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Note au lecteur

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Bonne lecture.

« C'est César qui a inventé la Gaule »

César a écrit La Guerre des Gaules parce qu'il voulait donner une unité à sa belle conquête. Les historiens du XIXe siècle ont inventé les Gaulois pour déterminer une origine et une frontière à la France. Décidément, tout se ligue pour que, à propos des Gaulois, on préfère le mythe à l'histoire !

L'Histoire : Christian Goudineau, vous êtes titulaire de la chaire d'antiquités nationales, celle que Camille Jullian, auteur d'une monumentale Histoire de la Gaule au début du XXe siècle, tenait au Collège de France. Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux Gaulois* ?

Christian Goudineau : Lorsque j'ai commencé ma carrière, en 1968, personne ne s'intéressait aux Gaulois dans l'enseignement supérieur. Quand j'ai exprimé le souhait de mener des fouilles en France, mon directeur de thèse m'a dit que c'était du suicide. Il fallait aller en Grèce, en Italie ou en Égypte, où se trouvaient les traces de véritables civilisations. Fouiller en France, c'était bon pour les amateurs, pour les curés de campagne, pour les instituteurs, pour les archéologues du dimanche !

Les choses ont commencé à changer après Mai-68. J'ai pu le constater comme jeune maître de conférences à Aix-en-Provence. L'intérêt régionaliste, les interrogations sur « nos ancêtres » ont commencé à prendre de l'importance. Mes étudiants voulaient que je leur parle de leur propre région. Alors qu'auparavant on étudiait l'Empire romain, son unité, on s'est mis à évoquer les terroirs. Et à rechercher ce qui existait avant les Romains.

On a redécouvert l'Age du fer, l'époque qui s'étend approximativement de 800 à la conquête romaine, au Ier siècle av. J.-C. Et durant laquelle la civilisation celte* s'est épanouie, alors qu'on avait longtemps considéré cette période comme une transition inintéressante entre l'Age du bronze et la civilisation romaine.

Et puis, durant ces vingt dernières années, de nouveaux éléments ont permis de développer les recherches sur les Gaulois. D'abord, la construction de l'Europe. La frontière du Rhin n'est plus un enjeu ; on peut raisonner calmement sur les Gaulois sans instrumentaliser les recherches en fonction d'un nationalisme anti-allemand.

L'H. : Qu'a-t-on appris alors de nouveau depuis les années 1970 ?

C. G. : Le développement de la photographie aérienne dans ces années-là a permis de montrer un point capital : les campagnes de la Gaule étaient densément peuplées, la Gaule était largement défrichée et on y pratiquait l'agriculture et l'élevage avant même l'époque romaine.

De même, l'archéologie sous-marine a mis au jour de nombreuses épaves contenant des amphores, preuve d'un important commerce international, au moins un siècle avant la conquête romaine, entre l'Italie et la Gaule. Cette dernière n'était pas un ensemble de villages repliés sur eux-mêmes - contrairement à ce que veut montrer Astérix ! Une grande partie de la Gaule était englobée dans un ensemble comprenant la Grèce, l'Italie et une bonne part de l'Espagne.

Autre facteur de changement : l'archéologie de sauvetage, qui s'est constituée à partir des années 1970, et qui consiste à ouvrir des chantiers sur des sites menacés par des projets d'aménagement que ces sites soient répertoriés ou non. Par ce biais, on a par exemple découvert récemment, dans les Côtes-d'Armor, une espèce de château fort de l'époque gauloise.

Outre ces progrès techniques, le contexte politique a changé : la chute du mur de Berlin a autorisé le développement des études du monde celte, qui couvre une grande partie de l'Europe, et la mise en place d'instruments de travail, d'échanges entre chercheurs d'Europe centrale et d'Europe occidentale.

La recherche a donc considérablement progressé et permis de mettre à bas bien des idées reçues. Le drame, c'est que peu de gens s'y intéressent ; les médias n'en rendent pas vraiment compte. Et, pis encore, les programmes scolaires n'ont pas pris la mesure de ces découvertes. On continue de préférer le mythe à l'histoire...

L'H. : Ce mythe gaulois, d'où vient-il ?

C. G. : Il faut d'abord se souvenir que, jusqu'à la Révolution, l'histoire de France n'existait pas. On ne connaissait que la chronique des rois, le récit de leurs règnes. Les « ancêtres » qu'on recherchait étaient ceux des souverains. On les faisait remonter aux Francs, sans pour autant avoir le souci de retracer un déroulé chronologique. Les seules chronologies qu'on trouvait étaient bibliques : on prenait le Déluge comme point de départ de certaines généalogies... Pas de Préhistoire, et pas de Gaulois dans ce panorama !

Certes, au XVIe siècle, certains auteurs se sont intéressés aux Gaulois. Mais cela restait très marginal. La seule préoccupation des rois de France était que soit prouvée la continuité avec Rome : ils se voulaient les successeurs de César ou, mieux, de l'empereur Auguste. L'Académie des inscriptions et belles-lettres fut d'ailleurs fondée dans cette perspective en 1663. Les rois de France eux-mêmes traduisaient et commentaient le texte de César.

Les hommes de la Révolution ont cherché, quant à eux, à étudier la Rome républicaine et Sparte, idéal de la vertu.

L'H. : Mais alors, depuis quand avons-nous des « ancêtres gaulois » ?

C. G. : Tout change au XIXe siècle, quand émerge l'histoire de la nation, du pays en tant que tel, détaché des monarques qui ont pu le gouverner. C'est à ce moment qu'on redécouvre la Gaule. Mais avec des arrière-pensées politiques et idéologiques.

C'est Augustin Thierry, le premier, dans ses Lettres sur l'histoire de France , en 1820, qui propose d'écrire une histoire de France et s'intéresse à « nos ancêtres » : « Il est absurde de donner pour base à une histoire de France la seule histoire du peuple franc. C'est mettre en oubli la mémoire du plus grand nombre de nos ancêtres, de ceux qui mériteraient peut-être à un plus juste titre notre vénération filiale. » Tandis que son frère, Amédée Thierry, se lance dans l'écriture d'une Histoire des Gaulois en 1828.

Il faut ajouter Henri Martin, l'auteur d'une monumentale Histoire de France en dix-neuf volumes publiés de 1837 à 1854, refondue et rééditée de 1855 à 1860. Tous relisent les textes anciens, en particulier La Guerre des Gaules de César. Ils y trouvent la définition d'un peuple, les Gaulois, d'un territoire, délimité par une frontière naturelle, le Rhin.

A l'heure de la construction des États-nations, ces thèmes entrent en résonance avec les préoccupations du temps, avec la quête identitaire. D'autant que, face aux Gaulois, César décrit les Germains : l'ennemi idéal contre lequel peuvent se définir les Gaulois - et les Français contre les Allemands.

L'H. : Les historiens du XIXe siècle sont donc allés chercher dans César une définition de la Gaule qui leur convenait...

C. G. : Oui. Et l'on comprend pourquoi. Quand on regarde les textes, on voit que les Romains appellent « Gallia » ce que les Grecs appellent « Celtique », c'est-à-dire un énorme ensemble qui va de l'Atlantique jusqu'à Budapest. César, lui, en écrivant sa Guerre des Gaules, récit des campagnes qu'il mena de 58 à 51 av. J.-C., veut montrer qu'il conquiert un ensemble homogène. Il distingue à l'ouest du Rhin ce qu'il nomme la Gaule et à l'est quelque chose qu'il appelle la Germanie : il a soumis la première et arrête sa conquête au Rhin, qu'il décrit comme la frontière naturelle de la Gaule. En réalité, tout nous montre que cette frontière n'a aucun sens : le monde celtique couvre 2 000 kilomètres d'est en ouest.

Alors que jusqu'à lui le mot « Gallia » équivalait à l'ensemble du monde celtique, Jules César délimite une Gaule dont la frontière orientale est le Rhin. La Gaule au sens où nous l'entendons est une invention de César !

Pour les Romains, cependant, la division Germanie-Gaule n'a aucune importance. La Gaule à peine conquise a été divisée en provinces. Et les Romains ont créé des provinces de Germanie qui empiètent largement sur l'autre rive du Rhin, dans ce qui est censé être la Gaule...

Le texte de César a pourtant été repris à toutes les époques. Au XVIIIe siècle, l'empereur Frédéric II rappelle la distinction Germanie-Gaule pour opposer son empire au royaume de France. Et les historiens français, au XIXe, la remettent à l'honneur, on l'a vu.

L'H. : Et l'archéologie ? Est-elle, elle aussi, au XIXe siècle, instrumentalisée par l'idéologie ?

C. G. : Pas encore. Les premières découvertes archéologiques vont être réalisées sous le Second Empire, dans les années 1850-1860, lors de fouilles menées à la demande de Napoléon III. Ce dernier nourrit en effet un vaste projet : écrire l'histoire de Jules César et montrer ainsi que le césarisme fait le bonheur des peuples. Ce qui intéressait surtout l'empereur, c'était la fin de la vie de Jules César, lorsqu'il devient dictateur de Rome. Mais il commence dès la naissance de César : un premier volume, qui paraît en 1865, s'arrête la veille de la guerre des Gaules et un deuxième, publié l'année suivante, couvre la guerre des Gaules.

Napoléon III consacre beaucoup de temps, d'argent et de lignes à la vie de Jules César. C'est grâce aux fouilles financées sur sa cassette personnelle qu'un négociant en vins de Roanne, Jacques-Gabriel Bulliot, un érudit membre d'une société savante, localise Bibracte, la capitale des Éduens, sur le mont Beuvray et non à Autun comme le voulait la tradition. Le colonel Stoffel, un officier d'ordonnance puis baron de l'empire, mène quant à lui des fouilles remarquables à Alésia, dont le site est découvert à Alise-Sainte-Reine, en Bourgogne. On retrouve également le site de la bataille de Gergovie dans la région de Clermont-Ferrand.

Napoléon III réunit autour de lui historiens - à commencer par Victor Duruy -, archéologues, ingénieurs. Et il met à contribution les sociétés savantes qui se sont constituées depuis vingt ou trente ans. Imaginez : vous êtes membre d'une société savante, votre président vous lit une lettre de Prosper Mérimée inspecteur général des Monuments historiques au nom de « sa majesté impériale » , vous demandant de bien vouloir vous livrer à des enquêtes pour savoir où s'est déroulée la bataille de Lutèce... Du coup, des milliers de notables se passionnent soudain pour les Gaulois.

L'intérêt pour la Gaule se diffuse véritablement dans le corps social à cette époque. Le thème des Gaulois est à la mode. Il apparaît dans des drames, des pièces, des opéras, des tableaux. L'Académie française fait même de Vercingétorix le thème de son prix de poésie en 1864.

L'H. : Ces Gaulois à la mode, qu'est-ce que l'on aime en eux ?

C. G. : Les Gaulois sont vus comme des guerriers vaillants, farouches mais brouillons et, finalement, barbares : ils ne possèdent pas de routes, pas de maisons, ils vivent au milieu des forêts, ils ne pratiquent guère l'agriculture. C'est un peuple batailleur, toujours divisé. Une image qui va perdurer longtemps. Et qui a inspiré des comparaisons sans fin avec les Français contemporains.

On en trouve une bonne illustration dans l' Histoire de France d'Henri Martin, au milieu du XIXe siècle : « Le caractère des Gaulois a subsisté chez nous tous, comme leur sang a passé de génération en génération jusque dans nos veines. Il y avait en eux beaucoup de choses diverses et contraires. Ils étaient enthousiastes et moqueurs, mobiles en apparence, obstinés au fond, sociables et querelleurs, faciles à vivre et intraitables sur le point d'honneur, généreux et envahissants, cruels à la guerre et sensibles aux plaintes des malheureux, et toujours prêts à secourir le faible contre le fort ; éloquents dans les assemblées, ils aimaient les combats de la parole comme les combats de l'épée, et ils n'avaient aucune peur de la mort. »

Quant à Vercingétorix, il est vu comme un héros romantique sur le modèle d'Hernani ou de Ruy Blas : un chef jeune, beau, courageux, prêt à se sacrifier. On peut citer le texte exemplaire d'Amédée Thierry 1828 : « Il y avait alors chez les Arvernes un jeune chef d'antique et puissante famille, nommé Vercingétorix. [...] Sa grâce, son courage le rendirent l'idole du peuple. César ne négligea rien pour se l'attacher ; il lui donna le titre d'ami. [...] Vercingétorix avait trop de patriotisme pour devoir son élévation à l'avilissement de son pays, trop de fierté pour l'accepter des mains de l'étranger. [...] Retiré dans ses montagnes, il travailla secrètement à réveiller parmi les siens le sentiment de l'indépendance, à susciter des ennemis aux Romains. »

L'H. : Vercingétorix devient donc, au XIXe siècle, un héros de l'histoire de France. C'est pourtant un vaincu !

C. G. : Oui, mais la défaite de Vercingétorix à Alésia devant les légions de César est généralement présentée comme un bienfait : heureusement que les Gaulois ont été vaincus par les Romains. C'est ce qui a permis à la civilisation de s'imposer. C'est la meilleure chose qui soit arrivée à la Gaule...

Une idée qu'expriment déjà les historiens Amédée Thierry, Henri Martin ou encore Jules Michelet dans son Histoire de France en 1833. Comme, une trentaine d'années plus tard, Napoléon III, dans la préface du deuxième volume de son Histoire de Jules César : « Tout en honorant la mémoire de Vercingétorix, il ne nous est pas permis de déplorer sa défaite. [...] N'oublions pas que c'est au triomphe des armées romaines qu'est due notre civilisation. » On en est là à la fin du Second Empire.

L'H. : Les choses changent-elles après 1870 et l'avènement de la IIIe République ?

C. G. : Ce qui est nouveau alors, ce sont les vitupérations antiromaines. Pour la raison simple que la guerre de 1870 est mise en parallèle avec l'affrontement César-Vercingétorix. Les deux conflits ont à peu près la même durée. Les Prussiens sont identifiés aux Romains, César à Bismarck et Vercin-gétorix à Gambetta. Désormais, nombre d'ouvrages expriment une haine pour César et Rome.

Entre 1870 et 1914, deux séries de discours politiques et culturels se construisent. Le premier permet d'affirmer : les Français se sont heurtés, en 1870, à un empire, l'Allemagne, qui a brisé la patrie en annexant l'Alsace et la Lorraine, alors que toute l'histoire, depuis les Gaulois, démontre que les frontières naturelles de la France incluent l'Alsace-Lorraine.

Deuxième message : Vercingétorix a perdu comme Gam-betta, mais cela n'a pas empêché la France de devenir une grande nation. Par conséquent, préparons la Revanche. Ce qui ne change pas, dans le discours politique, c'est l'image de Gaulois farouches qui ne se rendent pas, et qui finiront par gagner.

Les poilus pendant le guerre de 1914-1918, vont être dépeints à leur tour comme des Gaulois. C'est pour cela que leurs cigarettes sont dénommées les Gauloises. Et sur les monuments aux morts, après la guerre, comptez le nombre de représentations de Gaulois et de coqs...

L'H. : Et l'école de la IIIe République, a-t-elle joué un rôle, elle aussi, dans la diffusion du mythe ?

C. G. : Oui. C'est à ce moment-là que les Gaulois font leur apparition dans l'enseignement primaire. Or un fossé s'ouvre entre le monde de la recherche et de l'enseignement supérieur et celui de l'école. Là, les Gaulois sont réquisitionnés pour délivrer une leçon aux jeunes enfants de la République. Un objectif que s'assignent les manuels scolaires dont le plus fameux est le Petit Lavisse , paru en 1884 et sans cesse réédité.

Le récit de l'histoire de France commence ainsi : « Il y a deux mille ans, notre pays s'appelait la Gaule. [...] Les Gaulois étaient des barbares, mais ils étaient braves, intelligents et gais. Ils aimaient à bien parler et à entendre bien parler, et ils étaient toujours curieux d'apprendre des nouvelles. A la guerre, ils attaquaient l'ennemi avec impétuosité ; ils marchaient et combattaient sans discipline et, quand ils étaient vaincus, ils se décourageaient facilement. [...] La Gaule fut conquise par le Romain Jules César, de l'an 58 à l'an 50 av. J.-C., malgré la vaillante défense du Gaulois Vercingétorix, qui est le premier héros de notre histoire.

« Les Romains possédèrent la Gaule pendant environ quatre cents ans. Comme ils étaient très civilisés, ils civilisèrent les Gaulois. »

La question est réglée pour longtemps : les Gaulois étaient un peuple sympathique et indiscipliné. Par chance, la civilisation est arrivée avec les Romains.

L'H. : Mais, aujourd'hui, les manuels ont quand même évolué...

C. G. : Je crains au contraire qu'on en reste à l'idée d'une Gaule sous-développée comparée aux grandes civilisations méditerranéennes. Je m'explique. Depuis la réforme scolaire introduite par François Bayrou, en 1995-1996, alors qu'il était ministre de l'Éducation, on enseigne la Préhistoire à travers les exemples de grottes ornées, l'Égypte et les grandes civilisations du Croissant fertile ; la Gaule n'apparaît qu'au moment où l'on évoque les conquêtes romaines, lorsque Rome a fait à ces barbares l'honneur de venir les civiliser. Autrement dit, on développe un véritable « méditerranéocentrisme ». Et on distingue à nouveau, implicitement, les civilisés, au Sud, des barbares, au Nord.

L'H. : Et on préférerait donc aujourd'hui dire « nos ancêtres les Romains » plutôt que « nos ancêtres les Gaulois » ?

C. G. : Il faut voir que les deux tiers du territoire actuel de la France ont été romanisés. Et cela, bien avant la conquête romaine, qu'il s'agisse de l'économie, du commerce, de la culture ou de la religion. Le poids de Rome a été considérable en Gaule et, finalement, largement mésestimé.

Reste que la notion d'« ancêtres » n'a pas de sens en histoire. Cela dit, je voudrais tirer un coup de chapeau aux historiens comme Augustin et Amédée Thierry ou Henri Martin qui ont mis en avant cette idée de « nos ancêtres les Gaulois ». Ils ont contribué à construire la nation française. Ils ont eu une extraordinaire importance. Et la patrie française, elle, existe.

Propos recueillis par Héloïse Héloïse.

Par Christian Goudineau