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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Aux origines de la médecine

Une vingtaine de médecins, d'historiens, d'anthropologues et de sociologues expliquent comment la santé est devenue un droit mais aussi un devoir.

Être en bonne santé aujourd'hui ne signifie plus seulement échapper à la maladie mais, aussi, accéder à un réel bien-être et à l'épanouissement personnel. Les progrès exponentiels de la médecine accroissent simultanément les attentes de la population celle qui a accès aux soins et l'insatisfaction face aux problèmes de santé publique vache folle, sang contaminé, amiante.... Ils lancent aussi de nouveaux défis, éthiques, politiques, sociaux. Leur prise en compte nuancée distingue ce livre d'une histoire des pratiques et des savoirs médicaux, qu'il offre aussi.

L'homme malade n'a jamais été seul : impossible d'expliquer autrement les traces de fractures consolidées dès la Préhistoire, qui supposent, outre les gestes pour soigner, un accompagnement pour nourrir et protéger l'individu atteint. Ce désir de soulager traverse toutes les sociétés. C'est ainsi qu'au Moyen Age, contrairement aux idées reçues, la place de la médecine n'est pas négligeable : le savoir hérité de la Grèce sous le signe d'Hippocrate, quoique fragmenté, persiste et la christianisation ne l'a pas fait reculer. Saint Martin, « urgentiste » sur les champs de bataille, incarne cette conception qui privilégie l'action thérapeutique sur la spéculation théorique. Des recueils énumèrent plantes bénéfiques et conseils diététiques - parfois réactualisés dans nos magazines - inventés par des moines dont la longévité fut la meilleure publicité ! Les médecins ne sont pas si rares 1 pour 400 habitants à York, 1 pour 500 à Montpellier.

Mais c'est la philosophie des Lumières qui établit un lien entre l'individu malade et le gouvernement qui doit le prendre en charge, suivant l'idée du « bien public ». L'hygiène se développe, sous la houlette de la police, la médicalisation sociale répondant à des fins de « biopolitique », dirions-nous aujourd'hui. De ce fait, les médecins ont souvent joué un rôle public éminent : sous la IIIe République, beaucoup deviennent des élus, tels Combes et Clemenceau, qui font voter des lois progressistes, le revers de la médaille étant un contrôle accru de l'État sur le citoyen malade déclaration obligatoire de certaines maladies ou le parent négligent. C'est une conséquence de la morale laïque : la santé est un droit, elle devient aussi un devoir - tout comme le vote.

Aujourd'hui, le biopouvoir doit composer avec les acteurs sociaux et avec une opinion prompte à attaquer l'État sur sa responsabilité sanitaire. Une question cruciale se pose, celle du juste prix : on soigne mieux et davantage mais pour un coût incomparablement plus élevé. La maîtrise des dépenses de santé risque donc, mathématiquement, d'aboutir à une détérioration de la qualité des soins : l'accepterons-nous ? Et sommes-nous prêts à affronter un défi éthique majeur entre le scientifiquement possible et l'humainement acceptable ? Voilà quelques-unes des conclusions d'un ouvrage passionnant et remarquablement clair. Les auteurs nous rappellent aussi que la majorité des habitants du globe n'ont jamais été atteints par la médecine occidentale : il faudrait peut-être parler de médecines, au pluriel. Pour un prochain volume ?

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Aux origines de la médecine, sous la direction de Pierre Sicard et Georges Vigarello, Fayard, 2011, 512 p., 48 euros.

Par Huguette Meunier