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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

« Écrire », disait Irène Némirovsky

Irène Némirovsky regrettait de n’avoir pu décrire la révolution russe, qu’elle avait pourtant vécue depuis Saint-Pétersbourg - elle n’avait que 13 ans. La France occupée est l’objet de son roman Suite française , rédigé en 1941-1942. Irène, son époux Michel Epstein Russe, comme elle et leurs deux filles, Denise et Élisabeth, vivaient depuis un an à Issy-l’Évêque, en Saône-et-Loire. Leur conversion au catholicisme en février 1939, leur attachement à la France et à sa culture ne suffirent pas à faire d’eux des Français.

Témoins et victimes des lois antijuives, Irène et Michel portaient l’étoile jaune. Ils avaient quitté Paris mais demeuraient en zone occupée. « Peut-être pour ne pas trop s’éloigner de son éditeur ? » , avance Olivier Philliponnat, commissaire de l’exposition et auteur, avec Patrick Lienhardt, de La Vie d’Irène Némirovsky , Denoël, 2007. Peut-être aussi pour ne pas quitter le cadre du roman qu’elle était en train d’écrire. Car l’écriture semblait plus impérieuse, plus indispensable que tout chez cet écrivain que la France avait découvert à travers David Golder en 1929. Quitte, peut-être, à mettre sa vie en péril. On sera surpris d’apprendre, par exemple, que le couple Némirovsky-Epstein ne se cachait pas sous l’Occupation. De l’inconscience ? De l’orgueil ? Ou encore parce que sans la liberté la vie ne valait pas la peine d’être vécue ?

Cette exposition met l’accent sur l’écrivain Némirovsky. Ainsi, outre les nombreuses photos de famille ou la correspondance du couple, on découvrira les journaux et les notes d’Irène, agrémentés d’incises sur l’actualité - sur l’Anschluss, par exemple, qui selon elle laissa les Français indifférents. Mais encore sa méthode d’écriture, à travers des brouillons surchargés d’une petite écriture illisible, parsemés de remarques ajoutées après coup avec des encres de couleurs différentes, mais encore de nombreux dessins.

Car Irène ne se contentait pas d’écrire la biographie détaillée de chacun de ses personnages avant de se lancer dans la rédaction d’un roman, elle en esquissait aussi des masques, des caricatures. Où l’on retrouvera son esprit satirique. Et où certains verront quelques fois de l’antisémitisme. Peut-être plutôt, comme le laisse entendre Pierre Assouline qui participera, dans le cadre de cette exposition, à une table ronde sur les maisons d’édition sous l’Occupation, un trait de son oeuvre jusqu’ici tabou : « la haine juive de soi » ?

Par Juliette Rigondet