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Décarboner la société ?

Aurions-nous, sans le savoir, un comportement d'esclavagistes, ni plus ni moins ? L'idée d'un parallèle entre notre dépendance aux énergies fossiles et celle de nos aïeux à l'égard du travail servile, Jean-François Mouhot, spécialiste de l'histoire environnementale, la développe ici dans toutes les largeurs. Si on le suit, nos sociétés seraient passées d'un mode de servitude à l'autre en se débarrassant du premier au moment où les machines, à partir du XIXe siècle, rendaient obsolète et trop coûteuse la force musculaire des esclaves et en plongeant dans le second, quand s'annoncent les effets désastreux sur le climat et l'environnement d'une économie fondée pour les deux tiers sur l'exploitation de sources d'énergie nuisibles.

Sans doute, contrairement à la traite négrière, la consommation de charbon, de pétrole et de gaz ne peut, elle, passer pour un crime contre l'humanité. Reste qu'en contribuant au réchauffement du climat, elle affecte la régulation de la nature, provoque sécheresses et inondations et, par là même, elle vulnérabilise des populations entières déjà affaiblies sur leurs lieux de vie. La rémanence du dioxyde de carbone au-dessus de nos têtes laisse aux générations à venir un legs inquiétant. Sans parler des guerres, civiles ou étrangères, et des coups d'État que le contrôle des champs pétrolifères, par exemple, n'a cessé et ne cesse encore de susciter.

On l'aura compris, l'auteur n'est guère optimiste sur la suite des événements. Entre les discours catastrophistes des uns et le déni affiché des autres, Jean-François Mouhot propose toutefois une voie pédagogique. « Décarboner la société », voilà une autre façon de se défaire de nos modernes servitudes.

 

Des esclaves énergétiques. Réflexions sur le changement climatique, par Jean-François Mouhot, Seyssel, Champ Vallon, 2011, 155 p., 17 euros.