Note au lecteur

"L'Histoire a décidé de mettre à votre disposition, sur son site internet, tout le contenu de ses archives du n°1 (mai 1978) au numéro 238 (décembre 1999). La rédaction demande votre indulgence pour les coquilles et autres erreurs dues à une numérisation qu'il nous faudra un peu de temps pour corriger complètement. Ce contenu est offert à nos fidèles abonnés identifiés. Pour les autres lecteurs, il est payant. Bonne lecture.
État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

Poésie de l'amour

Des sermons médiévaux à Arsène Lupin, de Rutebeuf à son Seuls les enfants savent lire (2009), Michel Zink sait surprendre. Le voilà qui tente (avec bonheur) de faire aimer la poésie des troubadours, eux qui au XIIe siècle ont inventé, en langue d'oc, une manière poétique et une idée de l'amour dont l'influence en Occident a été immense (et qui n'a pas entièrement disparu). Poésie, Michel Zink ne le cache pas, qui est éperdument élitiste et sophistiquée, complexe et difficile, empreinte de débats sur les questions poétiques et amoureuses. Mais une poésie tout autant simple et séductrice, qui sait encore nous parler.

Dans certains manuscrits sont conservés, outre les poèmes, un récit de la vie du troubadour (une vida), avec des épisodes cocasses, scabreux, toujours étonnants, et l'évocation des circonstances dans lesquelles ils ont été composés, qui en rendent raison (une razo). Notre professeur au Collège de France utilise avec subtilité ces trois sources : poèmes, vidas et razos. D'où cette « histoire poétique » affichée dans le titre du livre. « L'histoire poétique des troubadours, écrit-il, est d'abord faite de leur vie, de leurs voyages et de leurs amours, de leurs rencontres, de leur carrière et de leur oeuvre. »

Ce livre n'est surtout pas un manuel de littérature (même si index et bibliographie sont heureusement là !), mais un parcours, savant mais accessible, toujours inattendu, en compagnie de Guillaume IX de Poitiers, paillard et facétieux, d'Eble de Ventadour, de Marcabru (y sont démêlés ses liens avec la spiritualité cistercienne), de Bernard de Ventadour (dont la poésie est une perpétuelle méditation sur le désir) et de bien d'autres. Les poèmes sont largement cités, avec une traduction originale. Par des chemins de traverse, Michel Zink redonne vie à cette poésie qui (voyons-y un signe de modernité ?) ne cesse de revenir sur elle-même.

LES TROUBADOURS. UNE HISTOIRE POÉTIQUE par Michel Zink, Perrin, 2013, 368 p., 21 E.