Le Traité des trois imposteurs. Histoire d'un livre blasphématoire qui n'existait pas
Dès les premières lignes de l’avant-propos, l’auteur pose le problème en des termes que l’on peut reprendre ici : « Le Traité des trois imposteurs est ce qu’on appelle un ouvrage mythique. Tout est dans le titre, provocation suprême, blasphème absolu, défi frontal aux trois grandes religions monothéistes. Qualifier Moïse, Jésus et Mahomet d’imposteurs, c’est heurter directement la foi de milliards d’individus, de croyants convaincus. »
Rédigé au XIIIe siècle, ce texte circule de façon plus ou moins mystérieuse : personne ne l’a vu, ni lu, mais tout le monde croit qu’il existe. Il est publié en Hollande en 1719 et circule alors clandestinement dans toute l’Europe où les libres-penseurs se le disputent. Il est vrai que le sujet même a de quoi les séduire : Yahveh, Dieu, Allah n’existent pas - et leurs prophètes Moïse, Jésus, Mahomet ne sont que des imposteurs.
C’est cette histoire que Georges Minois raconte, non sans mérites tant, par définition, les sources sont multiples et difficiles à traquer. Il expose d’abord nos connaissances concernant la préhistoire de ce thème mythique jusqu’au XIIIe siècle. Il traque ensuite les premiers « dénicheurs » d’imposteurs, par exemple la manière dont la littérature chrétienne des XIe et XIIe siècles, excluant évidemment Moïse et Jésus, fait de Mahomet un imposteur, ainsi Pierre le Vénérable qui en 1141 en fait un magicien, débauché, instrument du diable, bête apocalyptique.
A la fin du XVIIe siècle, Pierre Bayle et les premiers philosophes rouvrent le dossier. Pour eux, Moïse et Mahomet sont de simples « législateurs », de même d’ailleurs que Jésus, ni plus ni moins... Au XVIIIe siècle, enfin, les choses changent. Voltaire, qui n’admet pas l’athéisme, se contente de rire des trois imposteurs, comme en témoigne cette lettre à Mme du Deffand, en 1769 : « Je viens de relire l’écrit des Trois imposteurs ; on ne peut s’empêcher d’éclater de rire en le finissant. » Il n’en est pas de même des quelques philosophes athées du XVIIIe siècle, comme d’Holbach, a fortiori des athées des siècles suivants. On ne peut que remercier Georges Minois d’avoir ressuscité avec science l’histoire de cet étrange document.
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Le Traité des trois imposteurs. Histoire d'un livre blasphématoire qui n'existait pas, par Georges Minois, Albin Michel, 2008, 330 p., 15 euros.
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