Oui, il faut enseigner l'histoire aux enfants dès l'école primaire ! Oui, il est possible de le faire sans en revenir au récit enchanté de Lavisse ! Philippe Joutard, ancien recteur de l'académie de Toulouse, nous explique ici pourquoi et comment.
C'est à l'école primaire que se pose le problème d'un enseignement de l'histoire nationale qui, d'entrée de jeu, a pris la forme d'un roman national destiné à renforcer le patriotisme. Dès le XIXe siècle, il était convenu que l'horizon du lycéen sortait des limites hexagonales, pour s'étendre à l'Europe et à l'ensemble du monde ou plus précisément au monde occidental. Il suffit de se référer aux différents manuels du second degré et au plus célèbre d'entre eux, le « Malet-Isaac ». On y revenait aux origines, l'Égypte, la Grèce, Rome dès le début du second degré ; les programmes plus contemporains n'ont pas contredit cette tendance, ils l'ont amplifiée. Ainsi les nouveaux programmes de sixième en collège se terminent par la présentation d'une civilisation asiatique : Chine des Han ou Inde des Gupta ; et ceux de cinquième introduisent une civilisation subsaharienne.
Aujourd'hui une question préalable se pose, avant toute réflexion sur les contenus : faut-il encore enseigner l'histoire à l'école primaire ? Il n'est pas scandaleux de s'interroger sur le sujet puisque, de nos jours, pour tous les enfants, cette école n'est que la première étape d'un parcours qui les conduit au moins jusqu'à 16 ans, quatre ans après la sortie de l'enseignement élémentaire ; et que la plus grande partie d'entre eux font encore de l'histoire pendant les trois années du lycée général, technologique ou professionnel. Ce fut d'ailleurs une des justifications, en 1969, de la disparition de l'histoire, dissoute dans un domaine intitulé « éveil » sans programme, ni cours. Cet...
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