Portier de nuit, ou l'amour sadomasochiste

Mardi 2 octobre ressort dans les salles le film de Liliana Cavani sur les amours d'une survivante des camps avec son ancien bourreau. Une version restaurée qui fit scandale à sa sortie en 1974...

Le film de Liliana Cavani, qui ressort en France en version restaurée, est resté célèbre pour une scène de cabaret où Charlotte Rampling, seins nus, pantalon de soldat à bretelles, casquette SS vissée sur la tête, danse lascivement devant un parterre d'officiers nazis. La scène est ouvertement fantasmatique et stylisée mais la provocation et le scandale demeurent. Portier de nuit garde cette aura de chic douteux, ce culte de film-limite.

Vienne, 1957. Max exerce le métier de portier de nuit à l'hôtel de l'Opéra, où logent quelques anciens dignitaires nazis. Atherton, un chef d'orchestre américain, descend à l'hôtel accompagné de son épouse, Lucia. Max reconnaît rapidement cette jeune femme androgyne : âgée de 15 ans, elle fut sa victime « préférée » dans le camp de concentration où il était officier, chargé des interrogatoires. Violée, soumise aux caprices de son bourreau, elle avait accepté cette violence, pour sauver sa peau évidemment, en y partageant un plaisir ambigu cependant.

Lucia renoue avec son bourreau, se retranche avec lui dans une chambre et revit cette passion sadomasochiste à travers récits, confessions et flash-back. Cette fantasmagorie symbolique sur la violence nazie et le consentement ambigu de leurs victimes a ceci de troublant qu'elle lie ouvertement sexe et fascisme, fantasme érotique et domination/humiliation. Chez Cavani, on peut y voir une citation viscontienne - le couple Rampling/Bogarde était déjà présent dans Les Damnés -, au sens où le grand cinéaste italien a pu affirmer que « le nazisme s'installe d'abord comme une perversion sexuelle ».

Liliana Cavani s'appuie aussi sur certains témoignages recueillis dix ans plus tôt lors d'un documentaire, La Femme dans la Résistance, soulignant ces liens ambivalents entre héroïsme et barbarie : certaines de ces femmes ont subi de telles souffrances que ces situations extrêmes ont pu les attacher à la vie à la mort à leurs bourreaux...

Pour lire l'article en intégralité :

"Passion trouble", par Antoine de Baecque, L'Histoire n°380, octobre 2012, p. 30.