Reynald Sécher, le retour

Rarement la page de titre d'un livre aura si bien annoncé ses intentions. Tout y est, il suffit de décrypter : « Reynald Secher, Vendée. Du génocide au mémoricide. Mécanique d'un crime légal, préface de Gilles-William Goldnadel, postfaces d'Hélène Piralian et Stéphane Courtois, "Cerf Politique, Démocratie ou Totalitarisme", Les Éditions du Cerf, 2011. » Le doute éventuel quant à la distance de l'auteur avec son sujet est dissipé dès la page suivante : « Aux centaines de mes ancêtres génocidés à travers la Vendée militaire... » Reynald Secher n'en est pas à son coup d'essai, c'est peu de le dire : depuis la publication d'une étude tirée de sa thèse d'État sur La Vendée-Vengé. Le génocide franco-français en 1985, avec le soutien des historiens Jean Meyer, Jean Tulard et Pierre Chaunu, il faut lui reconnaître l'opiniâtreté : depuis, il n'a cessé d'enfoncer le même clou par tous les moyens, études, bandes dessinées, conférences, documentaires vidéo, exposition...

Alors, quoi de neuf sur la question ? Un document dont la révélation est mise en scène sur plusieurs pages : le dossier AF II/ 268 des Archives nationales contenant une lettre du Comité de salut public, fameux bouts de papier datés de la mi-novembre 1793 dans lesquels il est à nouveau ordonné d'« exterminer les brigands » et d'« anéantir les rebelles ». Ce qui permet à l'auteur d'aller un cran au-dessus : ce n'est pas tant la Révolution qui est bloc que l'ensemble des génocides vendéen, arménien et juif. Ce qui explique que, cette fois, il sorte accompagné : en préface, un avocat, auteur de Réflexions sur la question blanche, qui incarne la droite extrême au sein du comité directeur du Crif Conseil représentatif des institutions juives de France ; en postface, une psychanalyste d'origine arménienne qui a travaillé sur la structure génocidaire ; et pour emballer le tout un universitaire spécialiste de l'histoire des régimes communistes, dont la préface au Livre noir du communisme 1997 qu'il avait coordonné avait suscité de violentes controverses par sa comparaison entre nazisme et communisme.

Reynald Secher se sent donc mieux assuré pour lancer une opération politique : la nature génocidaire de la répression de la révolte vendéenne de 1793 étant à ses yeux acquise et incontestable, il convient désormais de repérer les éléments de langage communs aux massacreurs des Vendéens, des Arméniens et des Juifs, les premiers ayant en toute logique joué « un rôle matriciel ». CQFD ? En chemin, l'auteur n'hésite pas à annexer à sa cause des historiens qui ne peuvent plus le contredire François Furet, Pierre Vidal-Naquet. Nul doute que les réseaux de l'Internet, si prompts à entonner le couplet obsidional, feront de bonnes manières à cet essai bien dans l'air du temps, spéculant sur le secret et le déni. Pour savoir pourquoi il n'y a pas eu de génocide en Vendée et ce qu'en pensent les historiens, on pourra toujours se référer aux articles de François Lebrun et Jean-Clément Martin histoire.presse.fr.

Reynald Secher est manifestement fier de la paternité du concept de mémoricide. En pratiquant l'amalgame ad nauseam, il aimerait pousser la République à reconnaître officiellement le génocide des Vendéens et rendre ainsi complices tous les négationnistes. Il a surtout prouvé que l'on pouvait écrire un essai de 470 pages en le faisant tenir sur un leitmotiv d'une remarquable faiblesse intellectuelle : « Les mêmes causes entraînant les mêmes effets... ».

Par Pierre Assouline