Des guinguettes aux barricades
C'est Victor Hugo qui donne le ton, dans son recueil Chants du crépuscule 1835 : « Hier vous n'étiez qu'une foule, vous êtes un peuple aujourd'hui. » S'appuyant sur ses riches collections, le musée Carnavalet propose une déambulation thématique à travers rues et ruelles de la capitale, reconstituées pour l'occasion. Le visiteur passe d'un étal de marché à un cabaret dont les voûtes résonnent des chansons populaires, il longe un mur couvert d'affiches et s'enfonce dans les quartiers mal famés du Paris pré-haussmannien. Si l'on pense à Victor Hugo et à Eugène Sue, on découvre aussi les enquêtes sur les classes ouvrières que Frédéric Le Play et ses disciples conduisirent à la même époque, loin des représentations fantastiques que l'on se plaisait à colporter. Le peuple se nourrit sans cesse de migrants des provinces françaises ou du proche étranger. Il s'installe dans des faubourgs que Napoléon III réunit à la capitale en 1860 comme au coeur même de Paris, avant qu'Haussmann les en chasse. Trois salles abordent des thématiques jusque-là peu traitées : l'usage de l'eau, les repas, l'hygiène, l'importance de la musique, du théâtre et de la danse comme moyens de divertissement populaires. Honoré Daumier, à qui un espace est réservé, immortalise ce peuple avec une ironie piquante en illustrant l'infinie diversité des petits métiers qui font son quotidien.
Ces classes laborieuses sont-elles dangereuses ou sont-elles l'acteur majeur du progrès social ? La dernière salle évoque les craintes comme les espoirs des classes dirigeantes. Par la loi comme par des actions philanthropiques, le peuple fait l'objet d'un contrôle vigilant. Mais il en ressort un enseignement : c'est lui l'acteur incontestable des révolutions réussies et avortées qui ont secoué Paris entre 1830 et 1871.
Du 5 octobre 2011 au 26 février 2012, musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, 75003 Paris.
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