L'invention d'une Ville sainte
Jérusalem ! Aucune ville n'est l'objet d'un tel investissement de l'imaginaire. Pour célébrer le Génie du christianisme, Chateaubriand n'envisage pas d'autre but à son grand pèlerinage de 1806. Fait chevalier du Saint-Sépulcre, il n'y cherche que Jésus. A chacun sa Jérusalem.
C'est d'abord la Bible qui a donné le ton. Au coeur de cette forteresse cananéenne, les Israélites, il y a 3 000 ans, ont construit le Temple, saint des saints de leur nouvelle religion. Plusieurs fois envahie, elle a su préserver son autonomie, résistant largement à l'hellénisation et à la romanisation, jusqu'à la destruction du Temple par Titus en 70 et celle de la ville décidée par Hadrien qui, en 135, l'interdit aux Juifs, sauf un jour par an.
Mais Jérusalem est aussi la ville où Jésus fut arrêté, jugé et supplicié. Elle ne devient toutefois Ville sainte pour les chrétiens qu'à partir de la conversion au IVe siècle de l'empereur Constantin et de sa mère Hélène à laquelle on doit l'invention de la « vraie » Croix, sur laquelle est construit le Saint-Sépulcre. En souvenir de Mahomet, les califes qui la prennent en 638 font surgir le Dôme du Rocher. Le grand choc a lieu bien plus tard, lorsqu'en 1095 le pape, se posant en chef de la chrétienté au-dessus des rois catholiques, décide de la croisade. En 1099, Godefroi de Bouillon devient roi de Jérusalem.
La reprise de Jérusalem par Saladin en 1187 ouvre une nouvelle ère pour la ville qui, soumise aux Mamelouks puis aux Ottomans, devient, pour plus de 700 ans, une ville islamique à la fois par sa population et par ses institutions.
Ce sont les rivalités politiques des puissances qui vont faire de Jérusalem un élément de la « question d'Orient ». Après la Première Guerre mondiale et la décomposition de l'Empire ottoman, la question des Lieux saints s'efface. L'essor du sionisme, la naissance d'un foyer juif, la réplique d'un nationalisme palestinien, sont l'origine du basculement. On ne parle plus du Saint-Sépulcre ; c'est le mur du Temple contre le Dôme du Rocher. Dans cette longue histoire, inachevée, les enjeux religieux auront été longtemps des alibis pour les conflits politiques. Aujourd'hui, la montée en puissance symétrique des intégrismes juif et musulman n'en est qu'un nouvel épisode.
Dans leur sagesse, les experts de l'ONU, qui tracèrent en 1947 les frontières de deux États en Palestine, avaient prévu pour Jérusalem un statut à part, un corpus separatum où les trois religions se côtoieraient à égalité. Soixante ans de guerre en ont décidé autrement. Seule pourtant une tutelle internationale ou une autorité conjointe pourrait aujourd'hui ramener la paix des sanctuaires sur cette géographie sacrée, ce patrimoine exceptionnel construit par 3 000 ans d'histoire des hommes, ce « patrimoine de l'humanité ».
L'Histoire
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour réagir à cet article.
