Lyon, capitale du Péplum

Une double exposition rend hommage à un genre méconnu : le péplum. Visite guidée par Claude Aziza.

Je vais vous conter, chers lecteurs, la chose la plus surprenante, la plus étonnante, la plus mirobolante, la plus étrange, la plus merveilleuse ! Les Musées archéologiques de Lyon-Fourvière et de Saint-Romain-en-Gal, austères temples du savoir et de la recherche archéologique, vont accueillir, six mois durant, à partir du 9 octobre 2012, une exposition sur... tenez-vous bien, le péplum.

Eh quoi, le péplum, ce pelé, ce galeux qui prétend reproduire une Antiquité niaise, ce genre machiste et homosexuel qui s'est paré dérisoirement du nom d'un vêtement grec féminin le « péplos », va exposer, sans pudeur aucune, ses charmes frelatés, ses tics en toc, ses toges en tige et ses trucs sans tract ?

Certes, le cinématographe a noué, depuis le siècle des frères Lumière, une histoire d'amour avec Lyon ; certes Bertrand Tavernier, qui y officie, est l'un des trois loustics a qui l'on doit le mot « péplum ». Mais si ceci peut expliquer cela, cela n'excuse pas ceci ou l'inverse, comme l'on voudra. Revoyons le film à l'envers.

L'idée n'est pas nouvelle de tenter d'illustrer par l'image quelques aspects de la recherche archéologique. Un seul exemple : le nouveau musée du Pont-du-Gard projette, pour expliquer la construction de l'aqueduc, des extraits du Ponce Pilate d'Irving Rapper, où l'on voit le gouverneur de Judée incarné par Jean Marais inspecter les travaux d'un aqueduc qui doit acheminer de l'eau jusqu'à Jérusalem.

A Lyon, le concept est différent et double. Pour le dire très vite, à Fourvière, le péplum se met au service de l'archéologie, tandis qu'à Saint-Romain, l'archéologie se met au service du péplum.

Chacune des salles du musée de Lyon illustre l'archéologie gallo-romaine par un montage de cinq minutes environ, composé de deux ou trois extraits de films. Ainsi dans la salle consacrée à l'empereur Claude, né à Lyon et qui, par un édit fameux de l'an 48, fit entrer au Sénat des notables gaulois, on pourra voir des extraits de sa vie, telle que le cinéma l'a racontée : les railleries subies à la cour de Caligula, son accession accidentelle et inattendue au trône, son empoisonnement par Agrippine.

Plus loin, lorsqu'il s'agira d'illustrer la célèbre mosaïque des Jeux du cirque représentant la course effrénée de deux chars ou les vitrines consacrées à la gladiature, à la navigation, à la guerre, aux rites religieux, aux débuts du christianisme, on fera appel aux deux Ben-Hur, bien sûr, mais aussi à Théodora impératrice de Byzance, qui met en scène une course dans l'hippodrome opposant deux factions rivales, les Bleus et les Verts.

On devine aisément la suite : des scènes des Spartacus pour la gladiature, des images de combats, tirées de Gladiator ou de La Chute de l'Empire romain, des expéditions lointaines, comme la conquête de la Toison d'or ou des retours difficiles, comme celui d'Ulysse. Des prêtres se prononceront sur des sacrifices et des chrétiens iront en chantant au supplice dans d'innombrables Quo Vadis ?

A Saint-Romain-en-Gal, le concept se veut radicalement différent : il s'agit de montrer les divers aspects du péplum, sans tenir compte des collections du musée. On verra ainsi toutes les facettes du genre, à travers ses thèmes, ses poncifs, ses moments obligés. L'arène et l'hippodrome, les festins et les danses, les bons et les méchants, les séductrices brunes comme la nuit et les ingénues blondes comme la clarté solaire, les empereurs, les « fous » la majorité et les « sages », les scènes d'amour pour midinettes et les scènes d'orgie, dont l'académisme va avec le public populaire et familial du péplum. Sans oublier les amours bibliques, les merveilles mythologiques, les épisodes les plus connus des histoires grecque et romaine. Bref, un panorama complet d'un genre, au pire méprisé, au mieux méconnu.

Outre les extraits de films on découvrira ici des affiches, des photos, des fascicules, des romans, des costumes et des objets dont la rareté étonnera. Conservateurs de musée et archéologues ont uni leurs efforts pour démontrer l'irremplaçable caractère pédagogique de l'image lorsqu'elle est accompagnée d'un éclairage scientifique.

Bien entendu, des visites guidées pour groupes scolaires ou visiteurs curieux permettront de mieux profiter de cette double exposition.

Les Romains disaient, en parlant de la Méditerranée, « mare nostrum ». On dira désormais, « peplum nostrum ».

Du 9 octobre 2012 au 7 avril 2013, Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, RD 502, 69560 Saint-Romain-en-Gal ; Musée gallo-romain de Lyon-Fourvière, 17, rue Cléberg, 69005 Lyon.

Par Claude Aziza