Juillet 1099 : l'assaut des croisés
Vers 9 heures, ce 15 juillet, les croisés prennent pied sur les murailles.
Le 7 juin 1099, affaiblies par les batailles, les famines, les désertions et les maladies, les armées croisées campent sous les murailles de Jérusalem*. Combien sont-ils, alors, ces croisés qui, pour certains, ont quitté leurs foyers depuis près de trois ans après l'appel lancé par le pape Urbain II ? Les chercheurs estiment aujourd'hui le nombre de chevaliers à quelque 5 000 à 7 000, chiffre minimum. Les armées d'Occident comptant alors 7 à 12 piétons pour 1 chevalier, on peut admettre un nombre de combattants de 50 000 à 60 000 hommes. Si l'on y ajoute les non-combattants, prêtres, moines, femmes, enfants, on arrive à environ 100 000 personnes.
Mais, au terme du voyage, combien en reste-t-il, après les défections, et alors que beaucoup sont morts ou ont été faits captifs par les Turcs ? Le chroniqueur Raymond d'Aguilers, qui évaluait l'armée initiale à 100 000 guerriers, ne compte plus sous Jérusalem que 1 200 chevaliers pour un total de 10 000 hommes. Ce chiffre sans doute volontairement réduit a un sens didactique : les croisés ne peuvent compter que sur l'assistance divine.
De fait, les chefs de guerre consultent un ermite établi sur le mont des Oliviers*. Il promet la victoire si l'assaut est donné le lendemain, le lundi 13 juin. Mais c'est un échec. Désorientés, les croisés décident de construire des machines de siège. Le 6 juillet, ils ordonnent une procession solennelle autour de Jérusalem, à l'imitation des Hébreux de la Bible lors du siège de Jéricho, qui a lieu le vendredi 8. Les musulmans rient, et la ville tient toujours. Le 12, le prince Raymond de Toulouse offre une prime à ceux qui viendraient combler le fossé séparant les murailles de son camp, situé sur le mont Sion*. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1099, l'assaut commence. Il se prolonge jusqu'au vendredi 15. Vers 9 heures, les premiers croisés prennent pied sur les murailles. Ils se répandent dans la ville ; le carnage commence. Le lendemain, les croisés parcourent la cité conquise et massacrent encore, dans les rues, musulmans, Juifs et parfois chrétiens qui paient de leur vie leur résistance.
La tuerie, épouvantable, n'est pas exceptionnelle : chez les musulmans aussi l'on passait souvent au fil de l'épée la garnison des villes qui refusaient la reddition. Elle n'est pas non plus générale : les textes précisent que les sarrasins captifs furent requis pour emporter à l'extérieur les cadavres dont la décomposition empuantissait l'atmosphère. Par ailleurs, les documents retrouvés dans la synagogue de Géniza du Caire prouvent que plusieurs familles juives survécurent à la prise de Jérusalem.
Les chroniqueurs soulignent eux-mêmes l'horreur de ces tueries, et la justifient par des motifs religieux : les croisés « purifient » ainsi les Lieux saints* qu'ils estimaient « pollués » par la présence des infidèles. Il s'agit bien d'un fanatisme ritualiste. Enfin, « lassés de tuer », les croisés rendent grâces à Dieu au Saint-Sépulcre*. Le vendredi 5 août, ils retrouvent « miraculeusement » une partie de la « vraie Croix » ; une autre était déjà vénérée à Constantinople. Une semaine plus tard, le vendredi 12 août, un deuxième miracle se produit. On apprend qu'une immense armée égyptienne marche vers Jérusalem. Tandis que Pierre l'Ermite organise les processions et intercessions pour la victoire, les croisés se portent au-devant des musulmans et les mettent en déroute à Ascalon. Dès le lendemain, ayant accompli leurs voeux, la plupart des croisés rentrent dans leurs foyers, ne laissant outremer qu'un très petit nombre de guerriers pour défendre les nouveaux États latins d'Orient. La croisade a atteint son objectif : reconquérir Jérusalem, héritage du Christ, rendre à la Chrétienté ces terres qui furent jadis le berceau du christianisme. Le retentissement de la prise de Jérusalem a été immense en Occident. Pourtant, cette victoire est aussi synonyme d'échec : le Christ n'est pas revenu, et les « temps de la fin », que beaucoup espéraient vivre à Jérusalem, sont encore à venir. Il faudra donc, désormais, tenir ces terres d'outre-mer environnées de tant d'ennemis infidèles. L'ère des croisades s'ouvre. Elle durera des siècles.
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