Exit. Exclus et marginaux en Grèce et à Rome

On ne présente plus cette agréable collection où une large sélection de textes grecs et latins illustre un thème donné. Excellente idée d’avoir choisi celui de l’exclusion, non seulement parce qu’il se trouve au cœur des préoccupations de nos sociétés, mais parce qu’il permet de mesurer la distance qui nous sépare de nos « ancêtres » gréco-romains. Marginaux et exclus existent de part et d’autres, mais il suffit de parcourir le recueil de Vincent Morch pour comprendre que nous ne mettons pas sous ces termes les mêmes réalités.
Alors que les sociétés contemporaines excluent faute de solidarité sociale et économique, ce sont les statuts juridiques qui marquent la place de chacun dans les sociétés antiques : en dehors ou au dedans du groupe des libres, dans ou hors le corps civique. Plus d’exclus sans aucun doute, mais d’une certaine manière moins exclus car protégés par des solidarités familiales, voire des intérêts économiques bien compris. Femmes, esclaves, étrangers, tous sont exclus d’une façon ou d’une autre, mais intégrés au corps social. Plus difficile est la situation des exilés, volontaires ou forcés (les ostracisés d’Athènes, les victimes des proscriptions romaines), que plus rien ne protège, pas même les règles de l’hospitalité.
Le choix présenté est aussi l’occasion de dresser l’inventaire des multiples raisons d’exclure, familiales, juridiques, politiques, mais aussi intellectuelles ou religieuses : juifs et chrétiens furent des exclus, durablement pour les premiers, temporairement pour les seconds, marginaux avant d’occuper la totalité de l’espace social. Un beau sujet de réflexion et de méditation.