« Deutschland über alles ». Le pangermanisme, 1890-1954

Il faut prévenir le lecteur : ce livre passionnant est d'un accès difficile, même pour un spécialiste d'histoire allemande. Il manque à ce texte très touffu une véritable introduction : on est d'emblée plongé dans une savante énumération des points de vue français sur le pangermanisme avant 1914. L'auteur ne propose pas en outre de conclusion et il faut, trop souvent, faire surgir soi-même les axes directeurs de l'exposé. Mais l'ensemble est passionnant.

Qu'est-ce que le pangermanisme ? D'abord un groupe de pression, la Ligue pangermaniste. Celle-ci compte, au sommet de son influence, à la fin de la Première Guerre mondiale, un peu plus de 35 000 membres. Elle recrute, tout au long de son existence, surtout dans les élites — c'est là l'une de ses limites qu'elle ne parvient jamais à surmonter : alors que la Première Guerre mondiale assure la percée d'un certain nombre d'idées défendues par la Ligue, cette dernière ne sait pas se transformer en mouvement de masse.

Après 1918, les pangermanistes assistent à la fois au triomphe d'un certain nombre de leurs idées et au déclin de leur propre mouvement. Ils voient, pleins d'envie, l'ascension du parti nazi, dont ils réclament la paternité intellectuelle. Mais Hitler, qui juge ces notables politiquement incapables, ne les associe pas à son action. Pire, « [la] Gestapo se présente, le 13 mars 1939 au matin, dans les bureaux de la Ligue [...]. L'organisation est dissoute pour cause d'inutilité dès lors que ses objectifs — l'Anschluss et la récupération des Sudètes — sont atteints ».