Aux jeunes gens. Comment tirer profit de la littérature grecque
Faire du passé table rase ? La tentation serait grande chez certains chrétiens obsédés par l’ascèse et la pureté de rejeter en bloc un héritage littéraire (et culturel) grec pénétré de mythologie et donc de paganisme. Le grand évêque cappadocien Basile de Césarée, s’adressant avec habileté aux jeunes gens tentés par la modernité, argumente à rebours : cette culture est la nôtre et c’est à nous de faire le tri entre ce qui est utile et ce qui ne l’est pas. Il est vrai qu’il y avait de quoi être troublé par ces mythes si contraires aux vertus chrétiennes, ou plus simplement s’interroger sur la valeur à accorder à des penseurs, des moralistes, des poètes qui, par ailleurs, vénéraient les « idoles ».
La traduction nouvelle d’Arnaud Perrot redonne une actualité à ce texte de portée universelle qui doit retenir l’attention de l’historien et de l’homme de culture pour deux raisons au moins. D’abord parce qu’il permet de comprendre par quel raisonnement de haute tenue les chrétiens se sont appropriés la culture grecque, qui était évidemment la leur, en dépit de tout ce qu’elle pouvait avoir de choquant. On sait quel rôle les moines jouèrent ensuite dans la transmission de cette culture. Ensuite parce qu’il touche à un problème universel, celui de l’opposition entre l’héritage et la modernité, celui de la place de la culture élaborée dans la longue durée dans un monde en mouvement. Et Basile montre avec des accents très actuels que nul ne peut ni ne doit se priver de l’héritage du passé. Une leçon qui garde sa pleine valeur après dix-sept siècles.
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