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Auschwitz : comment fonctionne un camp de la mort

Auschwitz, camp de travail, de concentration et d'extermination, peut représenter à lui seul le système concentrationnaire nazi. Au printemps 1942, il devient l'instrument de la mise à mort programmée de centaines de milliers d'hommes et de femmes.

Le plus grand complexe construit durant la guerre par le IIIe Reich peut représenter à lui seul le système concentrationnaire nazi : il juxtaposait un camp de travail, un camp de concentration* et un camp d'extermination*. A la fin des années 1960, il se contentait de sa sinistre réputation. Depuis une quinzaine d'années, son nom a acquis une autre dimension au point, par exemple, de figurer sur la liste des sites constituant le patrimoine de l'humanité.

La construction des divers Lager camps rappelle les avatars de cet ensemble monstrueux, et explique la spécificité de chacune de ses parties. En février 1940, la SS* décide d'aménager, dans les faubourgs de la petite ville polonaise d'Oswiecim nommée jadis Auschwitz par les Autrichiens, des casernes vides depuis que cette fraction de la Silésie a été annexée par le Reich. Il s'agit d'en faire un camp de rééducation dans le cadre du programme de « polonisation » ; les 728 premiers détenus polonais arrivent le 14 juin 1940.

C'est ce « camp souche » Stammlager , appelé ensuite Auschwitz I, que Heinrich Himmler, chef de la SS, inspecte le 11 mars 1941. Il ordonne alors de raser le village de Brzezinka, à trois kilomètres au nord-ouest, pour construire un nouveau camp rebaptisé Birkenau ou Auschwitz II, destiné à d'autres prisonniers. Dans le même temps, près de Dwory, à sept kilomètres à l'est, des détenus sont affectés à la construction d'une zone industrielle, qui deviendra Auschwitz III. L'étape décisive se situe après que quelque 10 000 prisonniers soviétiques sont morts en édifiant le gros de Birkenau : Himmler décide de faire de ce lieu, relativement écarté, mais doté d'une bonne liaison ferroviaire entre Kattowitz et Cracovie, le site d'une extermination soit immédiate, à l'arrivée même des convois, soit différée. Il a reçu de la firme Topf, déjà chargée de la construction de l'incinérateur qui résorbe les cadavres de ceux qui meurent au camp, l'assurance qu'elle est en mesure de réaliser des crématoires d'une très grande capacité.

Le Stammlager d'Auschwitz I, où s'entassaient 17 000 à 18 000 détenus, comportait, outre une trentaine de « blocs » en dur, les éléments classiques d'un camp de concentration : la « tour » d'entrée avec sa grille, portant en fer forgé l'aphorisme repris de Dachau « Arbeit macht frei » « Le travail rend libre » , puis la place d'appel, des cuisines, des douches, des latrines, un hôpital-infirmerie, un bloc faisant fonction de salle de spectacle et même un bordel où, à partir de juin 1943, des Polonaises furent contraintes de se prostituer. Quelques blocs prirent vite une allure encore plus sinistre : dans les cellules-bunkers du Block 11, les SS de la politische Abteilung la police politique interrogeaient et torturaient, utilisant notamment le supplice de la balançoire qui faisait éclater les organes génitaux ; son sous-sol expérimenta les tout premiers gazages, tandis que devant le mur noir élevé à l'extrémité de la cour située entre les Blocks 10 et 11 furent fusillées des milliers de victimes désignées par la Gestapo*, notamment les officiers polonais et, parmi les Soviétiques, les « commissaires politiques » - ou supposés tels. Et dans le Block 10 se pratiquèrent très tôt des expériences médicales in vivo .

Birkenau comportait trois Lager : un camp de quarantaine, jamais terminé, le camp des femmes et celui des hommes. L'ensemble pouvait contenir jusqu'à 60 000 Häftlinge * détenus, dont 40 000 femmes. Les baraques de bois, misérables, au sol de terre battue, abritaient les « couchettes » : de simples planches de bois, où devaient s'entasser 6 ou 7 détenues. Ce camp enfermait les Juifs « sélectionnés pour le travail » . Des familles juives transférées du camp de Theresienstadt et tziganes furent regroupées à part, pour quelques mois de survie. On ne pouvait ignorer la voie ferrée, qui traversait le camp pour déboucher sur un quai la « rampe » puis sur deux gigantesques Krematorien * K II et K III ; à quelques centaines de mètres, deux autres Krematorien K IV et K V flanquaient des entrepôts le « Canada » , dans le jargon du camp où était trié tout ce que devaient déposer les Juifs avant d'être gazés.

Des Kommandos * dépendaient d'Auschwitz III, qui a pu regrouper jusqu'à 25 000 Häftlinge . Ils travaillaient entre autres dans des fermes auxquelles Himmler tenait - celles de Rajsko à l'ouest du Stammlager . A l'est, le camp de Monowitz, ouvert en octobre 1942, rassemblait près de 10 000 détenus travaillant dans cette ville-usine qu'était la Buna, édifiée pour le compte de la firme IG Farben qui cherchait à produire du méthanol et du caoutchouc synthétique.

L'évolution de la population concentrationnaire suit celle du camp. Mettons à part les quelques milliers de techniciens, les « travailleurs libres » allemands employés à la Buna, ou les « travailleurs volontaires » étrangers, et même les prisonniers de guerre anglais, dont le sort fut nettement différent. Les premiers Häftlinge furent des Polonais considérés comme dangereux pour la sécurité du Reich, suivis des prisonniers de guerre soviétiques, puis des détenus politiques de nationalités diverses condamnés au camp de concentration. Les Polonais constituèrent le groupe le plus nombreux devant les Ukrainiens et les Tchèques, jusqu'à l'été 1942 où allaient converger sur Birkenau les convois de Juifs de toutes nationalités. On estime qu'environ 1,3 million de Juifs et non-Juifs ont été déportés à Auschwitz-Birkenau, parmi lesquels les survivants étaient tout au plus 200 000 en janvier 1945.

Jusqu'à l'automne 1942, la Gestapo, lorsqu'elle estimait la rééducation punitive suffisante, accorda - presque exclusivement à des Reichsdeutsche , les Allemands du Reich - des libérations conditionnelles. Auschwitz était entre-temps devenu un camp d'extermination et un centre de travail forcé qui devait - comme tout le système concentrationnaire - alimenter la machine de guerre nazie. Une trentaine de firmes privées ou contrôlées par la SS IG Farben, Krupp, Siemens, l'Union, Daw, etc. installaient là leurs usines, attirées par le coût dérisoire de cette main-d'oeuvre captive. La rentabilité économique fut au demeurant médiocre, si on en juge du moins par le bilan de l'usine Buna qui ne put produire le moindre mètre cube de caoutchouc synthétique avant d'être bombardée en août 1944.

Les camps fonctionnaient selon une méthode perverse déjà éprouvée. Ils avaient à leur tête Rudolf Hoess, un homme des corps francs, un nazi condamné jadis pour un meurtre politique. Cet exécutant zélé des ordres de Himmler, remplacé en novembre 1943 par Arthur Liebehenschel, moins sectaire, revenait en mai 1944 présider à l'extermination des Juifs hongrois. Sous ses ordres, 3 000 à 3 500 sentinelles et officiers SS régnaient en maîtres tout-puissants. On peut souligner le nombre relativement important de médecins SS, dont un était toujours présent à l'arrivée des convois de Juifs ; et le nombre élevé de « surveillantes » allemandes, notoirement sadiques, telles Maria Mandel et Irma Grese connue pour l'habitude qu'elle avait de donner des coups de fouet sur les seins.

Mais comme dans tous les camps, jouant sur la peur, le désir de survivre, les rivalités nationales qu'aggravait l'antisémitisme de nombre de Polonais, les SS utilisaient non seulement des centaines de mouchards contrôlés par la politische Abteilung de Maximilien Grabner mais encore et surtout les détenus dits « prééminents » : doyens, chefs de bloc, chefs de chambrée, Kapos * et sous- Kapos , tous responsables de la bonne marche du complexe concentrationnaire, de la vie quotidienne comme du travail ; ce sont, par exemple, des détenus qui, à l' Arbeitsdienst , établissaient la composition des Kommandos . A de rares exceptions près citons Otto Kusel qui eut une attitude parfaitement correcte à la tête de l' Arbeitsdienst et finit par s'évader en décembre 1943, la plupart de ces privilégiés y compris les quelques rares Juifs chargés de Kommandos extérieurs furent les auxiliaires - souvent zélés - des maîtres SS. Une des caractéristiques d'Auschwitz fut l'ampleur du fossé creusé entre les plus démunis, promis à une mort certaine, et cette aristocratie de détenus.

La vie du Häftling ordinaire ne diffère guère de celle qui prévalait dans les autres camps. La déshumanisation volontaire et systématique faisait de lui un « Stück » , une « pièce » qui n'était plus que le numéro matricule tatoué, depuis le printemps de 1943, sur l'avant-bras gauche des Juifs ou des non-Juifs - à l'exception des Reichsdeutsche . Le Häftling subissait le froid des hivers particulièrement longs, la soif car on manquait d'eau potable, la promiscuité, empêchant que le sommeil répare la fatigue du jour, les coups distribués à tout propos, et bien entendu la faim, obsédante ; le menu ordinaire un ersatz de café et 400 grammes de pain le matin, un litre de soupe claire à midi, un autre litre un peu plus épais le soir, amélioré, à partir de juin 1942, par de rares colis refusés aux Russes et aux Juifs, provoque des oedèmes de la faim, voire des nomas une maladie de carence, causant des stomatites gangréneuses, qui avait disparu en Occident.

Le « traitement spécial »

La survie impliquait le cynique chacun-pour-soi, exigeait en tout cas de savoir « s'organiser » , autrement dit s'approprier tout ce qui pouvait servir de monnaie d'échange. La mort triomphait le plus souvent. La mort par maladie dysenterie, tuberculose et typhus endémique. La mort après une consultation à l'infirmerie où, pendant quelques mois, des malades furent achevés par une piqûre de phénol au coeur. La mort par « sélection* » quand des Juifs et quelques non-Juifs, réduits à l'état de « musulmans » cachexie avancée, jugés inaptes au travail, étaient désignés pour la chambre à gaz*. La mort par pendaison, en musique, devant tout le camp réuni, pour « sabotage » ou pour avoir essayé de s'évader 270 réussites seulement pour quelque 700 tentatives.

Au printemps de 1942, Auschwitz devient également l'instrument d'une extermination dorénavant programmée. En mars arrivent les premiers « convois RSHA * [l'Office central de sécurité du Reich] » convois de Juifs en provenance de Haute-Silésie et de Slovaquie. Les Juifs français connaissent la « sélection » à partir du douzième convoi, celui du 29 juillet 1942 ; ce sont à l'automne les Juifs belges, hollandais, allemands ; pendant le printemps 1943 arrivent des Juifs des Balkans notamment 70 000 Grecs ; puis les survivants de ghettos* polonais ; en septembre 1943, les premiers Italiens, et, le 8 septembre, les 5 600 Häftlinge relativement protégés du camp de Theresienstadt qui seront exterminés le 9 mars 1944 ; et c'est, en quelques semaines, dans l'été 1944, le transfert massif de plus de 400 000 Juifs hongrois ; en août parviennent les Juifs d'un des derniers ghettos, celui de Lodz, et les ultimes convois de l'Europe de l'Ouest ainsi celui qui part de Lyon le 11 août. Les premiers Tziganes que Himmler avait classés racialement asociaux et décidé, le 16 décembre 1942, de déporter, arrivent à Auschwitz le 26 février 1943.

A l'été 1942, les responsables de la Solution finale* Endlösung ont mis au point les modalités du « traitement spécial* » Sonderbehandlung qui attendait les Juifs envoyés à Auschwitz. Tout commence par la « sélection » à l'arrivée des convois qui s'immobilisent entre les deux camps, avant qu'ils ne s'arrêtent, à partir du printemps de 1944, à Auschwitz II même, sur la « rampe de Birkenau » ; ce sont des Juifs slovaques qui, le 4 juillet 1942, allaient connaître, les premiers, le sinistre tri. Quelques SS - dont un médecin -, d'un signe du pouce, faisaient ranger les survivants d'un voyage souvent abominable en deux files. Sur la file de gauche, les hommes apparemment en bonne santé et les femmes sans enfants solidement bâties étaient sélectionnés pour le travail et dirigés sur le camp de quarantaine. A droite demeuraient les deux tiers du convoi, les enfants, les vieillards et la majorité des femmes : à pied ou en camion, ils traversaient le camp des femmes pour y être presque immédiatement exterminés.

Un secret absolu

La plupart allaient être gazés : le premier gazage homicide a tué, en décembre l941, dans le sous-sol du Block 11 d'Auschwitz I, 250 Häftlinge non juifs tuberculeux et quelque 300 « commissaires » soviétiques. Mais comme les SS étaient gênés par des problèmes d'aération, on décida d'aménager, en mars et juin 1942, deux fermes, la « rouge » et la « blanche » nommées Bunker I et II, situées dans le bois de bouleaux au nord du camp. Himmler en personne assista, en juillet 1942, à l'une de ces « actions spéciales » . Pour incinérer un nombre croissant de victimes, on construisit alors les Krematorien II, III, IV, V, à forte capacité, techniquement au point.

C'est dans la nuit du 13 au 14 mars 1943 que des Juifs provenant du ghetto de Cracovie furent gazés pour la première fois dans le Krematorium II. Croyant accéder à une salle de douches, les femmes et les enfants d'abord, puis les hommes, se déshabillaient avant d'être enfermés dans une pièce hermétiquement close où étaient déversées des boîtes de Zyklon B* ce serait un second de Hoess, le SS Fritsch, qui aurait eu l'idée d'utiliser à une telle fin cet insecticide puissant ; l'acide cyanhydrique, absorbé par des granules de silice, se vaporise à la température de 27 °C : il fallait cinq minutes pour tuer, dans des souffrances atroces, des centaines de victimes ; après quoi, des équipes spécialisées de Juifs, constituant le Sonderkommando rattaché à chaque Krematorium , enlevaient les cadavres, coupaient les cheveux des femmes une firme de Nuremberg les payait 50 pfennigs le kilo, arrachaient les bijoux et les couronnes en or on estime que, en période « normale », 30 à 35 kilos d'or pur allaient ainsi chaque mois dans les caisses de la SS, avant d'entasser les corps sur le monte-charge qui alimentait cinq fours munis chacun de trois creusets.

Toutes ces opérations étaient couvertes par le secret le plus absolu, et lorsque Himmler eut décidé au cours de l'automne 1944 d'interrompre l'extermination par gazage, les Krematorien -chambres à gaz furent détruits en décembre et les restes rasés dans la nuit du 21 au 22 janvier 1945. Jusqu'à cette date, les quelque 900 à 1 000 membres du Sonderkommando , qui bénéficiaient pendant quatre à cinq mois d'un statut relativement privilégié, étaient à leur tour quasiment tous exterminés. C'est pour éviter ce sort que le 7 octobre 1944, 500 à 600 d'entre eux incendièrent un Krematorium , puis se battirent à mort contre les SS pour tenter une évasion collective, mais furent tous repris ou abattus.

Celles et ceux qui avaient été retenus sur la « rampe de Birkenau » étaient voués à l'extermination par le travail. La circulaire envoyée le 30 avril 1942 par le chef de l'Office principal économique et administratif SS, Oswald Pohl, soulignait : « Cette exploitation doit être épuisante dans le vrai sens du mot, afin que le travail puisse atteindre le plus grand rendement. » Elle s'appliquait tout particulièrement aux Juifs, hommes et femmes, systématiquement affectés aux plus durs des Kommandos intérieurs et extérieurs, celui du Holzhof, qui déchargeait des troncs d'arbres, ou celui de la firme Huta, qui construisait un gigantesque tuyau de béton pour l'alimentation d'une des centrales électriques du camp, ou encore les mines de Gleiwitz ou de Jawischowitz. Travaillant sept heures pratiquement tous les jours, ils étaient condamnés, pour peu que le moral cédât, à une cachexie qui, les rendant inaptes au travail, les désignait à la première « sélection » pour la chambre à gaz.

Ce sont enfin presque exclusivement sur des Juives et des Juifs qu'étaient pratiquées dans le Block 10 du Stammlager des expériences médicales in vivo aussi mutilantes que douloureuses. Des médecins SS mais aussi le gynécologue Carl Clauberg et le professeur d'université Johann Kremer utilisaient ces cobayes pour mettre en oeuvre le programme médical du IIIe Reich concernant la reproduction humaine. Sous prétexte de chercher comment multiplier la race des seigneurs, Josef Mengele traquait systématiquement les jumeaux dès la rampe de sélection, les étudiait médicalement, pour les faire tuer le même jour et disséquer alors leur cadavre. Inversement, pour contrôler la reproduction des races jugées « inférieures » , on recherchait la manière la plus efficace et la moins coûteuse de stériliser hommes et femmes.

Au total, combien de Juives et de Juifs ont été exterminés, d'une manière ou d'une autre, dans le complexe concentrationnaire d'Auschwitz ? On en est réduit à faire des projections puisque celles et ceux qui n'étaient pas sélectionnés pour le travail n'étaient pas comptabilisés. Le chiffre le plus vraisemblable, auquel parvient Franciszek Piper à la suite de décomptes minutieux, est de 960 000 sur 1,1 million de déportés. Ajoutons que quelque 21 000 Tziganes, qui avaient d'abord bénéficié de conditions relativement privilégiées, furent pour la plupart gazés en août 1944.

Loin de banaliser l'horreur, comprendre, analyser, démonter les mécanismes de mort de l'ensemble du complexe d'Auschwitz-Birkenau permet de méditer au moins sur deux points. Auschwitz - comme toute pièce du système concentrationnaire nazi - fut une épouvantable machine d'avilissement, celle que reconnaît lucidement Primo Levi : « Survivre sans avoir renoncé à rien de son propre monde moral, à moins d'interventions puissantes et directes de la chance, n'a été donné qu'à un tout petit nombre d'êtres supérieurs, de l'étoffe des saints et des martyrs. »

Ce qui passe le concevable dans Birkenau, c'est sans doute le caractère froid de cette monstrueuse machine à tuer. Comme à Johann Paul Kremer, ce professeur de médecine menant dans le camp des « recherches » expérimentales et notant dans son journal : « Ce matin à trois heures, j'ai assisté pour la première fois à une ‘‘ action spéciale''. En comparaison, l'enfer de Dante me paraît être une comédie. Ce n'est pas pour rien qu'Auschwitz est appelé un camp d'extermination » , la métaphore dantesque de l' « anus mundi » 5 septembre 1942 semble seule convenir. Cela explique sans doute l'ambivalence de la conclusion tirée par Theodor Adorno ; le refus « Toute culture consécutive à Auschwitz, y compris sa critique urgente, n'est qu'un tas d'ordures » est corrigé par cet impératif : « Penser et agir en sorte que Auschwitz ne se répète pas. » Les historiens doivent et peuvent y concourir.

Par Jean-Pierre Azéma