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Les dessous du sacre de Bokassa Ier

Dans ce documentaire, Serge Viallet nous emmène dans les coulisses d'une cérémonie aussi ubuesque que tragique.

A Bangui, capitale de Centrafrique, le dimanche 4 décembre 1977, Jean Bedel Bokassa s'autoproclame Bokassa Ier, empereur de Centrafrique. Cent soixante-treize ans, jour pour jour, après le sacre de Napoléon Ier, la cérémonie, qui se déroule dans la salle omnisport - rebaptisée pour l'occasion « palais du couronnement » -, s'inspire très largement de celle organisée par le premier empereur des Français.

Debout, devant un trône monumental sculpté en forme d'aigle aux ailes déployées, Bokassa est vêtu d'une épaisse cape écarlate doublée de fourrure d'hermine blanche et d'une robe incrustée de perles sur laquelle sont brodés en fils d'or des soleils et des abeilles. Au milieu des crépitements des flashs des appareils photo, il se coiffe lui-même d'une lourde couronne d'or et de diamants. Quelques instants plus tard, il dépose sur la tête d'une de ses épouses agenouillée devant lui un diadème qui lui donne le titre d'impératrice.

Pour célébrer son triomphe, l'empereur a donc vu les choses en grand. Rien que pour la couronne et le trône, les dépenses sont évaluées à près de 5 millions de dollars quand le salaire moyen en Centrafrique est d'environ 100 dollars !

Ayant pris le pouvoir par la force le 31 décembre 1965, à la suite d'un coup d'État durant lequel il renverse le président de la République centrafricaine David Dacko, Bokassa rêvait d'une reconnaissance internationale et donc d'un sacre devant le pape, des chefs d'état et des monarques du monde entier. Des invitations ont été envoyées dans 101 pays. Mais aucun président ou roi n'a daigné venir. Seul le chef du gouvernement de l'île Maurice a fait le déplacement. La présence de Robert Galley, ministre français de la Coopération, et de François Giscard d'Estaing, cousin du président de la République française, témoigne cependant des bonnes relations entre Bokassa et la France. Car, malgré la violence de son régime qui pratique torture et emprisonnement politique, la France continue de le soutenir et apporte d'ailleurs une aide précieuse dans l'organisation du sacre : conseil protocolaire, prêt de décors et de costumes, encadrement équestre, orchestre mais aussi aide financière et technique. Et la présence de cameramans de l'armée chargés d'immortaliser l'événement puis de réaliser le film officiel offert à l'empereur par le président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing.

A partir des archives officielles mais aussi de rushes, Serge Viallet décrypte les images de cette cérémonie. Il dévoile les dessous de ce couronnement organisé à la gloire de Bokassa et montre les tensions au sein de la famille impériale, l'opposition de l'Église, les dissensions politiques et les peurs d'un attentat. Le réalisateur relève aussi les couacs et les absurdités d'un sacre que certains ont qualifié d'ubuesque et que d'autres ont désigné comme une mascarade, oeuvre d'un mégalomane.

S. Viallet, 1977. Le couronnement de l'empereur Bokassa Ier , le 8 décembre à 17 h 55 sur Arte.

Par Olivier Thomas