Per una storia d’Italia : les "films de l’Unité"

Dans le cadre des célébrations des 150 ans de l’Unité italienne, l’Institut culturel italien organise jusqu'au 29 février un cycle de projection consacré à ce thème. Un panorama qui s’étend du muet au cinéma plus récent.
En charge de la présentation du cycle, le critique de cinéma Eugenio Renzi nous parle de ces « films de l’Unité ».

L’Histoire : Pourquoi avoir choisi le cinéma comme moyen de célébration des 150 ans de l’Unité italienne (17 mars 1861) ?
Eugenio Renzi : Parce que le cinéma est une manière simple de proposer des réflexions et qu’il fait partie de ces arts qui se sont penchés sur l’Unité italienne. Né au début du XXe siècle, le cinéma a puisé dans la philosophie, la littérature et l’histoire ce qui pouvait être mis en scène. L’un des premiers genres appréciés fut d’ailleurs les filoni (les films historiques) dont le film muet de Filoteo Alberini, La presa di Roma (1905) - que nous avons projeté le 8 février dernier - est un exemple.
Il n’y a cependant pas une panoplie infinie de film sur l’Unité italienne, le XIXe siècle n’ayant pas été particulièrement traité par le cinéma italien. Nous n’en avons que quelques exemples, mais ce sont de bons exemples. Sur les dix films proposés par l’Institut culturel italien, j’ai choisi de n’en garder que sept, en éliminant les plus connus et accessibles comme par exemple Senso (1954) ou encore Le Guépard (1963) de Luchino Visconti.
A contrario, deux films de Paolo et Vittorio Taviani, Allonsanfan (1974) et Saint-Michel avait un coq (1971) ont été programmés du fait du remarquable travail des réalisateurs. Il était donc intéressant de leur donner plus de place.

L’Histoire : Sur les sept films projetés, quatre ont été tournés entre 1960 et 1980 (période des années de plomb). Y a t-il eu à cette époque un besoin de revenir à l’Unité italienne au moment où la société italienne est frappée par une vague de violence et d’extrémisme politique?
Eugenio Renzi : Même si la liaison est forte, je ne pense pas que cela soit simplement dû aux années de plomb.
Certes, les années 1960-1970 sont associées à un moment de révolution qui redevient possible en Italie, comme à l’époque du Risorgimento, première expérience de mouvement révolutionnaire ; ce dont s’inspirent des réalisateurs tels que les frères Taviani ou encore Luigi Magni et que l’on peut voir dans leur ton et leur manière d’approche.
On le voit bien, cet épisode de l’histoire que fut la naissance de l’Unité italienne a servi les réflexions contemporaines.
Mais il faut savoir que les films d’après guerre sont aussi fortement influencés par la pensée d’Antonio Gramsci. Marxiste, il a développé l’idée que la bourgeoisie italienne, qui a eu peur d’aller jusqu’au bout de l’alliance avec le prolétariat, de bouleverser le mode de production et d’organisation féodales traditionnelles, a préfèré se tourner vers le fascisme. Le cinéma est le reflet de ce climat où l’histoire se répète et où la bourgeoisie choisit, par sécurité, de libérer les forces les plus réactionnaires.
Viva l’Italia ! de Roberto Rossellini (1961), dont la réalisation est proche du néoréalisme d’après-guerre, aborde d’ailleurs très bien ce sujet de la Révolution « ratée ».
De même, Saint-Michel avait un coq des frères Taviani (1971), réalisé à l’occasion du centenaire de l’unité italienne, véhicule le message qu’il faut pourtant continuer, aller plus loin.
Ce qui est sûr, c’est que dans tous les films proposés dans ce cycle, on sent quelque chose qui relève de l’amertume. Comme un sentiment d’inachevé, par rapport aux énergies dépensées, pour une Unité qui n’a pas pris la forme que l’on avait souhaitée. C’est ce qui transparaît dans Le Guépard : Il faut que tout change pour que rien ne change, ainsi que le professe le personnage de Tancredi à son oncle. Ce film dresse le portrait de jeunes qui ont tout donné, qui ont cru aux idéaux démocratiques et à une transformation profonde de la société qui s’est finalement résumé à une guerre de conquête du Nord vers le Sud.

 

L’Histoire : Qu’en est-il du sentiment national aujourd’hui en Italie ?
Eugenio Renzi : Le sentiment national en Italie a toujours été afaibli par deux éléments. D’une part, très peu d’Italiens ont une idée belle de l’Etat. Il y a vraiment le sentiment que le défi de l’unification a été perdu. D’autre part et pour aller plus loin dans l’analyse, je dirais que l’histoire de l’Italie a été structurée autour d’une société communale et citadine et que l’Unité n’a rien changé à cela, ni même le fascisme.
Le sentiment national en Italie reste toujours plus léger et symbolique que profond.

 

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Les films de l’Unité, jusqu’au 29 février à l’Institut culturel italien, 73 rue de Grenelle, 75007 Paris.
Programme et réservations : www.iicparigi.esteri.it/

Pour en savoir plus :

Garibaldi l'aventurier, par Gilles Pécout, "L'Italie, 150 ans d'une Nation. De Garibaldi à la Ligue du Nord", Les Collections de l'Histoire n°50, janvier 2011, p. 9.

"L'Italie est faite, il faut faire les Italiens", par Catherine Brice, "L'Italie, 150 ans d'une Nation. De Garibaldi à la Ligue du Nord", Les Collections de l'Histoire n°50, janvier 2011, p. 16.

Les années de plomb, par Marie-Anne Matard-Bonucci, "L'Italie, 150 ans d'une Nation. De Garibaldi à la Ligue du Nord", Les Collections de l'Histoire n°50, janvier 2011, p. 79.

"Le Guépard" : Requiem pour la Sicile, par Gilles Pécout, L'Histoire n°201, juillet 1996, p. 54.

 

Par Camille Barbe