Le génocide, le juge et l'historien

La loi antiraciste adoptée le 30 juin 1990 considère comme un délit «la négation des crimes contre l’humanité». Pour Madeleine Rebérioux, historienne et vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme, il n’appartient ni aux juges ni à la loi de dire le «vrai» en histoire — même quand il s’agit de combattre le soi-disant «révisionnisme» qui nie l’existence des chambres à gaz et du génocide. Aux yeux de Madeleine Rebérioux, la vérité, que les historiens s’attachent à cerner, ne peut être fixée une fois pour toutes par des lois quelles qu’elles soient.

Le droit doit-il dire l’histoire ? Étrange question. Il ne s’agit pas, bien sûr, des techniques probatoires mises en oeuvre par l’historien et par le juge. Elles sont pour une part voisines — la critique du témoignage y tient une large place —, même si la « chose jugée » acquiert un pouvoir de contrainte dont l’historien ne dispose pas. Le problème est ailleurs : est-ce à la loi — donc au tribunal chargé de l’invoquer et de l’appliquer — de dire la « vérité historique » ?
Il a fallu la profonde émotion provoquée par la [...]

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Par Madeleine Rebérioux