Amateurs ou professionnels : une si longue hypocrisie

En 1981, le CIO a renoncé au principe de l'amateurisme, maintenu depuis 1896 malgré une succession de scandales. En 1984, le serment olympique lui-même est transformé.

L'histoire des Jeux fut rythmée, dès ses débuts, par l'exclusion retentissante de champions suspectés de professionnalisme. L'amateurisme, perpétuellement cité comme valeur olympique, était à la base du projet de Coubertin. A l'origine, ne pouvaient participer aux Jeux que ceux qui ne cherchaient pas un gain. Une part importante de l'activité du CIO consista pendant des décennies à définir, avec toujours plus de précision, le profil de l'athlète amateur, et à sanctionner, avec toujours plus de rigueur, la présumée errance de l'athlète professionnel. La sanction était, dans la plupart des cas, l'exclusion définitive. En désaccord, certaines fédérations sportives internationales ont quitté la maison olympique dès les années 1920. Ce fut le cas du tennis et du football, dont la fédération créa le Mondial en 1930 à Montevideo. Le football revint aux Jeux olympiques en 1936, le tennis en 1988 seulement.
Dans les années 1960, l'hypocrisie de l'intransigeance des responsables du CIO à ce sujet est apparue de plus en plus pesante. En athlétisme, discipline symbole des Jeux olympiques, la majorité des athlètes est rémunérée lors des meetings dès les années 1960. Les « prix » réclamés par certains athlètes sont connus, les sommes « échangées » le sont aussi. Mais le silence l'emporte encore. Des voix, et non des moindres, s'élèvent dès cette époque pour dénoncer l'écart entre les principes et la réalité. Monique Berlioux, la future directrice du siège du CIO à Lausanne, dénonce dans les années 1970 : «Nous avons trop pratiqué le sport avec un amateurisme intransigeant et pur pour applaudir à l'hypocrisie actuelle. » Quelques affaires retentissantes ont marqué l'époque. Guy Drut, par exemple, déclare à Paris-Match, le 9 octobre 1976, après sa médaille d'or de Montréal : «J'abandonne le sport, il est pourri. » L'athlète évoque des sommes enjeu dans les meetings, dit lui-même avoir été impliqué. Il est exclu avec fracas de la sphère olympique.
Samaranch, élu président du CIO en 1980, reconnaît en 1981 : «II faut vivre avec son temps. » La fédération d'athlétisme se réforme la première, autorisant au congrès d'Athènes, en 1982, la création de fonds de gestion en faveur de l'athlète (mis théoriquement en « réserve » et touchés plus tard), ainsi que la création de permit meetings (les «meetings autorisés ») avec récompenses financières attribuées aux athlètes et versées à leur fédération. L'olympisme ne peut manquer de suivre.ues
Les représentants des pays de l'Est tentent encore, sans y parvenir, de maintenir une définition de l'amateurisme toute classique : elle arrangerait à l'évidence leur système en favorisant leurs athlètes d'Etat, s'entraînant à l'abri de toute contrainte. Les prix décernés lors des meetings s'envolent: 542 000 dollars offerts aux athlètes pour les 15 meetings de la fédération internationale d'athlétisme (Mobil-IAAF) en 1985, 763 000 dollars en 1986,1 million de dollars l'année suivante.
En 1984, le serment olympique est transformé et la référence à l'amateurisme disparaît. Un groupe de sponsors pourra se valoriser en 1992 aux Jeux d'Albertville en adoptant le slogan suivant : «L'olympisme est interdit aux amateurs» !