Hoover secret
Le plus stupéfiant dans la carrière de John Edgar Hoover, c'est sa longévité : quarante-huit années à la tête de la même agence fédérale américaine, le Federal Bureau of Investigation FBI, chargé de la sécurité intérieure des États-Unis. Quarante-huit années passées à diriger en autocrate la plus formidable machine à surveiller, protéger, et réprimer les hommes. C'est cette histoire, bien peu commune pour une démocratie qui s'est toujours considérée comme le phare du monde libre, que Clint Eastwood a choisi de raconter dans un magistral « biopic » de plus de deux heures.
L'acteur-réalisateur explore, depuis quarante ans, les tréfonds de la société américaine et nous concocte, l'air de rien, l'une des oeuvres les plus fécondes de l'histoire du cinéma. Clint Eastwood s'est déjà essayé avec brio au film politique : Dans la ligne de mire 1993, Les Pleins Pouvoirs 1996, Mémoires de nos pères 2006 ou Lettres d'Iwo Jima 2007. Après le succès critique d'Invictus 2009, qui s'attachait à la personne de Nelson Mandela, le réalisateur se penche donc cette fois sur Hoover et embrasse soixante années d'histoire américaine. La performance de Leonardo DiCaprio est l'une des réussites du film, en lice pour les Oscars. Le comédien a su endosser avec gravité le rôle d'un homme en proie à ses démons et souligner par son jeu audacieux les contradictions du personnage. Ce que montre J. Edgar, c'est que, dès sa jeunesse, poussé par l'ambition d'une mère Judi Dench avec qui il a vécu toute sa vie, Hoover développe une fascination-répulsion pour le crime ou supposé tel. L'enquête en 1932 sur l'enlèvement de l'enfant de l'aviateur Lindbergh est pour lui un marchepied vers le pouvoir absolu. Un pouvoir qu'il ne partage que jalousement avec son adjoint et compagnon Clyde Tolson Armie Hammer et sa dévouée secrétaire, Helen Gandy Naomi Watts.
Obsédé par la loi, Hoover pourchasse avec âpreté gangsters, communistes, militants des droits civiques, mais aussi personnalités politiques et acteurs. Le film est ainsi l'occasion de voir défiler Franklin et Eleanor Roosevelt, sur laquelle Hoover bâtira un dossier, Bobby Kennedy, qu'il menacera sans retenue, Dwight Eisenhower et même Shirley Temple. Arrivé en fonction en 1924 sous Calvin Coolidge, Hoover ne quitte le pouvoir qu'à sa mort, en 1972. Richard Nixon lui organise des obsèques nationales, un privilège réservé aux présidents défunts. Si le spectateur accepte d'être parfois dérouté par un montage qui ne lésine pas sur les flash-back, il aura assisté à une vivifiante réflexion sur le pouvoir confronté aux passions des hommes.
C. Eastwood, J. Edgar , en salles le 11 janvier.
