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Bonne lecture.

La chasse gardée des États-Unis ?

Depuis la fin du XIXe siècle, les États-Unis n'ont pas hésité à intervenir dans cette Amérique latine qu'ils considèrent comme leur « arrière-cour ». De Monroe à Kissinger, en passant par Bush, qu'en est-il vraiment ?

C'est un redoutable privilège de partager un continent avec la première puissance industrielle et militaire de la planète : les États-Unis ont eu une forte propension à se débarrasser par la force des gouvernements jugés « inamicaux » dans cette Amérique latine qu'ils considèrent comme leur « arrière-cour » . Quelle est la réalité de ces interventions ? Quelle a été la part de la violence et celle de la diplomatie dans ces rapports ?

Tout commence en 1823, par la déclaration du président Monroe : les « Américains » , c'est ainsi qu'ils se nomment eux-mêmes, assument des « responsabilités particulières » à l'égard du sous-continent méridional.

En 1904, Théodore Roosevelt donne à la « doctrine Monroe » une dimension impériale en attribuant à Washington un droit de police internationale sur « son » continent : « Des défaillances répétées et une carence du pouvoir se traduisant par un relâchement général des liens de la civilisation peuvent [...] exiger l'intervention d'une nation civilisée. » Cette définition, aussi vague que menaçante, peut justifier n'importe quelle intervention militaire. De 1905 à la Grande Dépression, les États-Unis ne se feront pas faute d'en user et d'en abuser.

Après 1945, dans le contexte de la guerre froide, sous la présidence de Truman, le nouvel objectif de la politique latino-américaine est ainsi résumé : « Un hémisphère fermé dans un monde ouvert. » Le « système inter-américain » qui naît alors vise à protéger les Amériques de l'expansion soviétique. Le Traité interaméricain d'assistance réciproque TIAR, de portée militaire, est signé à Rio de Janeiro en septembre 1947. La charte de l'Organisation des États américains OEA, souscrite à Bogota en mai 1948, a deux objectifs majeurs : la solution pacifique des différends régionaux et la sécurité collective. Mais elle sera utilisée par les États-Unis pour couvrir leurs aventures militaires directes ou indirectes dans la zone.

« Contenir le danger communiste » devient un souci concret après le rapprochement de Castro et de l'URSS, et l'adoption du modèle léniniste par les « rebelles » qui ont renversé le dictateur Batista en 1959. Au début des années 1960, le Pentagone resserre ses liens avec les armées latino-américaines : celles-ci souscrivent à une « doctrine de la sécurité nationale » qui, de fait, condamne le changement et criminalise les réformes. Le maintien du statu quo est assimilé à la défense du monde libre. On assiste à une véritable dénationalisation des armées. On s'étonne à peine dans ces conditions que le ministre des Relations extérieures du premier président de la dictature militaire brésilienne ait pu dire en 1964 : « Ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour le Brésil. »

Au début des années 1990, après la chute du communisme soviétique, l'Amérique latine cesse de présenter un intérêt stratégique pour les États-Unis. Cependant, la « guerre à la drogue » offre au Pentagone et à son « commandement Sud » une nouvelle raison de s'intéresser aux affaires intérieures de certains pays.

En fait, toutes les interventions armées nord-américaines dans la région, qu'elles soient directes ou indirectes, se sont cantonnées dans une zone « frontalière » allant du Rio Bravo à la frontière du Panama avec la Colombie. Le contrôle de la « Méditerranée américaine » est perçu comme vital par les États-Unis. C'est dans ce glacis stratégique que s'exerce la big stick diplomacy  : en dehors du Mexique, la région regroupe des États parmi les plus faibles et les plus pauvres des Amériques, désignés par l'expression de « Banana Republic » . Quant au canal de Panama, sous gestion états-unienne depuis son ouverture, il était tenu jusqu'en 2000 pour une voie d'eau intérieure nord-américaine. L'Amérique du Sud, quant à elle, n'appartient pas à la zone de sécurité de Washington : les États-Unis se contentent d'y pratiquer l'influence ou l'ingérence.

Le Mexique, « si loin de Dieu et si près des États-Unis » , selon un mot attribué au dictateur Porfirio Diaz, n'a pas été épargné. Dans leur marche vers l'ouest et le Pacifique, les États-Unis ont annexé en 1848, à l'issue d'une guerre désastreuse pour le Mexique, la moitié de son territoire1. Mais c'est la guerre hispano-américaine et la défaite de l'Espagne en 1898 qui marquent le début de la phase impérialiste des États-Unis. Au nom de la « destinée manifeste » , l'expansion extérieure prend alors le relais de l'expansion intérieure achevée. Porto Rico, colonie espagnole, est annexée et placée sous protectorat de Washington. Cuba, libérée du « joug espagnol », est occupée militairement par les États-Unis.

Jusqu'au milieu des années 1930, tous les prétextes semblent bons pour envoyer des troupes. Le Nicaragua est occupé en 1912, Haïti en 1915. Dans le Mexique révolutionnaire, en 1914, les marines débarquent à Veracruz ; en 1916, un corps expéditionnaire commandé par le général Pershing entre au nord du pays à la poursuite de Pancho Villa. La République dominicaine qui avait été bien près d'être annexée par les États-Unis sous la présidence Grant 1869-1877, à la demande de ses dirigeants d'ailleurs2, est occupée militairement de 1916 à 1924. Le Nicaragua l'est, lui, par deux fois 1912-1925 et 1926-1933. Haïti est « protégé » sans interruption par les marines de 1915 à 1934.

Dans les années 1930, face à la montée des dangers dans le monde et pour réduire les tensions sur le continent, Franklin D. Roosevelt adopte la politique de « bon voisinage » qui entérine l'abandon tactique de l'intervention militaire directe. Mais celle-ci redevient d'actualité dans les années 1960.

La menace castriste va provoquer une nouvelle fois l'envoi des GI dans un État de l'arc caraïbe. En avril 1965, la République dominicaine connaît des troubles politiques graves. Le président Johnson y dépêche 23 000 hommes, en faveur des militaires conservateurs qui ont pris le pouvoir par la force. Le proaméricain Joaquin Balaguer, ancien vice-président du dictateur Trujillo, est porté au pouvoir.

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, en 1980, Ronald Reagan s'est donné pour priorité régionale de chasser du pouvoir les sandinistes au Nicaragua et d'arrêter les progrès des mouvements révolutionnaires au Salvador. Mais, le 25 octobre 1983, l'armée américaine attaque la minuscule île de Grenade, dans les Petites Antilles. Un gouvernement procubain y menacerait les États-Unis. En fait, Washington pratique la stratégie indirecte. La prise de Grenade n'est qu'une intimidation symbolique.

La dernière en date des opérations militaires américaines dans la région a eu lieu à la fin de 1989. Le 20 décembre, 20 000 soldats américains débarquent à Panama. L'opération « Juste cause » a été déclenchée officiellement pour défendre les « ressortissants américains », sans doute pour assurer la « protection du canal » et la liberté de navigation. Le pays connaît, il est vrai, de violents affrontements politiques. Mais il semble que la capture du général Noriega, chef des forces de défense de Panama, ait été l'objectif prioritaire. Ce général tout-puissant est un dictateur peu fréquentable, lié au trafic de drogue. Partenaire du cartel de Medellin, ami des Cubains, il est aussi un agent de la CIA. Il entretient de très bonnes relations avec les révolutionnaires de l'isthme et, à la demande de Washington, avec leurs oppositions armées. Cet agent double ou triple en sait-il trop ? Les Américains craignent-ils de laisser le canal entre les mains d'un délinquant multicarte ? Quoi qu'il en soit, les raisons de cette expédition militaire archaïque, dans une région engagée dans un délicat processus de paix, sont multiples et confuses.

Les interventions militaires directes récentes dans le glacis stratégique des États-Unis ont quelques points communs : les opérations sont de courte durée et sans grand risque de pertes pour le corps expéditionnaire, les objectifs à atteindre sont limités. En langage pentagonien, on pourrait dire qu'elles ont une exit strategy « stratégie de sortie » clairement programmée. En outre, elles présentent une forte composante de politique intérieure. Bien souvent, lorsque le succès de l'expédition est loin d'être assuré, parce que le gouvernement à abattre est populaire ou que l'opinion américaine s'en désintéresse ou se montre hostile, les États-Unis font appel à des opposants armés et à des mercenaires.

Le cas du Guatemala, en 1954, est exemplaire. Le pays connaît, pour la première fois de son histoire, un gouvernement démocratique. Le président Arbenz s'est engagé dans la voie des réformes. Il a promulgué une loi de modernisation agraire relativement prudente et, en tout cas, nullement collectiviste. La bourgeoisie locale, pour laquelle démocratie et communisme sont synonymes, dénonce, avec l'appui de l'Église, la « soviétisation » du pays. La réforme agraire du gouvernement nationaliste heurte de front, il est vrai, certains intérêts des entreprises agro-exportatrices américaines et notamment ceux de la United Fruit.

Les frères Dulles, respectivement à la tête du Département d'État et de la CIA, lancent une offensive en vue de renverser le président Arbenz. En mars 1954, une conférence de l'OEA se réunit à Caracas pour condamner le communisme « incompatible avec le système interaméricain » . Quelques mois plus tard, une armée d'opposants et de mercenaires quitte le Honduras et se dirige vers la capitale du Guatemala, tandis que des avions nord-américains décollent du Nicaragua. L'armée guatémaltèque fait défection. Arbenz démissionne. La contre-révolution s'installe. Les syndicats sont interdits, les partis de gauche bannis, les réformes annulées, les analphabètes privés du droit de vote. Pendant trente et un ans, le Guatemala sera gouverné par une succession ininterrompue de dictatures.

La crise cubaine fut autrement grave. Là aussi, après avoir condamné le communisme et « l'ingérence d'une puissance extra-continentale » , on passe à l'action. Le président Eisenhower donne son accord pour que des anticastristes soient entraînés par la CIA au Nicaragua et au Guatemala « libéré ». Leur débarquement à Playa Giron, sur la côte sud de l'île, devait provoquer un soulèvement populaire contre le régime de Fidel Castro. En fait, la tentative d'invasion du 17 avril 1961, avec le soutien logistique américain, se solde par un désastre et par la consolidation du régime castriste.

Le président Kennedy opère alors un tournant stratégique. Pour faire face à l'apparition d'un État « socialiste » au large des côtes de la Floride, la mission des forces armées latino-américaines est redéfinie. La sécurité intérieure et la lutte antisubversive remplacent la politique de défense commune contre un ennemi extérieur. En complément, les États-Unis engagent un programme d'aide au développement destiné à assurer le progrès social et la démocratie sur le continent - ce sera l'Alliance pour le progrès.

L'entrée du Front sandiniste de libération nationale à Managua le 19 juillet 1979 et les soulèvements révolutionnaires au Salvador à partir de 1980 témoignent de l'échec de cette approche. Il est vrai que les États-Unis, loin de favoriser la démocratie au Nicaragua, ont soutenu sans faille pendant près d'un demi-siècle la dynastie prédatrice et brutale des Somoza, de même qu'à San Salvador ils ont vu avec sympathie une succession de dictatures militaires au service de l'oligarchie du café.

Élu en novembre 1980 au lendemain de l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques, de la chute du chah d'Iran et de la victoire sandiniste, le très conservateur président républicain Ronald Reagan veut faire savoir au monde que « l'Amérique est de retour » « America is back » . L'administration Reagan décide de montrer sa capacité à faire reculer roll back le communisme. Le Salvador sera le test.

En fait, en dépit d'une rhétorique guerrière, c'est une prudente stratégie qui est mise en oeuvre dans ce petit pays. D'une part, les États-Unis renforcent l'armée salvadorienne. D'autre part, de fortes pressions sont exercées en faveur d'élections relativement libres. C'est ainsi que le centre gauche démocrate-chrétien, jusqu'ici banni par les militaires, l'emporte en 1984 avec un programme de réformes, dans le domaine agraire en particulier, qui fait grincer les dents des admirateurs locaux du président Reagan.

Reste le Nicaragua des sandinistes. « Ni nouveau Cuba ni nouveau Vietnam » , la voie choisie est étroite. Blocus économique, sabotages divers, aide aux oppositions civiles et armées : tous les moyens sont bons pour que les sandinistes « crient pouce ! » a indiqué le président lui-même. Mais il n'est pas question d'intervention militaire.

La « croisade démocratique » reaganienne va donc se réduire à un « bricolage interventionniste ». Le « petit bâton » remplace le big stick , le « conflit de basse intensité », l'engagement direct. Les États-Unis surtout vont organiser et armer une force hétérogène de contre-révolutionnaires les contras , entraînés au Honduras et dans une moindre mesure au Costa Rica3. Malgré tous les efforts nord-américains, cette « résistance » se révèle d'une efficacité militaire douteuse ; en s'attaquant essentiellement à des objectifs civils, elle ne parvient qu'à détruire l'économie nicaraguayenne. Le Nicaragua, désorganisé, épuisé par la guerre, est à bout de souffle quand, en 1988, intervient un cessez-le-feu entre les deux parties. Le gouvernement sandiniste accepte d'organiser des élections libres le 25 février 1990. L'opposition l'emporte et les « commandants » abandonnent le pouvoir sans que la pression des contras ait été décisive.

Reste que, directes ou indirectes, toutes les interventions militaires des États-Unis en Amérique latine ont eu lieu au nord de la frontière de Panama avec la Colombie. L'Amérique du Sud, on l'a dit, n'appartient pas à la zone de sécurité de Washington. Il est vrai aussi qu'elle comprend des États vastes et peuplés Brésil, Argentine, Colombie, des pays de haut niveau culturel et éducatif Uruguay, Chili et que bon nombre d'économies sud-américaines sont davantage tournées vers l'Europe ou les marchés mondiaux que vers les États-Unis.

Mais les objectifs permanents de Washington sur le sous-continent méridional ne diffèrent guère de ceux poursuivis en Amérique centrale. La stabilité politique et sociale est évidemment privilégiée. L'appui aux dictatures qui garantissent le statu quo va de soi. Alors que l'Alliance pour le progrès s'est donné pour ambition le renforcement des institutions démocratiques dans l'« hémisphère occidental », les coups d'État n'ont pas cessé en Amérique latine jusqu'au début des années 1980. Il n'y avait que trois démocraties sur le continent en 1981 !

Peut-on dire pour autant que ces coups d'État ont été fomentés par les États-Unis ou que les armées latino-américaines étaient aux ordres de Washington ? On oublie le plus souvent que ce n'est pas le Pentagone qui décide de renverser un gouvernement par la force, mais que ce sont les oppositions civiles et militaires locales qui s'efforcent d'obtenir le feu vert et l'aide de Washington pour y procéder. La « main de l'étranger », pas plus que les « agents révolutionnaires » n'arrivent à leurs fins quand le terrain n'est pas propice. Ni la présence d'une escadre US au large de Rio de Janeiro en mars 1964, ni le mystérieux avion américain au-dessus du palais de la Moneda le 11 septembre 1973 ne rendent compte de la chute du travailliste brésilien Joao Goulart ou du renversement d'Allende au Chili4.

Ailleurs, la République impériale a utilisé d'autres moyens de pression et d'influence, plus discrets. La reconnaissance des gouvernements en est un - à manier avec précaution. Ainsi en avril 2002, lorsque au Venezuela un putsch mal conçu et mal conduit renversa temporairement le président Chavez, démocratiquement élu, et donna la présidence provisoire au chef du patronat local, les États-Unis s'empressèrent de donner leur bénédiction aux autorités factieuses. Hugo Chavez retrouva rapidement ses fonctions et en conçut une profonde amertume à l'égard de Washington.

La « guerre à la drogue » offre d'autres moyens de pression et d'influence aux États-Unis. Depuis 1986, le Congrès a prévu d'évaluer les efforts de coopération dans la lutte contre la drogue et de sanctionner, par la suspension de l'aide, les États insuffisamment répressifs et zélés. La « non-certification » est ainsi une sanction internationale grave. Elle peut affaiblir un gouvernement et avoir justement des résultats désastreux en matière de répression du narcotrafic, comme ce fut le cas pour la Colombie en 1996.

Où en est-on aujourd'hui ? Le président Chavez effectue d'importants achats d'armements et mobilise ses réserves par crainte, dit-on, d'une éventuelle attaque nord-américaine. S'il fait confiance aux leçons de l'histoire, il devrait se rassurer. Jamais l'empire n'a frappé au sud de Panama. Ajoutons qu'il n'y a pas eu d'intervention des troupes nord-américaines dans les Amériques depuis dix-huit ans. La politique de la canonnière a fait son temps. La guerre froide appartient au passé.

L'hémisphère n'est plus fermé. L'Europe a institutionnalisé ses relations avec le continent dans des sommets birégionaux, notamment depuis 1999. Elle a aussi signé des « accords d'association » avec certains pays Chili et Mexique et en négocie d'autres avec des groupes d'États Mercosur, Communauté andine. La Chine s'intéresse à son tour à l'Amérique latine et y investit. Le tête-à-tête avec les États-Unis a pris fin.

Il est vrai que, depuis le 11 septembre 2001, l'Amérique latine est moins que jamais prioritaire pour Washington. L'invasion de l'Irak, en 2003, a fait du Moyen-Orient, sans doute pour longtemps, le centre de la carte nord-américaine du monde. L'Amérique latine, démocratique, dénucléarisée et désarmée depuis la chute des dictatures, ne représente ni une menace ni un enjeu pour Washington. Elle relève désormais d'une approche marchande. Des accords strictement commerciaux, comme l'Alena pour le Mexique et le Cafta5 pour l'Amérique centrale et la République dominicaine, reflètent cette nouvelle donne.

Qu'ils appartiennent ou non à l'ancien glacis stratégique, les États du sud du continent jouissent aujourd'hui d'une large autonomie politique. Le Mexique et le Chili, deux alliés majeurs de Washington dans la région, ont pu s'opposer à l'intervention américaine en Irak au Conseil de sécurité des Nations unies sans subir de représailles. Le Brésil, soutenu par l'Argentine, a « cordialement » bloqué les ambitions panaméricaines de zone de libre-échange des Amériques Alca, qui allaient contre ses intérêts économiques.

Le soft power semble bien avoir remplacé le big stick . L'influence d'une multiplicité d'acteurs nord-américains s'est accrue, tandis que celle du gouvernement pâlissait. L'attrait de la société américaine sur les Latino-Américains est sans doute plus fort que jamais. Aussi les dirigeants latino-américains formés dans les universités d'élite de l'Ivy League et les Chicago boys sont-ils plus influents que les généraux désormais dévalués. Les quelque 35 millions d'immigrants d'origine latino-américaine représentent également autant d'atouts politiques pour les États-Unis.

C'est pourquoi Washington n'a plus de politique latino-américaine. Les « relations spéciales » semblent bien avoir fait place à des rapports normalisés entre pays voisins de niveau de développement différent. Dans un avenir proche, le comportement américain face à Cuba dans l'après-Castro sera le test le plus significatif de la disparition des chasses gardées.

Par Alain Rouquié