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La jacquerie de 1358

Mise au point

Des paysans révoltés à l'assaut du château : une image convenue. Mais on n'en connaît qu'un seul exemple au Moyen Age. Ce fut la jacquerie de 1358.

Curieusement, les sentiments éprouvés par les populations à l'égard de leur château n'ont pas encore fait l'objet de la part des historiens d'études systématiques : il est vrai que les sources à ce sujet sont assez rares ou en tout cas dispersées et d'interprétation délicate. La plupart des villes médiévales comportaient un château, appartenant normalement au seigneur des villes en question. On a des preuves que les bourgeois de celles-ci entretenaient avec leur château et le pouvoir qu'il représentait des rapports parfois ou souvent conflictuels. Pour surveiller ses sujets de Bayonne et de Bordeaux, soupçonnés de regretter le bon temps des ducs de Guyenne-rois d'Angleterre, Charles VII, à grands frais, y fit construire des châteaux. Louis XI fit de même à Perpignan, à Dijon, à Beaune, à Auxonne, à Arras. Pour des raisons liées à l'urbanisme, à l'administration comme à la politique, une majorité de châteaux forts urbains disparurent à partir du xvnf siècle, d'où l'idée erronée selon laquelle, au Moyen Age, les châteaux se trouvaient à la campagne. Xpriori, on pourrait croire que les paysans du Moyen Age détestaient leur château en tant que symbole de l'oppression seigneuriale. On ne peut exclure cette réaction, mais force est de constater qu'elle a laissé très peu de traces. Extrêmement rares semblent avoir été les châteaux, au sens large, détruits par leurs dépendants en révolte. Le cas de la Jacquerie, ce soulèvement de mai-juin 1358 qui affecta une assez vaste zone au nord de Paris, demeure tout à fait exceptionnel. Ici du moins non seulement les nobles, hommes ou femmes, furent mis à mort par les insurgés, mais leurs demeures furent souvent prises d'assaut et détruites : sous la direction de leur chef, Guillaume Cale, les paysans « tuaient, trucidaient et massacraient sans pitié tous les hommes nobles qu 'ils avaient pu trouver, y compris leurs propres seigneurs. Non contents de cela, ils détruisaient jusqu a terre les maisons et les forteresses des nobles » écrit un chroniqueur de l'événement,

Jean de Venette.

Par Philippe Contamine