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Gutenberg ou la multiplication des livres

On croit tout savoir de Gutenberg, le génial inventeur en Occident de la presse d'imprimerie et des caractères mobiles. Pourtant, l'homme qui est à l'origine d'une immense révolution culturelle reste un personnage bien mystérieux.

Cet ingénieur, tenu en Occident comme l'inventeur de l'imprimerie*, est devenu une sorte de symbole de ce qu'on appelle « le progrès », et sa renommée a atteint tous les pays de l'Europe. Reste à comprendre dans quel climat Gutenberg réalisa son invention, qui était le personnage et comment il procéda pour atteindre son but.

Gutenberg est né à l'aube des temps modernes. L'Europe sortait d'une longue crise. A l'Ouest, la guerre de Cent Ans prenait fin. Déjà, l'Italie vivait les premières grandes heures de la Renaissance. L'Empire romain germanique, qui comprenait l'Allemagne et une partie de l'Europe centrale, connaissait un brillant renouveau grâce à l'exploitation de ses mines et au développement, à partir de Nuremberg, de nouvelles techniques métallurgiques permettant en particulier de séparer le plomb, le cuivre, l'antimoine1 et l'argent mélangés dans les minerais extraits de Styrie.

L'heure était à la multiplication en série d'objets métalliques, les communications s'accéléraient, de grandes compagnies marchandes s'étaient constituées, telle celle des Ammemeister que nous retrouverons à propos de Gutenberg. Du même coup, les peuples de cette région s'efforçaient de rattraper leurs retards : l'alphabétisation se répandait, de nombreuses universités étaient créées.

En même temps, la piété devenait individuelle ; les familles bourgeoises, de plus en plus nombreuses, voulaient prier devant leurs images et lire leurs livres de piété personnels. Enfin, l'administration se développait et les formulaires faisaient leur apparition, si bien que les copistes manquaient, par exemple pour fournir en grand nombre les lettres d'indulgences dont l'Église faisait commerce et qu'on rédigeait en laissant en blanc un espace pour inscrire le nom de l'heureux bénéficiaire2.

C'est alors qu'on mit au point une technique consistant à reproduire à partir d'une planche de bois gravée et encrée des images, le plus souvent pieuses, assorties d'un texte court. Multipliées sur des feuilles de papier qu'on commençait à fabriquer un peu partout, ces xylographies* - un procédé depuis longtemps utilisé en Chine étaient réalisées avant tout dans la vallée du Rhin et dans le nord-est de la France actuelle. Restait à trouver un moyen de reproduire plus facilement les textes, autrement dit à inventer un procédé d'imprimerie.

Johannes Gensfleisch - Gutenberg, du nom d'une maison que sa famille possédait, Zu guten Bergen , « À la Bonne Montagne » - était né à Mayence. Son père était sans doute négociant en draps. On ne sait rien de sa jeunesse. On a cru retrouver une trace de son passage sur les matricules de l'université d'Erfurt, mais rien n'est moins sûr. Il semble n'avoir jamais été monnayeur ou orfèvre comme on l'a supposé. On s'est souvent demandé où il avait pu apprendre les techniques du métal dont il apparaît expert, mais rien ne prouve non plus, comme on l'a affirmé, qu'il ait séjourné à Nuremberg, ville spécialisée en ce domaine.

Il lui fallut en tout cas quitter sa ville natale en 1428 à la suite d'une révolte des corporations. On le retrouve à Strasbourg en 1434 : l'édification de la cathédrale y avait attiré de nombreux artistes et artisans. Gutenberg ne manque pas de moyens et y mène une vie agitée. Il est poursuivi par une demoiselle pour une promesse de mariage non tenue et semble fort amateur de vins cuits. Il apparaît alors comme une personnalité inclassable qu'on associe, faute de mieux, à la guilde des orfèvres.

Il passe en 1436 un contrat avec un bourgeois de la ville, Andreas Dritzehn, et s'engage à lui livrer une sorte de tour perfectionné susceptible de polir les pierres précieuses. Il conclut également avec Dritzehn et deux autres notables, un accord par lequel il s'engage à leur fournir un procédé permettant de fabriquer en série de petits miroirs à partir d'un alliage de plomb, d'étain et de cuivre, auxquels on ajoutait sans doute de l'antimoine. Ces miroirs étaient destinés à refléter l'image de reliques qu'on montrait au peuple à partir d'un balcon de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle lors d'un pèlerinage ; ils permettaient aux fidèles, selon les croyances du temps, de recevoir des grâces comparables à celles dont ils auraient bénéficié s'ils avaient pu toucher les reliques.

Ces deux « inventions » n'étaient pas à proprement parler des découvertes. Elles n'en témoignent pas moins que Gutenberg était une sorte d'ingénieur très averti des progrès récemment réalisés dans l'art du métal. Mais il avait un autre projet en tête : on le voit donner dès cette même année 1436 à un orfèvre originaire de Francfort la somme importante de 100 florins en échange de « choses appartenant à l'imprimerie » .

Il travailla d'abord seul, dans le secret, mais ses partenaires eurent vent de la chose et exigèrent d'être associés à ses recherches. Bientôt, cependant, à la suite de la mort d'Andreas Dritzehn et des querelles opposant les frères et héritiers de celui-ci, Claus et Jörge, Gutenberg dénonça son contrat et un procès s'ensuivit.

Les dépositions des témoins de cette affaire nous décrivent les efforts menés par la petite équipe qui travaillait dans la fièvre, excitée qu'elle était par les perspectives d'enrichissement qu'offrait l'invention en cours. Des sommes importantes semblent avoir été engagées par les partenaires de Gutenberg afin de fabriquer des outils de métal ainsi qu'une presse.

On trouve là une atmosphère comparable à celle dans laquelle les inventeurs, au fond d'un hangar, à partir de moyens réduits, mettaient au point des appareils qui allaient bouleverser le monde. Comme ceux-ci, Gutenberg est soucieux de préserver les secrets de ses recherches. Il recommande à Claus Dritzehn, en qui il n'a guère ­confiance, de ne montrer à personne la presse qui se trouve installée chez lui et qui est très probablement inspirée des pressoirs des vignerons ou des presses des relieurs. Un témoignage rapporte que, malade, il envoie même un serviteur dont il est sûr ouvrir cette presse au moyen de deux vis et séparer une série de pièces qui se trouvent à l'intérieur afin que personne ne puisse comprendre de quoi il s'agit.

Nous n'y comprenons pas grand-chose non plus, avouons-le franchement. Pourtant, si l'on ajoute que Jörge Dritzehn reçut de la succession de son frère des livres « grands et petits » , on est en droit de penser que Gutenberg travaillait alors à l'impression de livres à partir de techniques métalliques inconnues qui ont excité l'imagination des spécialistes3.

Les bailleurs de fonds de notre inventeur n'étaient pas particulièrement riches. Mais ils se trouvaient proches de la puissante société marchande des Ammemeister qui se livrait au commerce entre les Pays-Bas et la Lombardie et ils semblent avoir été soutenus par le très fortuné banquier Friedel von Seckingen. Les recherches menées pour mettre au point l'imprimerie en caractères mobiles semblent donc avoir été engagées dans une atmosphère qu'on qualifierait aujourd'hui de « précapitaliste ».

Quoi qu'il en fût, l'entreprise strasbourgeoise de Gutenberg tourna court et le héros de notre histoire disparaît à nos yeux durant quatre années, entre 1444 et 1448. Nul ne sait où il porta alors ses pas, et les recherches menées pour le retrouver à Venise, point de départ du grand commerce qui enrichissait la vallée du Rhin, d'où était expédié vers cette région le papier* italien, n'ont abouti à rien.

C'est à ce moment en revanche qu'intervient un ingénieur de haute volée, Procope Waldfoghel. Originaire de Bohême, il a fait un séjour aux forges de Nuremberg, haut lieu des recherches métallurgiques. Puis on le rencontre en Avignon, possesseur de « formes d'étain » et de « lettres formées » . Il s'engage à enseigner à des Juifs de la cité des papes un « moyen d'écrire artificiellement » . On a longtemps supposé qu'il s'agissait là d'une technique primitive d'imprimerie. Mais le document semble faire plutôt état de poinçons isolés servant à apposer une inscription sur une reliure, un procédé qui a vraisemblablement mis Gutenberg sur la voie de son invention.

Waldfoghel poursuit en même temps des recherches sur des procédés de teinture, sans doute afin de mettre au point des encres d'imprimerie de différentes couleurs. Après quoi, on le repère à Constance au moment où, précisément, apparaissent sur les bords du lac les premières gravures en taille douce sur cuivre en creux qu'on ­connaisse, si bien qu'il peut fort bien avoir mis au point ce procédé. Si l'on ajoute qu'on a trace du séjour en Avignon du frère d'un des associés de Gutenberg au moment où Waldfoghel y résidait, on peut tenir pour certain qu'il était au courant des recherches de son « concurrent ».

Gutenberg réapparaît en 1448. De retour à Mayence, il contracte cette année-là un important emprunt 150 florins pour se constituer un matériel d'imprimerie. Après quoi intervient un riche bourgeois de la ville, Johann Fust, un banquier lié, semble-t-il, au commerce nurembergeois. Il prête à l'inventeur 800 florins - soit l'équivalent d'un troupeau de 100 boeufs gras - au taux de 5 %, pour fabriquer certains « outils » , puis il s'engage, en 1452, à lui remettre une annuité de 150 florins pour l' « oeuvre de livres » « Werk der Bücher » , travail pour lequel étaient prévues des dépenses en matière de parchemin*, de papier et d'encre.

Gutenberg était parvenu à la phase des réalisations. Des premières « impressions » de ce temps, on a retrouvé des lambeaux à l'intérieur de reliures qu'ils servaient à « bourrer ». Ce sont des lettres d'indulgences, où un espace blanc a été réservé pour le nom du bénéficiaire, ou bien des grammaires élémentaires Ars minor de Donat ou Doctrinale d'Alexandre de Villedieu, soit de petites impressions très demandées et faciles à écouler, dont la plupart disparaissaient après usage.

Cependant, tous les spécialistes s'accordent à estimer que le premier ouvrage imprimé par Gutenberg entre 1450 et 1455 fut la célèbre Bible à 42 lignes. On sait de nos jours que celle-ci a été vendue par souscription avant même que son impression soit achevée et on peut estimer qu'il s'agissait là de réaliser une oeuvre parfaite, en manière de manifeste, comme pour marquer l'avènement d'une nouvelle sorte de livre.

Les artisans de cet ouvrage avaient en effet accompli un véritable tour de force. Cette Bible in-folio , dont chaque page comporte deux colonnes de 42 lignes chacune, est réalisée au moyen de caractères gothiques de gros module d'apparence parfaite. L'ouvrage est imprimé régulièrement sur vélin* ou sur un excellent papier et il comporte très peu de fautes. Soit un travail d'autant plus délicat que les typographes ont utilisé des lettres liées, ce qui devait compliquer singulièrement leur tâche.

On sait que, par la suite, Fust engagea un procès contre Gutenberg qu'il accusait de ne point lui avoir rendu les sommes prêtées. Deux ans plus tard, en 1457, paraissait un psautier admirablement imprimé, signé cette fois de Fust et d'un nouveau venu qui devait devenir son gendre, Peter Schoeffer. Les deux hommes se lançaient alors avec succès à la conquête du marché européen et parcouraient l'Europe pour débiter leurs volumes. Une nouvelle ère commençait.

Gutenberg apparaît dans ces conditions comme le modèle de l'inventeur dépouillé de son invention par des capitalistes doués du sens des affaires. Il ne mourut pourtant pas pour autant dans la misère. On le retrouve en effet en 1465 anobli par l'archevêque de Mayence, Adolphe de Nassau, pour services personnels ; ce dernier s'engage à lui fournir chaque année un costume de cour, 20 matter de blé et deux foudres de vin pour sa maison. Il continua peut-être même à imprimer, puisque le syndic de la ville, chargé d'inventorier les biens du défunt, trouva, à sa mort, un petit matériel d'imprimerie dans sa maison.

Si l'on admet que les « inventions » spectaculaires d'une époque donnée résultent en fait de l'accumulation d'imperceptibles innovations techniques précédentes, force est de constater que l'imprimerie est bien le fruit du perfectionnement des techniques de la métallurgie à partir de Nuremberg, dont le développement des armes à feu constitue le plus notable des avatars. Ce qui ne doit pas nous conduire à sous-estimer la géniale intuition de Gutenberg. Très concrètement, les difficultés qu'il eut à résoudre étaient de trois ordres.

La mise au point d'une presse était sans doute la plus simple. Il était en effet facile d'obtenir une impression uniforme tant qu'on imprimait des pages isolées, et non des groupes de pages, ce qui fut certainement le cas pour Gutenberg et ses premiers émules. Mais le coup de génie résidait assurément dans l'invention des caractères mobiles, c'est-à-dire dans l'idée que lui-même ou quelque proche pût avoir de décomposer la page en autant de petits parallélépipèdes de hauteur et d'épaisseur identiques que celle-ci comptait de signes typographiques et d'espaces blancs.

Restait à réaliser ces séries de caractères. On choisit pour cela de tailler un poinçon en métal dur à l'extrémité duquel le signe était inscrit en relief ; de frapper une matrice de métal moins résistant au moyen du poinçon pour y inscrire en creux le signe en question ; puis de glisser cette matrice dans un moule afin de pouvoir fondre une série de caractères de métal composé de plomb, d'étain et d'antimoine, donc fusible à basse température.

Gutenberg semble avoir résolu tous ces problèmes, à l'exception sans doute de ceux posés par la réalisation du moule qui fut en tout cas perfectionné ultérieurement par Peter Schoeffer. Enfin, il mit au point une encre grasse d'excellente qualité comme le prouve l'analyse de l'encre de la Bible à 42 lignes4.

Les mérites de Gutenberg furent reconnus d'emblée et il devint très tôt une sorte de mythe. Dès 1504, on apposait une inscription sur sa maison natale. Dès 1521, Luther écrivait que l'imprimerie était un don de Dieu destiné à faire progresser l'Évangile, et les typographes qui imprimaient ses oeuvres à Wittemberg décidaient de commémorer en 1540 le premier centenaire de l'apparition de leur art.

De siècle en siècle, on prit l'habitude de fêter cet anniversaire : les lettrés émettaient à cette occasion de doctes dissertations sur le héros et son histoire ; on tendit même à confondre le banquier Fust et le docteur Faust, en particulier dans les théâtres de marionnettes ! Le mouvement prit toute son ampleur à l'époque du romantisme, lorsque furent célébrés en grande pompe à Strasbourg, en présence de Lamartine, la presse à imprimer et son inventeur.

En cette période d'éveil des nationalités, les rivalités s'aiguisèrent : les Hollandais découvrirent chez eux un rival de Gutenberg - un certain Coster, de Haarlem, qui aurait imprimé des grammaires primitives aujourd'hui disparues -, tandis que les Français rappelaient que le héros avait effectué ses premières réalisations à Strasbourg. De leur côté, Chinois et Coréens se plaisent à rappeler qu'ils ont été les premiers à réaliser des impressions au moyen de caractères mobiles et affirment parfois que Gutenberg les a copiés.

Au-delà de cette révolution technique, Gutenberg a-t-il, comme on l'a souvent dit, bouleversé les rapports qu'entretenaient ses contemporains avec la culture de l'écrit ? Un chiffre suffira à montrer l'ampleur du changement : on conserve encore 27 000 éditions de livres imprimés entre 1455 et 1500, ce qui correspond à environ 12 millions d'exemplaires diffusés en une Europe qui ne comptait guère plus de 100 millions d'habitants, dont peut-être 2 ou 3 millions étaient capables d'accéder à la culture livresque.

Il est certain en outre que l'art typographique a fait du livre une marchandise. La page de titre, créée par les imprimeurs et les libraires-éditeurs à des fins publicitaires, ne mentionna pas seulement leur adresse, mais proposa pour chaque ouvrage un titre aussi alléchant que possible, et indiqua le nom de l'auteur alors que, très souvent, les textes manuscrits en langue vernaculaire étaient transmis anonymement et modifiés de copie en copie.

Par ailleurs, les créateurs d'un ouvrage s'appliquèrent à le rendre aussi correct et attractif qu'ils pouvaient, afin de mieux le vendre. Et ils s'efforcèrent encore d'abaisser le prix de leurs éditions à mesure que le succès d'un livre s'affirmait, afin de le rendre accessible à un public toujours élargi.

Les nécessités de la fabrication en série et le désir de faciliter la lecture imposèrent en même temps une normalisation des éditions. D'où l'unification progressive de la typographie, la réglementation de l'orthographe, le recours à des signes diacritiques précisant la prononciation des mots ainsi l'accentuation en français, une meilleure organisation de la ponctuation, la numérotation des pages, enfin la généralisation de l'usage des tables des matières.

Cependant, les copistes* avaient l'habitude d'offrir des livres d'études constitués de pages pleines sans aération, tout en balisant celles-ci de signes de couleur afin que le lecteur puisse s'y retrouver, ce qui imposait une lecture lente avec d'incessants retours en arrière. D'autre part, les textes littéraires, souvent destinés à être lus en groupe, étaient constitués de courts chapitres précédés d'une sorte de résumé, souvent écrit en lettres de couleur. Comme l'impression en couleurs différentes était lente et coûteuse, on prit l'habitude de charger des copistes d'ajouter les signes de couleur à la main. Mais cela était encore plus coûteux et le noir absolu s'imposa.

Du même coup, la lecture devenait souvent un exercice difficile, de sorte qu'il fallut finalement recourir à d'autres procédés pour normaliser l'organisation du texte. D'où la division de celui-ci en parties et en chapitres, et des chapitres eux-mêmes en paragraphes partagés par des espaces blancs permettant au lecteur de « respirer » en réfléchissant sur ce qu'il venait de lire, avant de reprendre son élan.

Toutes ces « retouches », effectuées au long de plusieurs siècles, eurent bien pour effet de modifier profondément les relations existant entre la tradition orale et la tradition écrite. Celle-ci prit peu à peu une plus large autonomie et imposa sa logique à la société occidentale. Elle imposa en même temps d'autres formes de langage utilisant pour s'exprimer la surface de la page - par exemple pour les mathématiques.

Aux raisonnements des théologiens et philosophes de l'école scolastique qui reflétaient souvent les disputes orales représentant les grands événements de la vie universitaire succédèrent des textes aérés comme le Discours de la méthode de Descartes, dont les paragraphes constituaient autant d'étapes dans la progression d'un raisonnement.

Mais, du même coup, les hommes prirent l'habitude des raisonnements abstraits, faits dans le silence, et qui correspondaient à une décharge de la sensibilité que Rousseau devait déplorer en termes inoubliables.

Par Henri-Jean Martin