"Les Adieux à la reine" ou la fin d'une époque

Le nouveau film de Benoît Jacquot sort dans les salles mercredi 21 mars. Adapté du roman de Chantal Thomas, Les Adieux à la reine est le récit par la lectrice de Marie-Antoinette des journées du 14 au 16 juillet 1789 qui virent s'effondrer la monarchie. Antoine de Baecque a suivi l'ensemble de cette aventure.

Extrait :

"En 2002, Chantal Thomas, spécialiste reconnue de la littérature libertine du XVIIIe siècle, de Sade à Casanova, du boudoir aux « foutreries » obscènes éditées clandestinement contre Marie-Antoinette, publie au Seuil son premier roman, Les Adieux à la reine. C'est un succès critique et un triomphe public, décrochant le prix Femina, attirant près de 120 000 lecteurs, traduit en quelques mois dans plus de vingt langues.
Les premières pages nous plongent en 1810, à Vienne, où a émigré Agathe-Sidonie Laborde, lectrice adjointe de Marie-Antoinette à Versailles. Le récit est composé en flash-back : la lectrice se souvient des trois journées, les 14, 15 et 16 juillet 1789, qui ont vu s'effondrer « sa » monarchie, détruite sous les coups de boutoir de la Révolution. Mais tout est aperçu, compris, entendu, parfois mal ou avec de multiples écrans, de son point de vue, celui d'une subalterne du palais, qui vit sous les combles, fait face à l'insalubrité permanente d'un espace trop froid, trop chaud, trop marécageux, trop grand, trop étroit.
Versailles est une sorte de miroir aux alouettes pestilentiel et surpeuplé auquel tous, des princes du sang aux domestiques, des jeunes ambitieux aux vieux aristocrates, veulent appartenir, subissant souvent les pires humiliations et les cascades de mépris qui, du coeur du château, avec son étiquette minutieusement réglée, à ses marges grouillantes d'ambiguïtés, dévalent la hiérarchie courtisane puis domestique.
La reine n'aime pas spécialement lire, mais adore la compagnie, quasi intime, de celle qui flatte ses goûts littéraires en susurrant des textes choisis à son oreille Marivaux ou Beaumarchais, audaces tempérées par quelques sermons de Bossuet.... Les élans de la lectrice, qui vit dans la complicité sans étiquette d'une femme qu'elle admire et qu'elle distrait, sont brutalement brisés par les événements et les rumeurs venus de Paris.
Sans qu'on sache très bien de quoi il retourne, on apprend que le roi a été réveillé en pleine nuit, que la Bastille est prise, que le peuple veut le pouvoir, que des proches du roi, comme le comte d'Artois, son propre frère, et les favorites de la reine vont fuir vers l'étranger - Marie-Antoinette elle-même est très tentée, prise de panique, de partir pour la Lorraine où des troupes fidèles pourraient la protéger. Sidonie Laborde est finalement sacrifiée par la souveraine, presque manipulée : le 16 juillet, dans la nuit, elle devra fuir, c'est un ordre, à bord du carrosse de Gabrielle de Polignac, passionnément aimée par Marie-Antoinette mais détestée par le peuple, prenant l'identité et portant la robe verte de la duchesse, tandis que celle-ci se cache sous les habits de la domestique, afin de protéger son chemin vers Bâle et l'exil.
Chantal Thomas a écrit Les Adieux à la reine pour « corriger » son essai de 1989 La Reine scélérate. Marie-Antoinette dans les pamphlets, qui offrait le portrait d'une caricature : la souveraine comme cible des attaques obscènes et injurieuses se déchaînant contre elle à la fin de l'Ancien Régime et au début de la Révolution. « Sa personne profonde n'était pas effleurée et j'en avais été frustrée, avoue-t-elle, alors que la reine attire la curiosité : elle est là, dans cette histoire, comme l'obscur objet du désir. »
Chantal Thomas voit la reine comme une « personnalité fragmentée, traversant des destins si opposés » : « Ce qui me touche en elle, c'est sa volonté de se former, tant intellectuellement, culturellement que politiquement. Ce qui va à l'encontre de sa personnalité originelle, frivole, docile. Sa mère l'a bridée. Elle saute dès lors d'une humeur à l'autre, avec envie, colère, caprice, et cette inébranlable volonté de se former, seule, hors des règles de la cour, tout en en profitant, pour comprendre et jouer son rôle. »

 

Pour lire l'intégralité de l'article d'Antoine de Baecque :

 "Les Adieux à la reine : du roman à l'écran".

Pour en savoir plus sur le sujet :

"Marie-Antoinette : Vie privée, vie publique", par Mona Ozouf, L'Histoire n°310, juin 2006, p.73.

A lire également :

Correspondance de Marie-Antoinette, 1770-1793, L'Histoire n°301, septembre 2005, p. 88.