Pompéi, des hommes et des dieux

Jupiter, Bacchus, Mercure, Vénus, et même Isis l'Égyptienne qui garantit l'immortalité sont omniprésents : sur les murs peints à la fresque, sous forme de statuettes, dans les jardins, sur une margelle de puits... Nous sommes dans la maison d'un riche habitant de Pompéi. L'atrium, ses tables en marbre soutenues par de puissants griffons, son coffre-fort en bois Ier siècle qui renferme sans doute les biens précieux de la famille, le portrait d'un notable - un ancêtre peut-être : tout indique ici le statut élevé du maître des lieux.

On croit entendre le murmure des esclaves et les voix des convives en longeant les murs peints du triclinium, la pièce qui, au coeur de la maison, était destinée au banquet. On croirait même, dans la culina, percevoir la chaleur du foyer, l'odeur du garum et le parfum plus subtil du gâteau cuit dans ce moule en forme de feuille de lierre bronze, Ier siècle, ou de ces pommes serrées dans une coupe de verre panneau avec nature morte, Ier siècle.

Dans les pièces plus intimes destinées aux bains, le luxe atteint son comble. Quelques objets en argent - un usage venu de Grèce -, encore rares au Ier siècle, comme ce miroir au manche en forme de massue ; une baignoire de bronze, rarissime elle aussi Ier siècle ; des objets de verre, comme ces fioles à parfum de rose sans doute ? bleutées. La proximité de la mer, la richesse de ses habitants attiraient à Pompéi une population cosmopolite et facilitaient l'importation d'objets de luxe en provenance de Grèce, de Gaule, d'Espagne mais encore d'Afrique Tunisie, d'Égypte, de Phénicie.

Fines guirlandes de fleurs courant sur les fresques, canards glissant sur l'eau, paons posant dans les jardins, près d'une fontaine, profusion de scènes érotiques sur les murs - ces tableaux qui firent à la ville sa réputation si licencieuse - semblent évoquer une vie paisible, prospère, facile. Pas pour tous néanmoins : les esclaves formaient une grande partie de la population. Un bonheur relatif, anéanti en quelques heures, le 24 août 79, et figé pour l'éternité, comme ces corps moulés qui, dans la pénombre d'une petite pièce, nous placent face à une agonie de « dix-huit siècles » Luigi Settembrini.

Jusqu'au 12 février 2012 au musée Maillol, 61, rue de Grenelle, 75007 Paris.

Par J. R.