1917 , année terrible

Zoom sur l'année la plus noire de la Grande Guerre au Centre Georges-Pompidou-Metz.

Un beau prétexte, d'abord : l'exposition, pour la première fois en France depuis vingt ans, du plus grand Picasso du monde, fleuron des collections du Centre Georges-Pompidou, le rideau de scène réalisé par le peintre pour le ballet Parade écrit par Jean Cocteau, créé au théâtre du Châtelet le 18 mai 1917. Un intérêt particulier, ensuite, pour cette année 1917. Car 1917 est l'année où les États-Unis entrent en guerre, transformant le conflit en phénomène planétaire ; l'année où la révolution de Février prive les Alliés du soutien russe ; l'année où un hiver glacial, l'utilisation, pour la première fois, par les Allemands, de gaz mortels ou encore la désastreuse offensive de Nivelle au Chemin des Dames font le désespoir des soldats, qui se manifeste par des mutineries sans précédent.

Ainsi est née l'idée de livrer un panorama de l'ensemble de la création, de l'innovation et de la production, tout au long de cette année, mais seulement de cette année, dans le monde entier et dans tous les domaines : l'art, l'industrie, l'armement, la médecine chirurgie, psychiatrie... Aussi, si des documents historiques - journaux de tranchées, photographies, autochromes, affiches - côtoient les oeuvres d'art, ces oeuvres tableaux, sculptures, poèmes, oeuvres musicales côtoient d'autres types de productions. On verra ainsi des moulages médicaux de « gueules cassées », un masque à gaz ARS 17, mis au point en France en 1917 pour faire face à la nocivité du gaz moutarde ; les restes d'un avion ennemi abattu par Georges Guynemer.

Mais le site de Pompidou-Metz permet aussi d'exposer des objets monumentaux comme un exemplaire du char Renault FT 17 - avec tourelle pivotante -, créé en 1917, ou un tank britannique Deborah D51, dont cinq des sept membres ont péri lors de la bataille de Cambrai le 20 novembre 1917.

Côté art, l'exposition montre la variété de la création comme celle des positionnements des auteurs par rapport au front en cette année 1917. De Marcel Duchamp, qui expose à New York sa Fontaine urinoir renversé, à Otto Dix, véritable chroniqueur de la guerre côté allemand, dont les tableaux disent l'omniprésence du feu, de la mort et la sauvagerie de la guerre. De nouveaux courants apparaissent : le jazz côté musique, la bande dessinée, avec l'Américain George Herriman et sa série Krazy Kat dont les héros sont des chats et des souris..., le futurisme, dont le peintre anglais Christopher Nevinson dit qu'il est « le seul moyen possible d'exprimer la rudesse, la violence et la brutalité des émotions rencontrées et ressenties sur les actuels champs de bataille européens ».

Parmi les artistes missionnés sur le front par l'armée, les peintres, photographes ou cinéastes chargés de rendre compte du conflit. Bonnard, Vallotton et Vuillard en font partie. D'autres, décorateurs de théâtre, assurent le camouflage des soldats ou des armes : on verra ainsi un faux arbre blindé qui servait de poste d'observation. D'autres artistes, reconnus ou anonymes englués dans cette guerre interminable, créent pour tromper l'angoisse ou donner signe de vie à leurs proches. D'où l'apparition de ce qu'on nomme l'« art des tranchées » : statuettes, coupe-papier fabriqués à partir d'éclats d'obus, de bois, de vitraux ou de pierre. Un art dont le succès est tel qu'il est repris par des industriels dont il fera la fortune.

Par Juliette Rigondet