Alexandre le Grand. Monnaie, finances et politique
On ne présente plus Georges Le Rider, le maître incontesté de la numismatique grecque. Dans un précédent ouvrage La Naissance de la monnaie , PUF, 2001, il avait surpris et souvent convaincu en proposant, d’une part, de reconnaître une quasi-monnaie dans certains instruments d’échange en usage en Mésopotamie bien avant la création de la monnaie au sens propre, et en accordant au goût du profit des rois de Lydie l’invention de cette dernière, d’autre part.
Ce nouveau livre attire l’attention, avec un grand sens du détail, sur la politique monétaire d’Alexandre le Grand. Aspect souvent négligé de la conquête, à tort, car la conquête nécessitait des fonds considérables, et qu’il était impératif de disposer régulièrement d’espèces pour payer les troupes. Au fur et à mesure que l’armée s’enfonçait vers l’est et que se distendaient les voies de communication avec les ateliers monétaires égéens, il fallait résoudre de difficiles problèmes de circulation de sommes considérables, même si l’on pouvait trouver sur place les métaux nécessaires à la frappe.
Mais le plus intéressant dans cette étude, c’est qu’elle peut éclairer les intentions d’Alexandre en matière de politique générale et d’administration de son empire. Il entrait dans un monde qui connaissait des pratiques variées en matière monétaire : monnayages civiques des villes d’Asie Mineure, monnayages des cités de Phénicie, monnaie royale perse achéménide, sans parler des régions sans émissions, habituées à utiliser les monnaies fabriquées par d’autres.
Or il ne semble pas qu’Alexandre ait cherché à uniformiser ces pratiques. Et s’il créa une devise royale à son type, il laissa toute la partie iranienne de son empire et au-delà sans atelier monétaire, recourant à la fois aux espèces importées de l’Ouest et à celles frappées avant lui par les rois perses les fameuses dariques d’or notamment.
Ainsi se dessine peut-être le caractère empirique de toute la politique d’Alexandre, sans plan préconçu. Devant les problèmes inattendus qui se posent à lui, le conquérant apporte, avec un incontestable talent, des solutions inédites, souvent destinées à durer.
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Alexandre le Grand. Monnaie, finances et politique par Georges Le Rider, Paris, PUF, 364 p., 32 euros.
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