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Les animaux sont notre histoire

publié dans L'Histoire n° 338 - 01/2008  Acheter L'Histoire n° 338  +


Longtemps, la discipline historique a dédaigné l’histoire des animaux : qu’avaient-ils de commun avec les passions des hommes, les révolutions ou les crises économiques ? Il y avait bien des chevaux sous les cavaliers, des boeufs devant les charrues, du gibier pour les chasseurs, mais les représentants de notre espèce occupaient toute l’attention ; eux seuls savaient parler, écrire éventuellement, et se massacrer pour de grands idéaux. C’est depuis les années 1960, lorsque jaillirent les premiers cris d’alarme du mouvement écologiste, que la curiosité des historiens, orientée vers de multiples objets nouveaux, a pu se diriger dans un domaine jadis réservé aux praticiens des sciences de la nature. C’est aujourd’hui un grand chantier en pleine activité.

Au coeur des rapports entre l’homme et l’animal, une question a émergé, celle de la survie des espèces. On sait quelles polémiques ont accompagné la réinsertion de l’ours dans les Pyrénées ou celle du loup dans le Mercantour. Exemples locaux d’une controverse de longue portée : les points de vue divergents du géographe Xavier de Planhol et du sociobiologiste Edward O. Wilson sur la crise de la biodiversité nous montrent à quel point l’histoire des hommes et celle des animaux sont tressées l’une avec l’autre.

Ces relations, pourtant, n’ont rien d’immuable. Toutes les sociétés ne connaissent pas la domestication, ni le sacrifice, ni l’interdit alimentaire. Toutes ne se donnent pas les mêmes droits sur les animaux. En Occident, au Moyen Age, les animaux sont devenus inséparables des hommes : nourriture, force d’énergie, matières premières, mais aussi compagnons de vie et sources inépuisables d’un merveilleux pas toujours très chrétien. Cependant, cette proximité de l’animal ne lui épargnait pas la violence. Au XIXe siècle, devenues plus que jamais bonnes à tout faire, après la révolution agricole et avec la révolution industrielle, les bêtes subissent la domination impitoyable de leurs maîtres. « Toute la nature proteste, écrit Michelet dans Le Peuple , contre la barbarie de l’homme qui méconnaît, avilit, qui torture son frère inférieur : elle l’accuse devant Celui qui les créa tous les deux. » C’est alors que naît, en 1845, à Paris, la Société protectrice des animaux.

La nouveauté de notre époque est l’attention portée à toutes les espèces, y compris à ces animaux sauvages souvent en voie de disparition. Peut-être encore une façon de s’intéresser à soi ou, pour le dire autrement, à la continuité entre l’animal et l’homme. Sur quoi repose vraiment l’exceptionnalité de l’espèce humaine ? D’Aristote aux plus récentes expériences scientifiques, la question, de fait, n’a jamais été résolue.


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