Dans son livre, prix Interallié, Yannick Haenel témoigne pour le témoin que fut le résistant polonais Jan Karski. Le romancier a-t-il tous les droits ?
Le livre de Yannick Haenel
Jan Karski
(Gallimard) est un best-seller, désormais couronné par le prix Interallié. La critique l'a loué de façon unanime. Il n'a pas suscité, comme
Les
Bienveillantes
de Jonathan Littell, de débat. Cette absence de discussion s'ancre probablement dans l'ignorance générale de qui était Karski, renforcée par le fait que son ouvrage,
Mon témoignage devant le monde. Histoire d'un État secret
(Self, 1948), réédité en 2004, est désormais introuvable1, mais aussi dans l'immense respect éprouvé pour l'action et la personne de cet homme, élevé en 1982 à la dignité de Juste parmi les nations. Grâce au succès du livre de Haenel, son nom pénètre la conscience de nos contemporains.
Le livre est construit en trois parties. La première raconte les images de Karski dans le film
Shoah
(et le livre éponyme) de Claude Lanzmann. Karski y témoignait de sa rencontre à Varsovie avec deux responsables juifs, l'un dirigeant sioniste, l'autre bundiste. Ils l'introduisirent dans le ghetto de Varsovie en octobre 1942 et rendirent possible une visite d'un camp (non identifié avec certitude) où des Juifs étaient assassinés. La deuxième résume
Mon témoignage devant le monde
, consacré pour l'essentiel à l'action résistante sur le sol polonais dans le cadre de l'Armée Krajowa et au rôle de Karski comme courrier. L'ouvrage a été écrit précisément pour évoquer l'« État secret » construit par la Résistance, dont Karski analysait notamment les structures. Haenel rend ainsi justice aux...
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