Bir Hakeim, l'honneur de la France libre

A l'occasion de son 70e anniversaire, le premier grand fait d'armes des FFL fait l'objet d'un documentaire de Timothy Miller.

Bir Hakeim est une ancienne oasis située en plein coeur du désert libyen. Un point d'eau désaffecté près duquel jadis avait été édifié un fortin turc et dont le nom signifie « le puits du sage ». C'est à cet endroit aride battu par le souffle brûlant du khamsin, le vent du désert, que les Forces françaises libres du général Koenig ont pris position à partir du 15 février 1942. Elles ont pour mission de défendre le point le plus méridional d'une ligne minée sur près de 70 kilomètres qui doit protéger Tobrouk où se sont retranchées les troupes britanniques après leur déroute dans l'ouest de la Cyrénaïque.

La menace est bien réelle. En ce mois de mai 1942 rien ne semble pouvoir s'opposer à l'avancée de l'armée allemande et de ses alliés : l'Europe - sauf l'Angleterre - est sous la coupe du IIIe Reich et l'Union soviétique est envahie depuis que l'opération Barbarossa a rompu le pacte germano-soviétique. En Afrique du Nord, le général Erwin Rommel, débarqué quinze mois plus tôt pour aider une armée italienne en difficulté, progresse toujours plus à l'est à la tête de l'Afrika Korps. Ses objectifs sont clairs : Alexandrie, Le Caire, puis le canal de Suez qui permettrait à l'Allemagne de prendre le contrôle de la Méditerranée.

A Bir Hakeim, les 3 703 soldats des Forces françaises libres ont creusé le sol dur et rocailleux pour enterrer le matériel et se protéger dans ce terrain découvert.

Le 27 mai au matin, la division blindée italienne Ariete attaque. Mais au bout de quelques heures de combat, les Italiens doivent reculer en abandonnant plus de 30 carcasses de chars. Mais laisser cette position dans son dos représente un trop grand danger pour Rommel. Il s'agit donc d'en finir. Le 2 juin, les FFL sont encerclées sans espoir d'être ravitaillées en munitions, en vivres et en eau. Face à un ennemi supérieur en nombre, le pilonnage des canons, les bombardements aériens de la Luftwaffe, les assauts répétés, les soldats français tiennent toujours au soir du 10 juin. Le général Koenig ordonne alors de tout détruire et décide l'évacuation. De nuit, tous feux éteints, les Français avancent dans le silence du désert. Mais les troupes germano-italiennes s'en rendent compte. Des fusées éclairantes sont tirées et des combats s'engagent. Malgré des pertes lourdes, plus de 2 600 Français des FFL parviennent à s'échapper.

Dans ce documentaire, le réalisateur Timothy Miller retrace ces événements en s'appuyant sur des images d'archives de la guerre du désert et sur les témoignages de vétérans de cette bataille : français bien sûr mais aussi italiens et allemands.

Si l'importance stratégique de la bataille reste controversée - dix jours plus tard Tobrouk et 35 000 soldats se rendent à Rommel -, il est indéniable que la résistance de Bir Hakeim est le premier fait d'armes des Forces françaises libres, ce qui leur vaut une reconnaissance de la part des états-majors militaires alliés.

Sans compter que l'Afrika Korps a perdu près de quinze jours à Bir Hakeim. Un répit mis a profit par les Britanniques pour se réorganiser et obtenir des troupes fraîches sur lesquelles se brise l'armée germano-italienne à El Alamein. L'accès au Caire et au canal de Suez lui est désormais fermé.

Par Olivier Thomas