Bismarck
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, ce brillant ouvrage de Sandrine Kott n’est pas une biographie de Bismarck. L’objectif de l’auteur est d’abord d’expliquer comment se sont forgés, de 1890 à 1945, un mythe et un culte de Bismarck, et comment ils ont été déconstruits après la guerre. Avant de proposer une analyse structurelle de la figure du chancelier allemand, le plan d’une biographie sociale.
La première partie montre donc comment le chancelier du Reich, qui fut plus respecté et craint qu’aimé tant qu’il demeura au pouvoir, est devenu, après avoir été limogé par Guillaume II en 1890, puis, surtout, après sa mort en 1898, l’objet d’un véritable culte. Sa figure a servi, chez nombre d’Allemands, à souligner par comparaison la médiocrité des dirigeants en place.
C’est en fait Bismarck comme « lieu de mémoire » de l’histoire allemande que Sandrine Kott étudie. Un « lieu de mémoire » qui exerça, dans l’Allemagne nationaliste de 1890 à 1945, une fonction bien particulière : cristalliser les attentes politiques de tout un peuple. A cet égard, on peut regretter que l’auteur ne montre pas dans le détail comment on passe du mythe bismarckien à celui du Führer, sur lequel furent projetées, de la même façon, des aspirations diverses.
L’étude structurelle du parcours de Bismarck est divisée en trois parties : le Junker et le conservateur ; l’exercice du pouvoir ; Bismarck et la nation allemande.
On aurait aimé, peut-être, de plus longs développements sur son protestantisme, aspect essentiel du personnage, sans lequel on ne comprend ni l’audace diplomatique de Bismarck il a le sentiment d’être « prédestiné » ni son anticatholicisme, ni sa fidélité à l’idéal monarchique et conservateur qui justifie les lois antisocialistes.
Reste une synthèse d’ampleur, une invitation à écrire la première grande biographie de Bismarck en français. Osera-t-on suggérer à l’auteur de se lancer dans ce projet ?
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