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État d'avancement en mars 2014 : du n°219 au 238."

A l'ombre des dictatures. La démocratie en Amérique latine

Trente ans après avoir publié L’État militaire en Amérique latine 1982, Alain Rouquié nous offre un magnifique essai consacré... à la démocratie ! Car le titre du livre ne doit pas tromper. Il est assorti d’un sous-titre : La démocratie en Amérique latine . En effet, durant les années 1980 et 1990, tous les pays d’Amérique latine à l’exception de Cuba sont sortis des dictatures pour passer à la démocratie pluraliste. Alain Rouquié s’attache à analyser le couple dictature-démocratie depuis les Indépendances et à tenter de comprendre les formes originales que prend la démocratie sur tout un continent, qui, année après année, démontre au milieu de mille difficultés que ce choix est des plus durables.

L’émancipation des peuples latino-américains s’effectue au début du XIXe siècle sur les bases encore très théoriques de la souveraineté du peuple. « Le régime représentatif a vu le jour avant l’État de droit. » Depuis, jamais la forme républicaine à l’exception de l’Empire brésilien de 1822 à 1889 des États nationaux d’Amérique latine n’a été remise en cause, alors que le pouvoir était sans cesse accaparé, sous des formes très diverses au fur et à mesure que la société, d’abord une société d’ordres, esclavagiste ou exclusive des Indiens, s’intégrait davantage, puis se « massifiait ».

C’est cette créativité autoritaire qu’évoque l’auteur, avant d’étudier la façon dont, à la fin du XXe siècle, les démocraties issues des dictatures doivent composer avec elles pour se stabiliser, puis, dans un chapitre essentiel, « La tentation majoritaire », de décrire comment le principe de la majorité incite très souvent à la pratique plébiscitaire et à la réforme « par le haut » pour pallier la fragilité de l’État et/ou réduire les inégalités. C’est dans ce contexte que sont analysés les différents types de « populisme », les anciens Péron, Vargas et les nouveaux Chavez....

A la fin de l’ouvrage Alain Rouquié analyse les efforts citoyens pour réconcilier les traditions démocratiques et représentatives avec les réalités sociales : « un gouvernement du peuple... pour le peuple ». Au total, une réflexion puissante sur deux siècles politiques en Amérique latine avec cette relation extraordinaire à la démocratie, si bien résumée dans les paroles de Samuel Beckett, disposées avec humour en exergue de l’ouvrage : « Essayer encore, rater encore, rater mieux. »

Par Alain Rouquié