Géopolitique de l'État palestinien
Les accords d'Oslo de 1993 laissaient entrevoir la perspective d'un État pour les Palestiniens. Il reste encore au stade du projet.
Fin septembre 2000, lorsque éclate la Seconde Intifada, la Cisjordanie et la bande de Gaza sont régies par ce que l'on a désigné comme les accords d'Oslo. Ces arrangements intérimaires, solennellement signés en 1993 à Washington, ont conduit à la mise en place, par le biais d'une série d'accords israélo-palestiniens conclus entre 1994 et 1999, d'un régime d'autonomie pour les Palestiniens. Une Autorité palestinienne AP, dotée d'un président, d'un gouvernement et d'un conseil législatif a vu le jour.
Cette instance gère, en 2000, la vie quotidienne des Palestiniens dans un certain nombre de domaines éducation, santé, affaires sociales.... Mais elle ne dispose pas d'une véritable souveraineté. Ce déficit est particulièrement flagrant sur le plan territorial. Les quartiers arabes de Jérusalem-Est, annexés par Israël en juin 1967, échappent totalement à l'AP. Pour le reste, les accords d'Oslo ont conduit à une fragmentation territoriale extrêmement complexe. A Gaza, l'AP contrôle environ 70 % de cette étroite bande de terre - qui devrait entièrement revenir aux Palestiniens après le désengagement israélien unilatéral à l'été 2005. En Cisjordanie, trois zones ont été instituées : dans la zone A autour des huit villes, soit 18,2 % du territoire, l'autonomie est complète ; dans la zone B zones rurales, 21,8 % du territoire, elle n'est que partielle ; dans la zone C 60 %, Israël conserve un contrôle exclusif. Cette dernière zone inclut les installations militaires et, surtout, plus de 150 colonies juives, compromettant inévitablement la constitution d'un État palestinien viable.
Cette carte d'Oslo a volé en éclats au printemps 2002 lorsque l'armée israélienne a décidé de réoccuper militairement la Cisjordanie afin d'enrayer la multiplication des attentats-suicides au coeur des villes israéliennes. Depuis cette date, les pouvoirs d'une Autorité palestinienne exsangue sont devenus beaucoup plus théoriques que réels.
Sur le terrain, la « grande innovation » est l'édification progressive d'une « clôture de séparation » entre la Cisjordanie et Israël. Cette barrière, faite de tranchées, de barbelés, de clôtures électrifiées et, en milieu urbain, d'un mur de béton de 8 m de haut, vise officiellement à entraver les infiltrations d'activistes palestiniens. Toutefois, le tracé n'épouse pas strictement la « ligne verte » de 1949 : à terme, près de 10 % de la Cisjordanie seront annexés de facto . Malgré sa condamnation par la Cour de justice internationale en juillet 2004, la construction du mur, qui devrait s'étirer sur près de 650 km, se poursuit inexorablement.
Une paix globale ?
C'est dans ce contexte qu'a été conclu le plan de Genève, en décembre 2003. Fruit de négociations secrètes conduites par des personnalités réformistes, emmenées, du côté israélien, par Yossi Beilin, ancien ministre de la Justice, leader du parti de gauche Yahad, et, du côté palestinien, par Yasser Abed Rabbo, longtemps ministre de l'Information de l'AP, l'accord de Genève - ainsi nommé car il a été finalisé en Suisse - a eu un profond retentissement. Bien qu'il s'agisse d'une initiative diplomatique officieuse, elle a obtenu un large écho parce que, pour la première fois, des Israéliens et des Palestiniens ayant assumé de hautes fonctions politiques parvenaient à s'entendre sur un plan de paix détaillé destiné à régler l'ensemble du contentieux israélo-palestinien.
Les principes essentiels sur lesquels repose le « document de Genève » sont les suivants : retour aux frontières du 4 juin 1967 et réinstallation en Israël des résidents juifs des colonies seuls les grands blocs de colonies seraient annexés par l'État hébreu, les Palestiniens obtenant des terres équivalentes d'Israël en compensation ; Jérusalem, capitale de deux États, les quartiers juifs édifiés par Israël dans le secteur oriental se retrouvant sous sa souveraineté tandis que les quartiers arabes reviendraient aux Palestiniens y compris dans la vieille ville et pour l'esplanade des Mosquées/mont du Temple ; strict cadrage de l'application du « droit au retour » des réfugiés palestiniens qui bénéficieraient de cinq options pour leur réinstallation et recevraient des réparations financières.
Le plan de Genève prévoit également une forte implication de la communauté internationale pour superviser la mise en oeuvre de l'accord, y compris via une force multinationale sur le terrain. Ce plan approfondit certaines options qui avaient commencé à être timidement présentées à Camp David juillet 2000, puis à Taba janvier 2001.
Désormais, les contours de l'accord de paix définitif sont connus. Il reste à faire émerger les conditions politiques pour permettre sa transcription dans les faits, une tâche, à l'évidence, extrêmement ardue.
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