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Bonne lecture.

Une mondialisation venue d'Espagne

A la fin du XVIe siècle, sous le règne de Philippe II, l'Amérique latine est intégrée à un immense empire qui met en contact l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Cette première mondialisation européenne a mêlé hommes, sociétés et civilisations.

A la fin du XVIe siècle, le roi Philippe II régnait non seulement sur des régions et des royaumes européens, mais à travers ses représentants il était aussi présent sur plusieurs continents. A Mexico, à Lima, à Salvador de Bahia, à Manille, à Goa ou encore à Luanda, des fonctionnaires, des soldats, des ecclésiastiques et des marchands travaillaient à étendre la domination espagnole sur ce que l'on appelait alors « les quatre parties du monde » . Ce qui allait devenir l'Amérique latine est bien une des composantes d'une première mondialisation européenne.

Les contemporains désignaient du nom de « monarchie catholique » le cadre politique dans lequel s'inscrivait l'ensemble des terres dominées par Philippe II. Catholique parce qu'elle était indéfectiblement fidèle à Rome mais aussi parce qu'elle nourrissait des prétentions à l'universalité...

C'est à partir de 1580 que cette monarchie a acquis sa forme définitive. C'est alors que Philippe envahit le Portugal ; par l'« union des deux couronnes », il ajoute le royaume portugais et ses possessions d'outre-mer à l'héritage de son père Charles Quint. Roi de Naples, maître de Milan et des Pays-Bas, un court moment roi d'Angleterre, Philippe possède les richesses du Pérou et du Mexique, il étend son autorité sur les côtes de l'Afrique et sur celles de l'Inde Goa. En Extrême-Orient, ses vaisseaux parviennent aux portes de la Chine Macao et du Japon Nagasaki.

La monarchie catholique est une construction dynastique, politique et idéologique dont les historiens ont disséqué les tenants et les aboutissants. Retenons que c'est la première fois qu'une puissance européenne est présente sur les autres continents et qu'elle couvre des territoires aussi étendus. On prendra la mesure de la nouveauté introduite par la domination de Philippe II en se rappelant que, pour asseoir ses prétentions universelles, les juristes espagnols invoquaient l'extension planétaire de ses terres. La Monarchie est aussi le berceau d'une première économie-monde liée au démarrage d'un capitalisme intercontinental comme l'avait montré en son temps Immanuel Wallerstein1.

Autre manifestation tout aussi spectaculaire et sans précédent : le déploiement des premières bureaucraties opérant à l'échelle planétaire, qui sont indissociables du quadrillage religieux partout implanté par une Église étroitement soumise au monarque catholique. Pour la première fois dans l'histoire, des réseaux établis par les ordres religieux et la Compagnie de Jésus, par des banquiers italiens ou des hommes d'affaires d'origine juive relient les quatre continents.

Cette domination planétaire ne passe pas que par les armes, la foi ou le commerce. La littérature, les arts plastiques, la musique attestent le succès d'un art, le maniérisme, qui s'est épanoui sur plusieurs continents à la fois. Des églises maniéristes sont élevées en Inde, la musique de la Renaissance hispano-flamande résonne sous les voûtes des cathédrales d'Amérique. Ces facettes multiples font de la monarchie catholique un objet aussi singulier que fascinant : il oblige à revisiter le passé européen en explorant un espace qui déborde constamment notre petit continent.

La Monarchie se trouve en effet au coeur de circulations planétaires qui non seulement rattachent l'Europe au reste du monde mais qui mettent également en rapport l'Afrique des esclaves avec le Nouveau Monde, les côtes du Mexique et de la Californie avec le Japon et la Chine via les Philippines. Elle recouvre un espace qui réunit plusieurs continents, met en rapport ou télescope toutes sortes de gouvernements, de formes d'exploitation matérielle et d'organisation sociale.

S'y croisent et s'y mélangent des hommes, des sociétés et des civilisations. En ce sens, la monarchie catholique n'est pas une « aire culturelle » unifiée, elle en rassemble de multiples, toutes bordées d'innombrables périphéries, forêt amazonienne et africaine, désert du nord du Mexique, Empire chinois, sultanats musulmans de l'Inde. Les Espagnols ont parcouru « des mers, des îles et des royaumes [...] où ils ont trouvé des gens si divers, des lois et des superstitions si différentes et tellement de sortes de gouvernements et de coutumes qu'on en reste stupéfait » , comme l'écrit en 1577, à l'archevêque de Séville, Bernardino de Escalante, l'auteur du premier livre espagnol sur l'Extrême-Orient.

L'uniformisation à l'oeuvre à travers l'imposition de la langue espagnole et de la religion chrétienne restera une entreprise inaboutie et provoquera, en retour, des résistances et des transformations imprévues. Ainsi, en jouant partout la carte de la christianisation, la monarchie catholique se heurte souvent brutalement à des croyances et des traditions religieuses que tout oppose au catholicisme. Elle est ainsi le théâtre d'interactions planétaires entre le christianisme, l'islam et ce que les Ibériques appelaient les « idolâtries », une catégorie fourre-tout au sein de laquelle on trouve aussi bien les cultes de l'Amérique et de l'Afrique que les grandes religions asiatiques, hindouisme, bouddhisme, confucianisme.

Partout ses missionnaires tentent de mener une conquête spirituelle plus ou moins couronnée de succès. Partout l'Église déploie ses organismes de contrôle et de répression. Établi à Goa, à Mexico ou à Lima, le Saint-Office de l'Inquisition doit ainsi apprendre à se mesurer à des milieux, à des populations et à des immensités qui transforment immanquablement les modalités et la portée de son action.

Ces défis planétaires nous apparaissent aujourd'hui d'une étonnante modernité. Mais d'une modernité bien différente de celle qui s'est patiemment construite au coeur du continent européen, de l'Italie de la Renaissance à la France des Lumières. Car nous avons affaire à un espace où se jouent des phénomènes qui, de près ou de loin, ont à voir avec ce que nous appelons aujourd'hui globalisation ou mondialisation. Comment définir cette première mondialisation européenne ?

Dans le sillage de l'expansion portugaise et de la conquête castillane, la domination ibérique a fait prodigieusement reculer les horizons européens. Ce phénomène de planétarisation de l'espace européen se traduit par un changement d'échelle qui apparaît décisif. On l'observe dans des domaines aussi divers que l'urbanisme, la littérature ou le droit.

Prenons le cas des villes. Un premier urbanisme ibéro-américain voit le jour au cours du XVIe siècle. Du Mexique au Chili, des villes sont créées sur une échelle continentale en suivant presque toutes un modèle d'origine ibérique. La traza castillane - le plan en damier - inspire la forme des nouvelles cités de l'Amérique espagnole comme Lima ou Puebla avant d'ailleurs d'être reprise plus tard dans celles des futurs États-Unis.

Mais l'expansion de l'espace européen joue également sur des registres moins spectaculaires. Il en va ainsi de la circulation des images et des livres ou encore de l'apparition d'un public de lecteurs aux quatre coins du monde : pour la première fois dans l'histoire, des livres imprimés sur la péninsule Ibérique et dans le reste de l'Europe voyagent sur les océans Atlantique, Indien et Pacifique. Un ouvrage « grand public » aussi fameux et aussi diffusé au XVIe siècle que La Diana de Montemayor, best-seller romanesque de l'époque bien oublié aujourd'hui, trouve ses lecteurs aussi bien autour de la baie de Salvador de Bahia que dans les bourgades étouffantes des Espagnols des Philippines. A l'orée du XVIIe siècle, une partie de la première édition de Don Quichotte est écoulée dans les Andes par des libraires d'Espagne soucieux d'engranger des profits de l'autre côté de l'Atlantique. Élites créoles* et métisses*, fonctionnaires, marchands et curés espagnols s'y plongeront avec délice.

Traduites à Mexico dans la langue des Aztèques et en japonais à Nagasaki, les Fables d'Ésope deviennent tout à coup accessibles aux élites nippone et indienne* récemment conquises au christianisme. Notre Antiquité se planétarise sans crier gare. Ces bouleversements sont évidemment indissociables de la création d'imprimeries et d'établissements d'enseignement supérieur en Amérique et en Asie. Or non seulement les savoirs comme les techniques européens s'exportent mais dorénavant ils sont reproduits sur place. A Mexico comme à Nagasaki encore, et pratiquement à la même date, on imprime la Grammaire latine du jésuite Manuel Alvarez, un texte essentiel qui fit au XVIe siècle de la langue de Cicéron une langue mondiale.

Tout invite à revoir l'histoire du droit, de l'urbanisme ou encore de la tradition classique depuis d'autres rivages et d'autres cieux. Leur projection planétaire est manifestement tout autre chose qu'un phénomène périphérique.

La dilatation des espaces européens s'accompagne constamment de la découverte simultanée d'autres sociétés, d'autres modes de vie et d'autres savoirs. Cette compression sans précédent des distances change la donne en bien des domaines : l'inconnu devient familier, l'inaccessible devient disponible et le lointain relativement proche. On observe ainsi l'extension vers l'Europe occidentale d'habitudes de consommation venues des autres continents : le cercle des adeptes du tabac, autrefois borné à certaines populations amérindiennes et aujourd'hui condamné à l'extinction, recrute alors quantité de consommateurs européens.

Le domaine de la médecine donne la mesure concrète de ces accélérations. L'importation de « drogues » exotiques comme le tabac et leur intégration au sein des pharmacopées européennes sont révélatrices de ces mouvements qui convergent sur la péninsule Ibérique au lieu d'en émaner. Médecine et profit, diffusion des nouveautés et commercialisation ici vont de pair. La réduction des distances dans les empires ibériques est autant affaire de rentabilité que d'intérêt scientifique ou de curiosité.

Et l'intérêt des Ibériques ne se borne pas aux territoires visités ou conquis. La curiosité pour les royaumes d'une Asie perçue dans son gigantisme, pour le fabuleux continent austral ou encore pour l'intérieur de l'Afrique en fait foi. Chroniqueurs, voyageurs, conquérants, missionnaires ibériques et italiens réunissent alors des informations considérables sur l'Amérique, l'Afrique, le Pacifique et l'Asie.

C'est alors que naît la statistique, illustrée par les entreprises cartographiques, les questionnaires et les enquêtes que lance la couronne espagnole, comme les fameuses Relations géographiques compilées dans toutes les possessions d'Amérique. C'est aussi l'époque des premières expéditions scientifiques européennes dignes de ce nom, financées elles aussi par Madrid : on songe aux observations astronomiques conduites de manière coordonnée sur plusieurs continents, en Espagne, à Mexico et à Manille, pour mesurer la longitude à partir de l'étude des éclipses de Lune.

Mieux encore, pour la première fois, les lettrés d'une monarchie européenne sont confrontés à toutes les grandes civilisations du globe. Le défi intellectuel et la confrontation sont planétaires. Il est révélateur que le franciscain Bernardino de Sahagun s'interroge sur la « philosophie morale » des Indiens du Mexique dans les années mêmes où l'augustin Juan Gonzalez de Mendoza mène une enquête sur « la philosophie naturelle et morale que l'on enseigne publiquement » chez les Chinois.

A la même époque des savants de l'Espagne et de Rome se penchent sur les codex mexicains et les livres chinois expédiés en Europe comparant les pictographies des anciens Mexicains aux idéogrammes de l'Empire céleste. L'auteur d'un ouvrage pionnier sur la Chine, le Galicien Bernardino de Escalante, va même jusqu'à reproduire des caractères chinois deux ans avant que le franciscain métis Diego Valades publie en Italie une sélection de glyphes du Mexique ancien.

Si bien des populations d'Afrique et d'Amérique sont négativement jugées, les Espagnols reconnaissent la prééminence des Chinois dans deux domaines majeurs de la « modernité » : l'invention de l'imprimerie et celle de l'artillerie. Cette reconnaissance s'étale dans un ouvrage à succès, l' Histoire du grand royaume de la Chine , qui a connu, de 1585 à 1600, 38 éditions dans toutes les grandes langues européennes.

Les comparaisons planétaires sont devenues monnaie courante. On compare spontanément les villes de la Chine à Bruges, à Séville ou à Cadix. Les rapprochements directs entre Amérique et Asie se multiplient aussi. Rien n'empêche dorénavant de comparer le réseau hydrographique du Mékong avec celui de l'Amazone.

Et, fait nouveau, ces rapprochements peuvent être échafaudés depuis des terres lointaines et d'autres horizons. C'est à Mexico où l'on s'intéresse beaucoup aux richesses de l'Orient que s'élabore dès la seconde moitié du XVIe siècle une vision déjà proprement américaine de l'Asie, qui sans cesser d'être d'origine occidentale, introduit le point de vue du Nouveau Monde. Le Mexique, qui se trouve entre la Chine et l'Europe, entend jouer un rôle de passeur à travers le Pacifique.

Dilatation des espaces européens, compression des distances, confluence des savoirs et des temps, ces transformations définissent mieux de quoi était faite la mondialisation ibérique. Des mondes, des histoires que rien ne reliait auparavant entrent en contact ou se télescopent.

Reste à savoir comment cet énorme bouleversement est vécu par les hommes et les femmes qui circulent entre les mondes, à commencer par les Européens. Comment ces gens sont-ils passés de leur bourgade ou de leur ville aux extrémités d'un monde qui se confond désormais avec la planète ? Comment abandonner la « patrie », cet endroit d'Espagne ou de Portugal où un jour peut-être l'on reviendra après avoir couru le monde et les continents, « comme l'oiseau absent du nid qui est sa patrie » , selon le globe-trotteur Pedro Ordonez de Ceballos ? On s'embarque vers des espaces lointains, nouveaux, inconnus, hostiles, par-delà des océans périlleux où beaucoup disparaissent à jamais. Toute destination devient possible. Grâce à Magellan et à El Cano, qui ont achevé le premier voyage de circumnavigation en 1519-1522, la Terre est dorénavant pleinement un globe dont on peut faire le tour : « Nos Espagnols ont montré une telle valeur et une telle détermination qu'ils n'ont presque pas laissé sur toute la rotondité de la Terre de mer, d'île, de royaume qu'ils n'aient parcourus... » A nouveau Ordonez de Ceballos, qui se vante même de l'avoir parcouru plusieurs fois : « De 9 ans à 47 ans j'ai passé mon temps à pérégriner et à voir le monde, en parcourant plus de 30 000 lieues [...] et en atteignant toutes les cinq parties [du globe] : l'Europe, l'Afrique, l'Asie, l'Amérique et la Terre de Magellan. »

C'est pourquoi les horizons qu'ouvre la monarchie catholique incitent à s'interroger sur ce qu'on appelle aujourd'hui les rapports du « local » et du « global ». En clair comment s'extraire de ses racines pour apprendre à vivre entre plusieurs cultures et plusieurs continents ? Question qui se pose aux élites « globalisées » de la Monarchie mais également aux « Petits Blancs » et à des Africains victimes de la traite, déportés par milliers vers les côtes du Nouveau Monde à partir du XVe siècle. C'est l'étude de l'histoire de ces hommes et de ces femmes qui nous dévoile la manière dont ils survivent, s'adaptent ou périssent dans des proportions terrifiantes.

Les circulations, les échanges, les chocs créent en effet dans toute l'étendue de la Monarchie des sociétés mêlées. En Amérique, dans l'Inde des Portugais, dans les Philippines des Espagnols, sur les côtes de l'Afrique, des êtres se côtoient, s'affrontent et se mélangent. En Amérique centrale, les Mayas incontrôlés des jungles du Peten acquièrent des biens d'origine occidentale. En Amérique du Sud, des Indiens circulent des piémonts amazoniens vers les forêts de l'Amazonie qui n'interdisent ni les contacts ni les échanges entre natifs, Européens et sang-mêlé.

Gardons-nous d'opposer trop radicalement les « périphéries » exotiques ou les confins interlopes de la Monarchie à son coeur ibérique censé rester préservé de ces brassages. Sur le sol même de l'Espagne, les musulmans de Grenade et ceux de Valence animent des communautés relevant d'une autre tradition que celles de l'Occident catholique, mais largement frottées aux chrétiens. Et que dire d'une Lisbonne ouverte sur l'Orient ou d'une Séville avant-port de l'Amérique, qui accueillent chacune d'importants contingents d'esclaves d'origine africaine ?

Ces multiples sociétés métisses sont d'abord le fruit de métissages biologiques. Partout surgissent des populations nouvelles : mestizos * de l'Amérique espagnole, mamelucos du Brésil, mestiços de l'Inde, mulatos de l'Amérique et de l'Afrique, etc. La catégorie de métis englobe aussi tous ceux qui font office d'intermédiaires entre les sociétés et les groupes, et qui sont aussi bien des Européens que des Amérindiens, des Africains ou des Asiatiques. Ne minimisons pas non plus la manière dont les Européens s'africanisent, ou s'américanisent dans le Nouveau Monde - devenant ainsi des indianos - ou encore s'orientalisent comme les indiaticos de l'Inde portugaise.

Partout apparaissent des élites métissées physiquement et culturellement. Le cas de Garcilaso de la Vega, le fils d'un conquistador et d'une princesse inca, n'est pas aussi exceptionnel qu'on le croit. Aux groupes d'origine mexicaine et péruvienne s'ajoutent les Chinois, les Japonais, les Indiens et les Africains convertis au christianisme et qui collaborent avec les missionnaires, les administrateurs et les marchands.

Mais le métissage ne concerne pas que des individus. Il pèse également sur la dynamique même des sociétés « coloniales », généralement urbaines, qui s'efforcent de concilier des modes de vie et d'expression, des formes d'organisation sociale et politique radicalement différents. Se mettent en place des systèmes de pouvoir et d'exploitation qui combinent habitudes locales et européennes : dans l'Amérique espagnole le village indien de l'époque coloniale est un mixte entre la tradition préhispanique et les coutumes ibériques. Des savoirs et des techniques aux origines multiples se mélangent comme dans le domaine des techniques de l'exploitation minière. Les croyances, les langues, les habitudes de vie - la nourriture, le vêtement - ne résistent pas plus au métissage que les corps et les sentiments. Même la maîtresse de maison doit apprendre à communiquer avec sa servante mexicaine et son esclave débarquée d'Afrique, qui chacune ont hérité de manières de manger et de vivre que souvent tout sépare.

C'est de tout cela que nous parlent l'empire de Philippe II et la mondialisation ibérique où partout des espaces de coexistence et d'échanges côtoient des univers de guerres et de violences. Une histoire qui est peut-être devenue notre histoire et dont l'Amérique latine d'aujourd'hui, dans ses origines espagnole, portugaise, noire et métisse, porte encore la mémoire.

Par Serge Gruzinski