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A la fin d'avril 1978 apparaît dans les kiosques, au rayon des périodiques, le numéro 1 d'un nouveau magazine, au titre sobre et explicite, L'Histoire. Michel Chodkiewicz, directeur de La Recherche, a décidé de lancer, avec l'aide de Michel Winock, historien et directeur littéraire aux éditions du Seuil, un magazine consacré à l'histoire. L'expérience est tentée, avec Michel Winock comme rédacteur en chef et Stéphane Khémis comme secrétaire de rédaction : ce dernier deviendra très rapidement rédacteur en chef de la revue puis directeur général de la Société d'éditions scientifiques, qui publie à la fois L'Histoire et La Recherche.
Le comité de rédaction « fondateur » se compose de Catherine Perlès pour la préhistoire et l'histoire ancienne, Robert Delort pour l'histoire médiévale, Philippe Joutard pour l'histoire moderne, Jean-Noël Jeanneney et Jean-Pierre Rioux pour l'histoire contemporaine, Jean Lacouture et Olivier Rolin.
L'adresse « A nos lecteurs » fait état d'une ambition commune : répondre à une attente que traduit, depuis une dizaine d'années, « l'intérêt d'un large public pour une histoire reçue en direct de ceux qui la font ».
Au sommaire, six grands articles, de dix à douze pages chacun, signés notamment par Georges Duby, René Rémond, Philippe Ariès, Philippe Joutard, et une quinzaine d'articles beaucoup plus courts. Les sujets couverts sont d'une grande variété, tant au point de vue des époques et des lieux que des thèmes évoqués : aussi bien l'instauration de la Ve République que la Cévenne camisarde ou le premier peuplement de l'Australie, la pratique de la communion solennelle que le mouvement ouvrier ou les réalités du Cambodge contemporain...
Ajoutons que les 125 pages du numéro sont très abondamment illustrées de reproductions en noir et blanc et de quelques rares reproductions en couleurs. Des rubriques variées figurent en fin de numéro : informations classiques sur les colloques, les expositions ou les livres; rubriques plus singulières comme « Les demeures de Clio », « Le Voyage dans le temps » ou la gastronomie historique souvent confiée à la plume gourmande de Platine (Jean-Louis Flandrin).
On peut noter une indiscutable fidélité aux objectifs initiaux. La distinction entre articles « de fond » et articles plus courts, qui sont le plus souvent des échos de l'actualité, a été conservée, de même que la plupart des rubriques, à l'exception de la gastronomie et des mots croisés (faut-il le regretter?). Il en est de même des informations diverses et de la bibliographie.
Mais fidélité ne veut pas dire immobilisme. L'Histoire fait aujourd'hui une plus large place à l'actualité - celle de la recherche bien entendu, mais aussi celle de l'édition, des expositions, des médias dans leur ensemble et, plus généralement, celle des débats et controverses publics, de plus en plus nombreux, liés au champ historique.
Il est vrai que, depuis 1978, le public intéressé par L'Histoire a peu à peu changé. Le nombre des étudiants - en histoire et plus largement en sciences sociales - a augmenté, de même que celui des enseignants, tant au collège et au lycée qu'à l'université. La télévision a drainé vers cette discipline un nombre croissant de curieux.
L'Histoire doit donc répondre à ce défi paradoxal : satisfaire les exigences des spécialistes, sans rebuter le très large public qui a toujours été le sien et continue d'exiger d'elle qu'elle soit pleinement ce qu'elle annonçait dès ce numéro 1 de mai 1978 : « Un moyen d'information permanent sur tout le champ de la recherche historique. »
Né en 1978, le magazine L'Histoire a eu pour ambition, dès l'origine, de fournir à un vaste public la synthèse des travaux des historiens, de se faire l'écho des débats qui les préoccupent et des questions soulevées par l'actualité.
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