Cinq guerres entre Israël et les arabes
Entre le 15 mai 1948, lendemain de la proclamation de son indépendance, et 1979, date de la paix avec l'Égypte, Israël ne cessera jamais vraiment d'être en guerre avec tous ses voisins arabes. La dimension palestinienne du conflit est largement éclipsée.
Le 15 mai 1948, alors que l'indépendance d'Israël a été proclamée la veille, cinq armées arabes Égypte, Transjordanie, Syrie, Liban, Irak envahissent l'État hébreu. La première guerre israélo-arabe commence. Si elle ouvre un chapitre nouveau, celui de la confrontation militaire entre États, elle en clôt un autre, celui de l'affrontement intercommunautaire entre Juifs et Palestiniens : lorsque l'État d'Israël voit le jour, ces derniers ont déjà perdu leur guerre. Engagés durant toute la période du mandat britannique dans une lutte acharnée contre le Yishouv*, les dirigeants palestiniens ont, dès le vote du plan de partage de l'ONU, le 29 novembre 1947, entamé les combats pour empêcher ce qu'ils considèrent comme la mutilation de leur patrie historique. Ils s'organisent, sur le plan militaire, autour de chefs locaux comme Cheikh Hassan Salamé à Jaffa, ou Abd el-Kader Husseini à Jérusalem. Du côté juif, le Palmah, fort de 3 000 hommes, porte l'essentiel du fardeau de la lutte, tandis que la Haganah*, avec sa vingtaine de milliers d'hommes, est engagée dans une tactique défensive, en particulier contre l'Armée de libération arabe, composée essentiellement de volontaires non palestiniens et dirigée par un aventurier syrien, Fawzi al-Kaoukji. Cette dernière pénètre en Galilée en janvier 1948 avec 2 000 hommes - ils seront quatre fois plus nombreux en mai - afin d'empêcher la mise en oeuvre du plan de partage. Les forces arabes se lancent dans une stratégie de harcèlement, coupant les axes de communication, isolant les colonies juives et soumettant Jérusalem à un véritable blocus. Mais elles ne parviennent pas à conquérir les implantations juives. Bien que sur la défensive, le Yishouv tient bon.
Celui-ci dispose, en effet, dès le départ, d'un avantage qualitatif indéniable : préparation psychologique à la guerre, unité de commandement et surtout expérience des combats. La Seconde Guerre mondiale a permis à 26 000 Juifs de Palestine* qui se sont portés volontaires pour servir dans différents régiments de l'armée britannique de parfaire leur éducation militaire. Les atouts du Yishouv, en termes d'organisation, de motivation et de formation, sont donc réels, face à des troupes arabes qui agissent sur une base strictement locale, sans stratégie d'ensemble. En outre, les Palestiniens pâtissent des rivalités incessantes entre les deux grandes familles de notables, les Husseini et les Nashashibi.
De plus, alors que les Juifs sont encadrés par des élites politiques et militaires très actives, les Palestiniens sont menés par des dirigeants absentéistes. Sur les douze membres du Haut Comité arabe, dirigé par le mufti de Jérusalem, Hajj Amin al-Husseini, et qui rassemble ses partisans, trois se trouvent sur place à partir de juillet 1947. Les autres sont au Caire, à Damas ou à Beyrouth : du coup, l'action sur le terrain est mal coordonnée. Cependant, au début du conflit, les Juifs manquent cruellement d'armes. Les choses changent à partir du mois d'avril 1948, avec l'arrivée de matériel venu de Tchécoslovaquie. Israël peut ainsi contrôler, le 14 mai, le territoire qui lui a été alloué par l'ONU à l'exception du désert du Néguev et même prendre pied dans des zones situées au-delà des frontières de l'État, à Jaffa et en Galilée occidentale.
Ce territoire subit une transformation démographique considérable avec l'exode massif des habitants arabes. Dès le mois de décembre 1947, les élites urbaines quittent Haïfa, Jaffa et Jérusalem pour se réfugier dans des lieux plus calmes. Les citadins et les fellahs paysans, désemparés, fuient en masse devant les troupes juives, lors du déclenchement de l'offensive générale d'avril. Cet exode est accéléré par la panique qui se répand dans la population arabe après le massacre de Deir Yassin, le 9 avril : une centaine de Palestiniens, en majorité des civils, y ont été tués par les combattants de l'Irgoun* et du Lehi. Alors que, dans l'État juif tel qu'il avait été dessiné par l'ONU, les deux populations auraient été dans une situation de quasi-équilibre démographique, le départ d'environ 300 000 Palestiniens a déjà commencé à homogénéiser ethniquement le nouvel État.
Les Palestiniens militairement vaincus, les États arabes entrent à leur tour en guerre. Mais ils ne parviennent pas à retourner la situation en leur faveur, malgré quelques succès initiaux. Le manque de coordination entre les différentes armées explique largement qu'elles ne soient pas en mesure de profiter des carences en matériel de l'armée israélienne. La décision finale de pénétrer en Palestine ne sera d'ailleurs prise qu'à la fin du mois d'avril 1948 et le plan d'invasion lui-même adopté la veille du déclenchement de la guerre ! Cette impréparation confondante tient aux rivalités incessantes entre les dirigeants arabes et, en particulier, aux préventions très fortes qu'ils entretiennent contre le roi Abdallah de Transjordanie, soupçonné d'avoir conclu une entente avec l'Agence juive* pour partager la Palestine. Ces craintes sont fondées : le souverain hachémite annexera effectivement la Cisjordanie en 1950, ce qui lui coûtera la vie - il sera assassiné à l'entrée de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem l'année suivante par un partisan du mufti de Jérusalem.
Après une première trêve, conclue le 11 juin 1948, les dirigeants arabes décident, contre l'avis des responsables militaires, de reprendre les combats le 8 juillet. Ils trouvent, face à eux, une armée israélienne dont les capacités offensives en hommes et en matériel ont été considérablement améliorées durant le cessez-le-feu. En l'espace de dix jours, cette armée conquiert Nazareth et la Galilée centrale, et dégage définitivement Tel-Aviv en prenant les villes de Lod et Ramleh, dont les 60 000 habitants sont expulsés.
Une seconde trêve est conclue, mais les combats reprennent le 15 octobre. Bientôt, les dernières poches encore contrôlées par les Arabes en Haute-Galilée sont évacuées et, dans le Néguev, Tsahal* brise définitivement l'armée égyptienne. Le 7 janvier 1949, les armes se taisent. Israël a gagné la guerre et se retrouve avec un territoire de 20 700 km2 6 000 km2 supplémentaires par rapport au plan de partage de 1947. Le prix du sang a été lourd : 5 800 morts, soit 1 % de la population du Yishouv et 8 % de la classe d'âge des 19-21 ans. Un tiers des victimes sont des survivants du génocide. La guerre d'indépendance reste la plus longue et la plus meurtrière des guerres d'Israël.
Du côté arabe, la défaite est écrasante. Elle se mesure moins en nombre de morts environ 2 000 soldats des armées régulières, un nombre indéterminé de guérilleros et de civils qu'en termes humains. 1948 marque l'effondrement et l'éclatement d'une société : plus de 700 000 Palestiniens sont devenus des réfugiés. Un tiers environ vit dans la cinquantaine de camps installés dans les pays arabes voisins et dans les deux fragments de Palestine non occupés par Israël : la bande de Gaza, administrée par l'Égypte, et la Cisjordanie, intégrée au royaume de Transjordanie qui prend alors le nom de Jordanie.
Ces réfugiés ne rêvent que d'une chose : le retour dans leur foyer. Mais cette aspiration se heurte d'emblée au refus israélien. Et, pour rendre impossible tout retour des réfugiés, le nouvel État hébreu détruit les villages abandonnés, installe de nouveaux immigrants dans les maisons désertées et fait construire des implantations sur les terres arabes. La question des réfugiés fait capoter l'unique effort diplomatique entrepris pour trouver une solution politique au conflit : la conférence de Lausanne, convoquée en 1949, après la signature des accords d'armistice de Rhodes, s'enlise rapidement, les délégués arabes s'opposant à toute discussion sur le fond tant qu'Israël ne s'engage pas préalablement à autoriser leur rapatriement. L'échec des pourparlers installe durablement la région dans la guerre.
Trois conflagrations majeures, de durée limitée moins de cinq semaines en tout, mais très intenses, vont alors se succéder. Dès 1949, des réfugiés palestiniens tentent, spontanément, de pénétrer en Israël pour cultiver leurs terres, ramasser leurs récoltes ou rendre visite à des membres de leurs familles. Ces « infiltrations » s'accompagnent parfois de meurtres auxquels l'armée israélienne répond par des représailles systématiques au coeur des villages arabes. Actions armées qui prennent parfois un tour tragique, comme à Qibya, en Cisjordanie, en 1953, lorsque 70 civils meurent sous les décombres de leurs maisons.
En février 1955, l'attaque meurtrière, par les Israéliens, d'une base de l'armée égyptienne à Gaza précipite l'engagement de Nasser en faveur des fedayins palestiniens qui peuvent désormais compter sur l'aide directe du Caire. La conclusion, le même mois, du pacte de Bagdad, qui regroupe, sous l'égide de la Grande-Bretagne, les régimes musulmans les plus conservateurs Irak, Turquie, Iran, Pakistan, conduit le dirigeant égyptien à se rapprocher du bloc soviétique il conclut un accord de livraison d'armes avec la Tchécoslovaquie en mai 1955 et à signer avec la Syrie un pacte de défense mutuelle. Le refus américain de financer la construction du barrage d'Assouan le pousse finalement à défier l'Occident en nationalisant la Compagnie du canal de Suez, en juillet 1956. Ce geste, ressenti comme une provocation par la France et la Grande-Bretagne, les conduit à engager les hostilités militaires contre l'Égypte. Israël s'y associe en pensant pouvoir ainsi mettre un terme aux opérations des fedayins. Le résultat est loin des espérances des trois coalisés.
Arrêtée dans son élan par les États-Unis, l'intervention franco-britannique discrédite les deux puissances européennes qui achèvent de perdre leur autorité politique au Moyen-Orient. Quant à Israël, bien que victorieux militairement et occupant la péninsule du Sinaï, il doit l'évacuer sous la pression américaine. Face à un Nasser que le conflit a transformé en figure de proue des mouvements de libération du tiers monde, Ben Gourion apparaît comme le suppôt d'un colonialisme décati. La guerre n'a fait qu'approfondir la suspicion entre Israël et les États voisins.
En 1963, l'arrivée au pouvoir à Damas du parti Baas, une formation panarabe et socialisante, conduit à la détérioration progressive de la situation dans le nord d'Israël. Les incidents de frontière se multiplient. Finalement, le coup d'État de février 1966, qui amène au pouvoir en Syrie d'autres officiers baasistes, très antisionistes, favorise un rapprochement entre la Syrie et Nasser : les deux pays signent un nouveau pacte de défense mutuelle qui réveille, en Israël, la crainte d'un encerclement. Pourtant, à ce moment, le raïs n'a pas de velléités offensives ; il veut surtout redonner un nouveau souffle à une unité arabe bien mal en point.
Au printemps 1967, la tension monte encore d'un cran au nord, les Syriens ayant acquis la conviction que les Israéliens se préparent à envahir leur pays pour renverser le Baas. Bien que fausse, l'information, corroborée par l'Union soviétique, pousse Nasser à prendre une série de dispositions dont il mesure mal l'interprétation qu'en feront les Israéliens. Le rappel des Casques bleus de l'ONU qui surveillaient la frontière israélo-égyptienne depuis 1956 et l'installation des troupes égyptiennes dans le Sinaï font partie, pour lui, d'une stratégie de dissuasion ; vus d'Israël, ces gestes constituent un véritable casus belli . La guerre est inéluctable.
Le 5 juin, l'État juif attaque sur tous les fronts. Les aviations ennemies sont presque entièrement détruites au sol tandis que l'armée israélienne avance à marches forcées vers le canal de Suez, le Jourdain et les hauteurs du Golan. Le 10 juin, la guerre est terminée. La déroute des armées arabes est totale : elles ont perdu plus de 70 % de leur armement lourd et près de 20 000 hommes, contre seulement 760 morts israéliens. Cette défaite accablante sera le chant du cygne du nassérisme.
A l'inverse, Israël se retrouve à la tête d'un formidable glacis stratégique grâce à l'occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du plateau du Golan et de la péninsule du Sinaï, et d'une capitale « réunifiée », Jérusalem, après l'annexion de la partie arabe de la ville. Il y a pourtant des ombres au tableau. L'URSS et les démocraties populaires à l'exception de la Roumanie rompent leurs relations diplomatiques avec l'État hébreu tandis que Paris met un terme à une coopération militaire privilégiée : le pays n'a plus que les États-Unis vers lesquels se tourner. En outre, en s'emparant de la Cisjordanie et de Gaza, Israël va se trouver directement aux prises avec le nationalisme palestinien, qui rencontre un écho croissant au sein de la population arabe. Enfin, l'occupation de la « Judée-Samarie » va donner une vigueur renouvelée à un nationalisme juif mâtiné de religion, qui se traduira par un mouvement de colonisation sans précédent.
En attendant, les Israéliens pensent, naïvement, que les gages territoriaux qu'ils ont arrachés vont inciter les Arabes à négocier. En fait, loin de rentrer dans une logique de concessions, l'humiliation militaire qui a été infligée à ces derniers les conduit à redoubler d'intransigeance. Au sommet arabe de Khartoum, en 1967, ils proclament leurs trois « non » : 1 non à la réconciliation avec Israël ; 2 non à la négociation ; 3 non à la reconnaissance de l'État hébreu. Et, pour bien appuyer ce refus, Nasser déclenche le long du canal de Suez, au cours de l'été 1968, une « guerre d'usure » qui aboutit à des bombardements d'artillerie réciproques et des raids aériens d'Israël jusque dans la banlieue du Caire.
L'escalade militaire va crescendo et ne s'achève en août 1970 qu'avec une médiation américaine. Les États-Unis ne se contentent pas de jouer les pompiers ; ils proposent, par l'intermédiaire du secrétaire d'État William Rogers, une issue à l'impasse régionale fondée sur la résolution 242 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU : ce texte lie le retrait de l'armée israélienne des territoires occupés en juin 1967 à la reconnaissance du droit de tous les États de la région à vivre en paix. Cette proposition ne débouche cependant sur rien de concret : Israël et les États arabes divergent sur l'articulation entre évacuation militaire des territoires conquis et ouverture des négociations.
Pourtant, l'année 1970 va marquer un tournant au Moyen-Orient. Nasser disparaît en septembre, et son successeur, Anouar el-Sadate, fait à Washington des ouvertures. Sadate, qui a expulsé en juillet 1972 les conseillers militaires soviétiques, veut amener son pays à la table des négociations dans une relative position de force, après avoir rétabli l'honneur perdu des armées arabes.
C'est dans cet esprit qu'il envisage une guerre limitée qui doit entamer la foi d'Israël en sa supériorité militaire et sortir les Américains de leur torpeur diplomatique. Déclenchée le 6 octobre 1973, l'offensive égyptienne le long du canal de Suez, associée à l'assaut syrien sur le Golan, atteint son objectif politique. Les troupes de Damas effectuent une percée dans le secteur central, tandis qu'au sud les Égyptiens franchissent le canal de Suez, bousculent la ligne Bar Lev - un réseau de fortifications réputé imprenable - et s'installent solidement à l'est du canal. Surpris, en ce jour de Kippour*, par cette attaque concertée, les Israéliens reculent ; leur aviation subit de lourdes pertes. La mobilisation des réserves achevée, ils parviennent toutefois à engager une double contre-offensive, d'abord sur le front nord, où Tsahal pénètre en territoire syrien, plaçant Damas à portée de ses canons, puis sur le front sud. Profitant des failles du dispositif adverse, les parachutistes du général Sharon réussissent à prendre la IIIe armée égyptienne en tenaille.
Ce revers militaire incite l'URSS, qui a soutenu massivement ses alliés arabes, à se concerter avec les États-Unis qui ont, de leur côté, établi un gigantesque pont aérien vers Israël. Ensemble, par l'intermédiaire du Conseil de sécurité de l'ONU, ils mettent en oeuvre un cessez-le-feu. Le 22 octobre, la résolution 338, demandant aux parties de mettre fin aux opérations militaires, est adoptée. Mais Israël entend poursuivre son opération d'encerclement à l'ouest du canal. Les Soviétiques menacent alors d'intervenir directement, ce qui pousse les États-Unis à répliquer en mettant en alerte leurs forces armées, y compris nucléaires. Cet ultime bras de fer précipite l'arrêt définitif des combats.
La guerre du Kippour a été la plus internationalisée de toutes celles qui ont opposé Israël et ses voisins. Elle a impliqué non seulement un engagement maximal des deux superpuissances, mais aussi la mobilisation des États arabes producteurs de pétrole - d'où le quadruplement du prix du baril et un embargo total envers les États-Unis et les Pays-Bas, deux pays très proches d'Israël. Elle marque pourtant aussi, comme Sadate l'avait espéré, l'ouverture d'une ère nouvelle : celle de la négociation politique. A peine la guerre terminée, Henry Kissinger entreprend d'incessantes navettes et parvient en 1974 à conclure deux accords de désengagement, l'un au Sinaï, l'autre sur le Golan.
Bien que l'Égypte ait signé, en septembre 1975, un second accord de désengagement, elle veut aller plus loin : parvenir à un règlement de paix définitif. Sadate, qui a impérativement besoin de l'aide financière des États-Unis, prend alors une décision spectaculaire. Le 19 novembre 1977, il se rend à Jérusalem, au milieu d'une véritable liesse populaire, et prononce devant la Knesset* un discours où, en échange de la reconnaissance d'Israël, il demande le retrait total des territoires occupés depuis 1967, ainsi que le respect du droit à l'autodétermination des Palestiniens. Or, si le nouveau Premier ministre israélien, Menahem Begin qui a donné pour la première fois depuis la création de l'État la victoire électorale à la droite, est résolu à conclure la paix avec l'Égypte, qui reste l'adversaire le plus redoutable d'Israël, il ne veut pas entendre parler de droits politiques pour les Palestiniens.
Le désaccord entre les deux parties ne cessera pas sur ce point, mais, piqué au vif par la levée de boucliers qui, dans le monde arabe, accueille sa visite en Israël, Sadate décide de faire cavalier seul. Sous les auspices du président américain Jimmy Carter, il rencontre Begin à Camp David en septembre 1978. Le volet palestinien des accords qui prévoit l'octroi d'un statut d'autonomie aux Palestiniens des territoires occupés restera lettre morte. Cependant, les deux pays signent en mars 1979 un traité de paix qui prévoit le retrait total du Sinaï et l'établissement entre eux de relations diplomatiques, économiques et culturelles. L'Égypte paye très cher son audace : exclue de la Ligue arabe, frappée d'ostracisme diplomatique, en butte à l'hostilité des durs regroupés dans le Front du refus Libye, Irak, Algérie, Sud-Yémen, Syrie, OLP, elle ne rentrera définitivement dans le giron arabe qu'en 1989 - avec l'intégralité du Sinaï mais sans son leader visionnaire, assassiné par des islamistes en 1981.
Reste le lancinant problème palestinien. La création de l'État hébreu avait déplacé, on l'a dit, l'épicentre du contentieux israélo-arabe en transformant ce qui avait été, dans l'entre-deux-guerres, un affrontement intercommunautaire, en un conflit classique entre pays. Cette dimension cède progressivement du terrain au cours des années 1970 avec la réaffirmation du nationalisme palestinien qui renaît progressivement de ses cendres depuis la fin des années 1950 à l'initiative d'étudiants palestiniens cf. Nadine Picaudou, p. 68. En dépit d'un lourd passif militaire, les succès politiques de l'OLP sont réels dans les années 1970. Reconnue au sommet arabe de Rabat en 1974 comme le représentant légitime du peuple palestinien, l'Organisation de libération voit sa représentativité internationale croître, jusqu'au sein de l'ONU et en Europe occidentale. Dans leur déclaration de Venise en 1980, les pays de la communauté affirment que le peuple palestinien doit pouvoir exercer son droit à l'autodétermination et que son représentant, l'OLP, doit être associé à la négociation. Plus important encore : alors que l'OLP est déjà bien implantée dans les camps de réfugiés, elle devient la force politique principale parmi les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie.
Cette situation n'est pas du goût d'Israël qui, sous l'impulsion du gouvernement nationaliste du Likoud*, est engagé dans une grande campagne de renforcement de la présence juive en Cisjordanie qu'il désigne sous le nom de « Judée-Samarie ». Celle-ci a été multipliée par trois au cours de la première législature du Likoud entre 1977 et 1981, passant de 5 000 à 17 000 - 75 000 Israéliens s'étant par ailleurs installés à Jérusalem-Est. Begin et son ministre de la Défense, Ariel Sharon, pensent être en mesure de porter le coup de grâce à l'organisation palestinienne en frappant sa base stratégique au Liban. Le 6 juin 1982, Tsahal passe la frontière libanaise avec l'intention affichée de repousser l'OLP 40 kilomètres au nord de la frontière. Le 10 juin, les Israéliens se trouvent aux portes de Beyrouth. Le siège en règle auquel ils soumettent la capitale libanaise finit par porter ses fruits. Fin août, les combattants palestiniens s'embarquent, sous la protection d'une force multinationale, sur des navires qui les conduisent loin du Liban, en Tunisie notamment.
La victoire israélienne semble, encore une fois, totale. Pourtant, elle montre très vite ses limites. La reconstruction d'un État libanais fort, dominé par les « phalangistes » chrétiens, qui laissait l'espoir d'une possible paix avec Israël, est stoppée nette lorsque, le 14 septembre 1982, le nouveau président, Béchir Gemayel, meurt sous les décombres d'un immeuble détruit par 50 kg de TNT. Quatre jours plus tard, les massacres commis par les forces libanaises à dominante maronite dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila encerclés par l'armée israélienne suscitent l'indignation du monde entier et provoquent en Israël un mouvement de colère et de protestation qui rompt le consensus national.
Finalement, le développement, sous l'action des milices chiites Hezbollah et Amal, d'une guérilla meurtrière, contraint l'armée israélienne à se retirer du Liban en 1985 à l'exception d'une « zone de sécurité », d'une dizaine de kilomètres de large, au sud du pays, laissant plus que jamais les Syriens seuls maîtres du jeu. Coûteuse en hommes et en argent, la guerre du Liban n'a, en outre, pas permis d'étouffer durablement le nationalisme palestinien, même si elle contraint l'OLP, devant la vanité désormais patente de toute option militaire, à s'engager dans la voie diplomatique. D'abord avec quelques hésitations, puis avec ténacité, après le déclenchement, le 9 décembre 1987, de l'Intifada*, vaste soulèvement de toute la société palestinienne contre une occupation vieille de deux décennies.
A elle seule, cette révolte n'est toutefois pas en mesure d'amener l'État hébreu à négocier avec l'OLP. Il faut, pour cela, qu'éclate un nouveau conflit : la crise puis la guerre du Golfe en 1990-1991. En démontrant la formidable puissance des Américains, la guerre du Golfe place les États-Unis dans une situation d'hégémonie diplomatique qui leur permet de lancer, à l'automne 1991, un processus de paix extrêmement ambitieux.
Le 30 octobre 1991 s'ouvre ainsi, à Madrid, la conférence inaugurale, événement sans précédent puisque, pour la première fois, l'ensemble des parties y compris les Palestiniens se retrouvent face à face. Les discussions se poursuivent bilatéralement à Washington entre Israël et la Syrie, le Liban, la Jordanie et une délégation palestinienne. Il faudra toutefois attendre l'ouverture en 1993 d'un dialogue direct entre Israël et l'OLP - en dehors des négociations officielles de Washington - pour que la Jordanie devienne en octobre 1994 le deuxième État arabe, après l'Égypte, à signer un traité de paix avec Israël. Rien de tel ne se produisit sur le front syro-libanais. Certes, les contours d'un accord futur ont été tracés par les négociateurs syriens et israéliens entre août 1992 et mars 1996. Ils reprennent le principe des « Territoires contre la paix » : au retrait du Golan répondra l'établissement d'une paix complète avec l'État hébreu. Toutefois la persistance de divergences sur les modalités d'application de cet accord informel comme sur le tracé exact de la frontière sur le rivage nord-ouest du lac de Tibériade ont empêché, jusqu'à ce jour, la concrétisation finale d'un accord. Quant au Liban, il continua d'être au long des années 1990 le théâtre d'affrontements, généralement cantonnés à la « zone de sécurité » au Sud-Liban1, entre troupes israéliennes et leurs alliés libanais Armée du Liban Sud et combattants du Hezbollah. La fin de la tutelle syrienne avril 2005 ne permit pas davantage un déblocage diplomatique, le Hezbollah chiite, très anti-israélien, contre lequel l'État hébreu mena une guerre au cours de l'été 2006, demeurant un acteur clef de la scène libanaise.
Si, aujourd'hui, les relations d'Israël avec les États de la région ne sont plus rythmées par des affrontements militaires à répétition, elles sont encore loin d'être devenues « normales ». Elles ne pourront le devenir que lorsque la question palestinienne sera réglée sur le fond dans le respect des droits nationaux du peuple palestinien qui, comme le peuple juif, doit pouvoir disposer d'un État indépendant souverain, et viable. Seule cette perspective permettra l'insertion d'Israël dans la région, achevant ainsi la normalisation diplomatique du pays.
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