Les Reclus grecs du Sarapieion de Memphis. Une enquête sur l’hellénisme égyptien

Un important dossier papyrologique, couvrant une vingtaine d’années (entre 172 et 152 av. J.-C.), a révélé depuis longtemps l’existence de « reclus » au sanctuaire de Sérapis et Isis à Memphis. Réfugiés économiques ou judiciaires, dévots du dieu consacrés à son service, préfiguration des moines, les théories ont fleuri sans donner satisfaction.
Replaçant le dossier dans son contexte hellénistique où d’autres « reclus » sont attestés, Bernard Legras livre une étude minutieuse, parfois technique mais toujours vivante grâce aux mille anecdotes jaillies des sources. Deux reclus s’en dégagent surtout, deux Grecs. Ni moines, ni esclaves, ce sont des fidèles qui choisissent librement la réclusion, l’un, Ptolémaios, durant plus de vingt ans (et sans doute jusqu’à sa mort), l’autre, son frère Apollonios, pour quelques mois seulement avant de s’enrôler brièvement dans l’armée.
Mais la réclusion n’empêche pas une vie en symbiose avec le milieu économique local (Ptolémaios fait des affaires dans le textile), quitte à en subir les conséquences quand des créanciers se fâchent. Les archives permettent aussi de mieux saisir la culture de ces Grecs du plat pays, à la fois porteurs d’une tradition classique (ils recopient Eschyle et Euripide) et largement frottés de culture alexandrine, mais malhabiles dans l’écriture du grec, et incapables d’écrire le démotique égyptien qu’ils comprennent à l’oral.
Bernard Legras montre avec beaucoup de talent cette juxtaposition des cultures et lance quelques belles pistes sur d’autres reclus (Syrie, Asie Mineure) tout en laissant ouverte la possibilité d’une origine égyptienne de l’institution.

Par Bernard Legras