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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Faut-il penser autrement l'histoire du monde ?

Depuis la parution, en 2007, de la première édition de sa très remarquée Géohistoire du monde, Christian Grataloup pourfend avec ardeur « le couple canonique de l’espace et du temps disjoint » en refusant le partage des rôles entre histoire et géographie. Localiser le temps, historiciser les lieux : sa démarche répondrait à un « besoin de géohistoire » sans laquelle le monde demeurerait incompréhensible. Car c’est moins la mondialisation elle-même que les catégories de la « pensée du monde » qui constituent l’objet des recherches de Christian Grataloup. Revendiquant la vivacité de l’essai, il en expose ici l’armature théorique.

Décelant dans l’historiographie française un « souci du particulier » qui l’aurait rendue indifférente aux tentations anglo-saxonnes de la world history, Christian Grataloup n’hésite pas, quant à lui, à parcourir à grandes enjambées l’histoire universelle. Celle-ci peut se ramener à une question centrale : pourquoi, alors que l’humanité est une, y a-t-il tant de sociétés ? La réponse est pour lui géographique : la production sociale des différences est liée à la fois à l’éloignement et aux rapprochements. D’où la diversité de la « carte des histoires » du monde dont l’auteur remet en cause les grandes périodisations.

Les relativiser consiste ici à les régionaliser, montrant par exemple que l’Antiquité a bien eu lieu quelque part. Mais ce ne serait plus le cas aujourd’hui, puisque, du fait de la mondialisation, « la mémoire du monde ne peut qu’être un processus global de métissage ». Seul le géohistorien pourrait dès lors écrire l’histoire du monde en « dépassant les pluriels » et la « somme des points de vue ». Au moment où les historiens tentent de défendre une nouvelle approche de l’histoire du monde qui ne soit ni un grand récit ni une déconstruction éclatée, le plaidoyer de Christian Grataloup leur adresse un défi.

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Faut-il penser autrement l’histoire du monde ? par Christian Grataloup, Armand Colin, 2011, 216 p., 18 euros.

Par Christian Grataloup