La Saint-Barthélemy. Les mystères d'un crime d'État, 24 août 1572

La Saint-Barthélemy est une énigme qui ne cesse de susciter les interrogations des historiens. D’abord, parce que cet événement sanglant a pris rang dans la série des épisodes les plus sombres de l’histoire de France. Ensuite, parce que nous ne disposons d’aucune source directe pour répondre à la question de la ou des responsabilités du massacre Charles IX, Catherine de Médicis, le duc de Guise, le futur Henri III ?.

Il s’agit là, assurément, d’une « journée qui a fait la France », dont Arlette Jouanna décrypte, à travers une enquête claire et précise, toutes les implications. D’abord, l’anéantissement définitif de l’espoir nourri par les calvinistes de convertir le royaume à leur foi : la France du « Très-Chrétien » ne sera pas protestante. Ensuite, une interrogation sur la nature et le fonctionnement du pouvoir royal : pour justifier un tel acte, les apologistes de Charles IX, en invoquant la défense de la monarchie, donnent à entrevoir une étape capitale dans la genèse de la notion de raison d’État.

Autre interrogation essentielle, née du massacre : pour éviter le retour à de semblables horreurs, la monarchie doit-elle être absolue ou modérée, contractuelle ou sursacralisée ? Henri IV répondra le 30 mars 1598 à cette question par l’édit de Nantes, qui impose l’autonomisation de la raison politique par rapport aux passions religieuses et resacralise l’État, affaibli par les théories tyrannicides.

A plus long terme, dans la mémoire collective, l’événement a fait figure de repoussoir : Voltaire y voit « le plus grand exemple de fanatisme » et à sa suite la France laïque refusera de se sentir l’héritière des « matines sanglantes » du 24 août 1572. Pourtant, à l’heure de la résurgence des tensions intercommunautaires et interconfessionnelles, la Saint-Barthélemy, qui fut aussi la tragédie de la peur de l’autre, continue de nous interpeller.

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La Saint-Barthélemy. Les mystères d'un crime d'État, 24 août 1572, par Arlette Jouanna, Gallimard, "Les journées qui ont fait la France", 2007, 406 p., 26 euros.

Par Arlette Jouanna