Napoléon III et l'Italie, Naissance d'une nation, 1848-1870

Jusqu'au 15 janvier – Paris.

  « Italia fara da se ! » :  l’Italie le fera seule ! Quoi donc ? Bouter les Autrichiens hors de la péninsule, c’est du moins ce qu’affirme en 1848 le roi de Piémont–Sardaigne Charles–Albert qui se passe alors du soutien militaire de la France. Le souvenir de la défaite de Custozza toujours cuisant dix ans après, son successeur Victor–Emmanuel II obtient de Napoléon III l’intervention française dans la péninsule ; prélude à son unification politique. C’est cette histoire que nous raconte l’exposition « Napoléon III et l’Italie » jusqu’au 15 janvier au musée des Invalides.

    Que voir dans cette exposition ? Peintures aux motifs variés, uniformes, sculptures, armes, esquisses, drapeaux, journaux. Mais aussi photographies car le support est alors en pleine évolution. Comme l’illustrent les prêts de l’agence Alinari de Florence et du Museo del Risorgimento de Milan, les photographes quittent leurs ateliers pour les champs de bataille, où la diversification des angles et la réduction du temps de pose donnent des ailes au genre naissant. Cette richesse de l’exposition, loin de se limiter aux relations diplomatiques entre les deux États, plaira aux amoureux de l’Italie comme aux amateurs d’histoire de France. Car si Paris offre son bras à son unification, l’Italie devient, pour des Français de toutes obédiences et conditions, le terrain d‘aventures – politiques, artistiques, militaires journalistiques – qui n’auraient pu voir le jour dans une France impériale pacifiée au prix de la liberté.

    Toutefois, cette idylle franco-italienne n’est pas dénuée d’aspérités : à l’instar des zouaves pontificaux venus défendre la Rome pontificale contre Garibaldi, tous les aventuriers français d’Italie ne sont pas favorables à son unité. Suite aux polémiques entre républicains, bonapartistes et légitimistes catholiques suscitées par son initiative, Napoléon III se retrouve dans un inconfortable entre-deux : il chasse les Autrichiens de Lombardie mais leur laisse la Vénétie en 1859, cautionne le rattachement du Mezziogiorno au Piémont–Sardaigne mais fait donner les chassepots contre les patriotes italiens venus prendre Rome au Pape en 1867 … Abandonnée par un empereur hésitant, l’Italie parachèvera–t–elle seule son unité ? Victoires clefs de l’unification allemande, Sadowa (1866) et Sedan (1870) débloquent la situation car l’Autriche et la France, ébranlées par la Prusse, quittent Rome et la Vénétie au profit du Piémont–Sardaigne.

     Après avoir parcouru ces pages d’histoire européenne, le visiteur pourra se laisser surprendre par La Liseuse du sculpteur et patriote Pietro Magni (1817–1877).

 

(© Collection privée, Florence)

 

Assise sur une modeste chaise et tout absorbée par son livre, la jeune femme porte un médaillon sur son sein dénudé. Cette sensualité n’est pas innocente ; exposant en France ou en Piémont–Sardaigne, Magni recouvrait le livre de vers patriotiques et le médaillon de l’effigie de Garibaldi. Dans les États pontificaux ou sous influence autrichienne en revanche, le livre était couvert de versets et le médaillon du visage de la Vierge ! Un exemple qui vaut bien des discours sur l’émergence d’un « culte de la Nation » au XIXe siècle.

 

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"Napoléon III et l'Italie, Naissance d'une nation, 1848-1870". Jusqu'au 15 janvier au Musée des Invalides, 129 Rue de Grenelle, 75007 Paris.
Rens. : 01 44 42 38 77 ou www.invalides.org