en savoir plus :
"Le Canard enchaîné" se joue de la censure, par Jean-Noël Jeanneney, L'Histoire n° 367, p. 86.
Watergaffe au Canard, par Jean-Noël Jeanneney, L'Histoire n° 373, p. 100.
Le Canard enchaîné. Histoire d'un journal satirique, 1915-1995 (compte-rendu), par Laurent Martin, L'Histoire n° 308, p. 91.
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