A Alexandrie, en 415, une mathématicienne de renom est tuée par des chrétiens. Depuis Voltaire, sa mort est un symbole d'obscurantisme et d'intolérance. Maurice Sartre a repris l'enquête.
Alexandrie d'Égypte, mai 415. Une femme rentre chez elle, en charrette, après sa promenade. Un groupe d'hommes la guette ; au moment où elle arrive près de l'église dite du Kaisareion - c'est l'ancien sanctuaire du culte impérial -, ils se jettent sur elle, l'arrachent à sa voiture, la traînent dans l'église et, là, ils la dénudent et lui lacèrent le corps à coups de tessons de céramique, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Puis le cadavre est démembré et transporté dans un lieu nommé Kinaron pour être brûlé.
Ainsi est morte Hypatie, mathématicienne, philosophe et païenne - dans une ville désormais largement chrétienne. Tel est, en tout cas, le récit le plus explicite qui nous est livré de ce meurtre sauvage par Socrate le Scolastique (ve siècle), historien de l'Église.
L'affaire fait grand bruit, du fait autant de la personnalité de la victime que de la qualité de celui que l'on pouvait soupçonner d'avoir armé le bras des assassins. A la tête des tueurs, un certain Pierre, un clerc qui a rang de lecteur dans l'Église d'Alexandrie. Mais certains n'hésitent pas à faire porter la responsabilité de l'assassinat au très batailleur Cyrille, patriarche de la ville.
Les auteurs anciens - y compris les chrétiens -, indignés par la sauvagerie du geste, ont été avares de détails sur le contexte exact, ce qui a laissé place à l'imagination et a permis, au moins dans l'historiographie moderne, de faire d'Hypatie la victime emblématique de l'obscurantisme chrétien.
La philosophe assassinée, dont le souvenir est resté vivace dans la littérature byzantine...
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